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ROLLERBALL
A travers l'image La sortie de Rollerball en DVD de John McTiernan nous arrive estampillé de la "version non censurée". Qu'il n'y ait pas de malentendu. Il ne s'agit pas d'un director's cut, la version présente est la même que celle vue en salle, à cela prêt que le sang gommé numériquement sur le visage des comédiens a été réinséré sur ce pressage-ci. Constatons simplement qu'aucun compromis n'atteint l'intégrité artistique du maître. Ainsi, la légère frustration de rater quelque chose de ce grand spectacle barbare lors de l'affrontement final disparaît puisqu'on peut enfin y voir ses protagonistes cracher leurs tripes, s'exploser les arcades sourcilières au milieu d'un cirque-monde sur le point d'exploser. Rollerball pousse à mon avis plus loin "en matière de distorsions des corps et de combats aériens", comme nous l'expliquait Gautier sur Time and Tide. Les gladiateurs sont en effet projetés faisant plusieurs tours sur eux-mêmes, littéralement arrachés du sol ou de leurs engins sur roues, écrasés contre les façades incurvées de l'arène, les corps se stabilisent avant de flancher dans un bruit de fracas et de fureur. Le cinéma d'action se sert depuis longtemps du corps comme outil expérimental, lui faisant subir toutes les altérations possibles. Dans Rollerball, ce corps ne cesse d'être questionné à travers l'image. Mieux, les joueurs finissent par ne plus subir l'image et se rebellent contre elle, afin de l'anticiper pour survivre. Lors du dernier match, Jonathan voit les caméras pointer sur lui alors que l'action s'est déplacée ailleurs, questionnant l'information qu'elle lui renvoie, il arrive à anticiper un coup d'un adversaire qui aurait pu être mortel. Alors que leur liberté a été tout ce temps durant brimée par les caméras, la révolte contre ceux qui diffusent et fabriquent l'image agit comme une libération cathartique. Cette envie de tout renverser pour mieux reconstruire brise tous les simulacres et emporte sur son passage la forme, véritable moteur du récit. L'impression d'un rythme explosé, de fissures dans lesquelles s'engouffrent les personnages, est soutenue par un croisement incessant de mouvements (changement d'axe brutaux, caméra épaule, zoom dans un déplacement, cadrage à ras le sol) et de couleurs (rouge, bleue). McTiernan, on ne le dira jamais assez, est un grand esthète graphique (Le 13ème guerrier devrait vous convaincre) et aussi un grand artiste européen (tous ses raccords se font presque dans le mouvement, merci Minnelli). Ayant appliqué sciemment les principes de tournage de la Nouvelle Vague sur Die Hard with a Vengeance, McTiernan vomit avec Rollerball toute l'image des productions MTV et ceux qui ne la questionnent pas. Mais pas seulement, on pourrait en effet y voir un anti-mondialisme primaire (alors que le film absout les barrières géographiques), on aurait un peu tort, il fusille simplement avec une rage inouïe le système de production actuel, c'est-à-dire le profit du fric sur l'art, du clip sur le cinéma, et de Hollywood la belle qui s'est depuis longtemps prostituée à ses dirigeants, de pauvres golden boy ne comprenant rien à l'exigence cinématographique. McTiernan peut se le permettre car il a dépassé le système dans lequel il évolue. Rollerball n'est que le triste et inquiétant résultat d'une industrie qui se serait transformée en cirque médiatique bavant ses sponsors en tous genres à outrance. La révolte finale n'en est que plus belle.
Cette superplasticité propre au film (qui se plie aussi à la forme
cartoonesque, too much - voir Knock off), ne semble vouloir se
rattacher à aucune forme d'appartenance, McTiernan ne cherche qu'a engloutir
toute la culture de l'image (grand réceptacle poubelle). La jeune génération
de joueurs du Rollerball étant depuis longtemps rompu aux codes
audiovisuels (des enfants de la télé comme nous), se doivent de traverser le miroir
pour se confronter à la réalité sociale. Parce que la vie ne se limite pas à
un jeu que l'on peut contrôler, mettre en scène, ce n'est pas du 24 images
seconde et ce n'est pas du pré-vendu. Où trouver alors un refuge au-delà de
l'image ? Briser le flux tendu pour s'élever souverain, ce que John McTiernan,
grand artiste marginal, censuré et méprisé par son auditoire à fait. Cédric
Gentaz
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