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Par ici la sortie

"Les hommes ne pensent qu'à trois choses : le sexe, le sport et la bouffe. Les chiens sont beaucoup plus mystérieux."

    Le générique de Emergencies résume en moins de trois minutes le principe filmique de la série, son mode de régénérescence et masque indéniablement le commerce sexuel qui se joue dans chaque épisode. Il fredonne également une ritournelle immuable, force mais aussi à la longue limite du concept. Reposant avant tout sur le mouvement (d'appareil et de personnages en plein exercice de leur fastidieux métier) et le rythme musical (véritable leitmotiv qui vient bercer les habitudes du téléspectateur devenu accro), le générique peut d'une saison à l'autre s'adapter à la recomposition du casting. Immuable, il l'est dans sa forme. Malléable, il l'est dans les têtes d'affiches qu'il met en valeur. Un paradoxe en découle : la série crée au fil du temps la notoriété d'acteurs qui quittent le navire une fois connus. Une fois usés, fatigués, le corps des personnages, ainsi que leur pouvoir sexuel, quittent la série comme s'ils n'avaient plus rien à nous livrer. Le générique vend donc davantage l'image d'acteurs qu'il ne les met en scène. 

    La longévité de Emergencies prouve que la série a tenu compte de ce paradoxe (des acteurs font le succès de la série, passe de personnage à star, puis la quitte), sachant adapter scénaristiquement toute démission du casting. Aucun personnage n'est finalement indispensable au fonctionnement de la série, tout rouage pouvant connaître la substitution. La photo que nous avons choisie pour illustrer cet article n'a par exemple aujourd'hui plus aucun sens, la majorité des acteurs qui la composent ayant depuis plusieurs saisons pris congé. Conclusion, tout spectateur peut finalement entrer dans le monde de Emergencies à n'importe quel moment, il finira rapidement par trouver ses marques. Dans cet antre de la chirurgie et des premiers soins, The Show Must Go On. Cet aspect apparaît d'ailleurs comme l'élément le plus désagréable de la série et pousse lentement le spectateur vers la lassitude. La mort et la disparition s'en trouvent banalisés, tout comme le sexe qui n'apparaît finalement dans la série que comme une monnaie d'échange. 

    Emergencies a débarqué sur la PAF avec une réputation innovatrice qui a imposé son style. Si le générique de la série privilégie comme nous l'avons souligner le mouvement, cette rapidité prend paradoxalement racine dans la forme du plan séquence. En effet, la plupart des soins offerts par les groupes d'urgentistes sont peu découpés. Le plan séquence, abondamment usité impose sa forme chorégraphique que vient soutenir l'usage de la steadycam. Celle-ci coule le mouvement, garde l'intensité de l'action et met en valeur le ballet professionnel qui se joue sous nos yeux. Les mises en place des scènes de groupe de la série se dessinent comme e véritables partitions musicales. Cependant, cette virtuosité cache à son tour un élément de taille. La série, si dynamique, tourne en effet en rond et les mêmes histoires de couples achoppant sur des frustrations humaines nourrissent autant les salles d'intervention que peuvent le faire les poches d'hémoglobine. En bref, dans ces lieux où la même histoire se perpétue à travers des visages différents (ceux qui meurent ou ceux qui couchent ensemble), il est nécessaire de créer du mouvement.

    Née au cœur des nineties,  Emergencies apparaît comme une série corporatiste. D'autres, tel Six Feet Under (série basée autour d'un établissement familial de pompe funèbre), ont suivi le pas par la suite. Ayant pris le relais des séries "familiales" de la fin des années 70 puis 80, Emergencies offre certes une forme différente mais sa véritable raison d'être, le commerce sexuel entre personnages, reste la même. Emballant son univers à travers un décor, l'hôpital du Cook Contie est principalement un lieu de chasse où se forment ou se déforment des couples. La notion de rituel en est le fondement. Les semaines ou saisons passent comme les différentes gardes des internes. La notion de temporalité apparaît à cet égard comme un élément fondamental dans la structure de chaque épisode. Les pendules ou détails qui permettent de dater l'époque (thanksgiving, Noël, etc.) sont filmées comme des repères puisque l'espace de l'hôpital ne peut véritablement en être un. 

    Véritable microcosme, le monde d'Emergencies se présente comme un univers qu'il fait bon de retrouver annuellement mais aussi, en fin de saison, de quitter. De cette série où les portes sont ouvertes à tout moment de la journée, l'on n'est finalement jamais loin de la sortie que l'on soit acteur, personnage ou spectateur. Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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