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OMOHIDE POROPORO (ONLY YESTERDAY/SOUVENIRS GOUTTE A GOUTTE)
Japon, 1991, de Isao Takahata, une production du studio Ghibli
Scénario de Isao Takahata adapté librement du manga éponyme de Hoaru OKAMATO et Yûko TONE... 
Pitch : Tokyo 1982, Taeko jeune célibataire de 27 ans va passer ses congés pour la seconde année consécutive à la campagne dans la famille d'un de ses beaux frères. Paysans, ils cultivent le riz et du benibana, fleur utilisé pour son pouvoir colorant. En arrivant elle rencontre Toshio, un ancien citadin devenu agriculteur. Pendant ses vacances, au fur et à mesure de ses occupations, Taeko voit des souvenirs ressurgirent, des anecdoctes survenus en 1966, alors qu'elle n'avait que 12 ans. Elle voit alors ses sentiments changés envers Toshio, va t'elle finalement resté auprès de lui, ou reprendre le train pour son Tokyo natal ?


 
"Love is a flower, and you are the seed"
*

    Il faudra que cela soit reconnu une fois pour toute, Hayao Miyazaki n'est pas le seul génie à oeuvrer au sein du studio Ghibli. Superbement ignoré ou relégué derrière l'ombre du sensaï, les films d'Isao Takahata n'ont reçu les honneurs d'une distribution en salle qu'une seule fois en France dans un circuit restreint. C'était pour Le tombeau des lucioles en juin 1996. Pour tous ceux qui ont été touchés (difficile de ne pas avoir la gorge serrée) par ce poème funèbre, plaidoyer sans concession sur le combat de la vie en temps de guerre à travers le calvaire de deux enfants affamés, il est impossible de ne pas considérer son cinéma avec préciosité. 

    Car, contrairement à son collègue binaire (Miyazaki), point de ciel ouvert transformé en poussière d'étoiles, de ballets aériens gracieux portant vers l'infini. Le style Takahata est ancré sur la terre ferme, se coltinant sans cesse à la réalité sociale d'une époque (à l'exception de ses productions pré Ghibli dont le Horus, Prince du soleil - 1968 - qui fut distribué en salle par Wild Side en début d'année). Ainsi, rarement un dessin animé n'avait paru aussi juste dans l'expression de ses personnages. Il faut voir la petite Setsuko se mettre à pleurer lorsqu'elle comprend que sa mère ne survivra pas à ses blessures ; la précision de la gestuelle est naturelle, les trais fins et s'il arrive à Takahata d'insérer des moments oniriques qui arrachent subitement au réel, l'ensemble atteint au cœur de l'humain une certaine idée de "la vérité de l'art".
 
    Après une telle décharge, le maître (lui aussi a bien mérité ce titre) s'est alors penché dès 1991 sur l'adaptation d'un manga parfaitement anecdotique : Omohide Poroporo (Only Yesterday). Travaillant à son habitude comme scénariste, la transposition aura demandé deux ans de production intensive, plus de 74 000 celluloïds et des litres de sueurs d'animateurs lessivés par l'exigence du metteur en scène. Au japon, la plupart des films d'animations ont leurs dialogues enregistrés avant d'être réalisés. Les dessinateurs ont donc dû calquer minutieusement le rythme de chaque mouvement de lèvres sur l'intonation et l'articulation exercées. Le résultat est stupéfiant, les pommettes de Taeko ressortent à chaque sourire, tout fait vrai. Sans parler des décors, travaillés avec une minutie rare (à la main s'il-vous- plait), que ce soit à l'intérieur d'une voiture en marche (les détails sont visibles en arrière plans) ou la simple contemplation de la nature (un soleil qui vient illuminé un champ de fleur, des rizières à perte de vue). Notons que lorsque les scènes se déroulent dans le présent, le graphisme est réaliste, mais dès que surgisse les souvenirs d'enfance de l'héroïne, les dessins deviennent plus grossiers, moins fins, abstraits, à l'image d'un déjà vécu rappelé par l'exercice d'une mémoire, comme un album photo un peu vieillot. Mais ces tours de force techniques ne sont pas le seul intérêt de ce bijou, loin de là.
 
    C'est en train que Taeko rejoint la région rurale de Yamagata. Dès lors, durant cet instant privilégié du voyage, seul avec soit même (longue transition), elle se rappelle la petite fille de 12 ans qu'elle était. Ses évènements les plus marquants, comme le port imposé des serviettes hygiéniques au collège, la seule gifle qu'elle reçut de son père, la première déclaration d'amour d'un garçon et les rêves d'avenirs, sauts mais sincères, qui font divaguer à cet age. A travers ce regard à l'intérieur d'elle-même, sans jugement mais avec tendresse, elle y trouvera peut-être la force nécessaire d'accepter et d'affirmer ses sentiments. 

    Contrastant avec beaucoup de précautions la civilisation et la campagne, Takahata creuse en filigrane le retour à des valeurs simples et enrichissantes, loin du stress des grandes villes. Sa nostalgie est moins lyrique et exacerbée que chez Miyazaki, mais introspective, se superposant en filigrane, telle des papillons apparaissant au détour d'un plan. A la veille du départ, Taeko fait une confession à Toshio dans l'habitacle de la voiture. La fragilité cristalline de leur relation naissante se rétrécit tout comme l'espace. Alors qu'arrive le moment du retour vers Tokyo, Taeko monte dans le train et se laisse porter une dernière fois par ses souvenirs. Cette séquence qui conclue Only Yesterday, est fusionnée au générique de fin avec la chanson The rose traduite en japonais par Takahata. Inoubliable final touchant droit au cœur, où vient se confondre, présent, passé et futur. Ce portrait de femme est un chef-d'œuvre intime, donnant l'impression d'avoir découvert et partagé avec candeur un très beau jardin secret. Cédric Gentaz


 
* paroles tirées de la chanson finale "The rose"
 

N'ayant fait l'objet d'aucune distribution en France, Only yesterday n'est disponible qu'en dvd zone 2 japonais, sous titré anglais, dans toutes les bonnes boutiques d'import. Image et son nickel, n'attendez plus pour découvrir cet écrin de sensibilité.

 

 

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