■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ |
|
■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ |
KAIRO
Parlons maintenant plus précisément du DVD. Il n’y a pas à proprement parlé de choses intéressantes dans le coffret édité par Arte. C’est réellement le coffret pour les fans. Il contient Charisma et Kaïro, les deux films qui ont le plus tourné dans les salles françaises après le demi-silence autour de Cure. Les pistes sonores ? Il n’y en a qu’une… pas de version française, pour le plus grand bonheur des puristes ! L’image est plutôt bonne, mais pas extraordinaire. Bref, disons que l’intérêt de ce coffret DVD tient plus à la possession de l’objet qui n’a pas été produit par centaines de milliers qu’à une multitude de bonus. Vos amis se battront pour vous l’emprunter une semaine (tiré de faits réels !) et vous en tirerez un certain orgueil inutile mais qui fait tellement plaisir. Retour sur le film de Kurosawa.
Kiyoshi
Kurosawa.
Le nom paraît difficile à porter pour un réalisateur japonais. Cependant, après
avoir pu admirer ses fresques terrifiantes et inspirées, le patronyme lui va à
ravir. « Lorsqu’il
n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur terre ».
Cette phrase célèbre de Georges A. Romero dans son génialissime Zombie
sied particulièrement bien à Kaïro.
Encore une fois les films de Kwaidan
ne
sont pas loin. Il est question de fantômes voyageant par le net, infestant
rapidement, semblable à un virus informatique, le Japon puis le Monde. Encore une histoire de fantômes me rétorquerez-vous ? Et bien, non ! Je dis tout simplement non ! (Allez, un peu d’écriture grand-guignolesque pour alléger le ton). Kaïro commence comme une histoire banale de disparition. Michi (Kumiko Aso, sublime) et Junko (Kurume Arisaka, sublime bis) s'inquiètent pour leur collègue de travail Taguchi (Kenji Mizuhashi) qui ne donne plus de nouvelles depuis une semaine. Michi décide de se rendre chez lui. Là, elle trouve Taguchi dans l'obscurité, et se portant visiblement bien. Pourtant, quelques instants plus tard, le jeune informaticien se pend pendant que sa collègue est dans une pièce voisine. La raison de ce suicide semble résider dans une disquette que Michi a récupérée et où se trouve une étrange photo de la chambre de son ancien collègue. De retour au bureau, Michi et les autres insèrent la disquette et l’examinent. Peu de temps après, ils remarquent une séquence où Taguchi observe son écran. Le vert sombre et parsemé de dégradés jaunâtres laissent une étrange impression d’angoisse. Ailleurs, Kawashima (Haruhiko Kato, drôle et excellent) un jeune étudiant solitaire, vient de s'installer un kit de connections à Internet. Mais lors de la mise en route d'étranges images - similaires à celle trouvée sur la disquette - apparaissent. Kawashima contacte alors une étudiante en science de son école, Harué (Koyuki), qui pense comprendre ce qui se passe. Un autre étudiant en science Shinji Takeda (vu dans Vaines Illusions et Hotoke) a une explication quelque peu irrationnelle sur les étranges disparitions et apparitions qui perturbent tout ce qui les entoure. Selon lui, le lieu qui contient tous les esprits des morts depuis la création de l'univers est en train de saturer. La seule solution pour faire face au surplus : envoyer les fantômes sur terre… Et voilà le climat est mis en place et le récit s’apprête à devenir angoissant à souhait. A franchement parler, je crois n’avoir jamais assisté à une projection aussi tendue. Les quelques paumés dans la salle ne lâchaient pas un mot, intégralement stupéfaits par le film. Pourtant le cinéma japonais avait déjà habitué les amateurs à l’idée de contamination qui traverse la majorité de leurs opus horrifiques. Il suffit de repenser fugitivement à Ringu pour saisir les multiples occurrences de ce thème si cher aux cinéastes japonais. Evidemment, on sent d’emblée cette critique effarouchée envers la société de Technologie. La gangrène vient de là. Les morts y ont trouvé refuge mais ce n’est qu’une transition vers une invasion beaucoup plus ambitieuse et apocalyptique. La contamination passe par le plus percutant des médias : Internet. La propagation est ainsi efficace et rapide. Sans compter la violence induite par l’idée de virus informatique qui ravage tout sans que rien ne puisse réellement entraver son avancée. Le traitement qu’en fait Kurosawa est d’abord dramatique, puis amusant. Il suffit de faire le parallèle entre Taguchi et Kawashima, l’expert et le profane, le tragiquement indifférent et le cruellement drôle. Mais le propos de Kurosawa semble être particulièrement « déplacé » sur ce terrain de l’Internet. Il semble nous balancer au visage ce cynisme de l’abandon propre aux anti-Internet et anti-virtuel. Cependant, le terrain sur lequel il s’engage, quoique mal aisé à rendre crédible ou intelligible, ne se met pas à glisser sous ses pieds. Il se sert de tous les éléments favorables à l’exploitation terrifiante d’un Internet ravagé qui s’embraserait en s’étendant sur le monde réel. Le passage de la contamination du monde virtuel au réel est impressionnant. La peur s’inscrit dans un fondement facile de lutte impossible et le renoncement est sensible tout au long du film. Servi par des acteurs non seulement appréciables physiquement mais aussi dotés d’un jeu juste, Kaïro conduit le spectateur lentement mais sûrement vers une apogée de l’angoisse et de la peur. Aidé par une atmosphère tendue qui suit un crescendo subtil, tout est concentré pour ficher une haine du Virtuel pour au moins quelques heures, même pour les plus chevronnés d’entre nous. Kaïro est surtout un film d'horreur. Et sacrément efficace. Kurosawa y développe la peur à la manière des nouveaux réalisateurs japonais. L’image prend toute sa dimension dans une société technologique où tout se centralise sur le visuel tout en basant la peur sur le viscéral, inspirée par un instinct de victimes. Le spectateur est agressé ! Violemment. Et rien ne peut l’aider. Poussé dans ses derniers retranchements, il n’a qu’un choix imposé : celui d’attendre le destin des protagonistes, incapable de même songer à un échappatoire. Le renoncement est une idée très importante et par lui, le spectateur se sent submergé par une trouille indicible. La peur est aussi psychologique. Le spectateur se l’insuffle en assistant contre son gré à un ensemble de scènes ponctuelles, montages saccadés d’images terrifiantes au halo mystérieux. Percer le mystère ? Le spectateur doute de ses capacités à y parvenir, figé sur son siège pourtant bien réel. La confusion virtuel/réel s’imprime dans l’esprit dès lors tourmenté de celui-ci. Sans compter le point final, la musique, composée par Takefumi Haketa (qui n’est pas sans rappeler celle de Kenji Kawaï pour Ringu), qui vient achever les dernières traces raisonnées d’un spectateur engourdi, hypnotisé et effrayé. Kaïro fait parfois penser à L'Au-delà du grand maître Lucio Fulci. En particulier dans ces scènes où une voiture roule sur des routes désertées, semblables à un réseau No Man’s Land. L'accroche même de L'Au-delà, "Et tu vivras dans la peur", est d'ailleurs plusieurs fois évoquée dans le film. Une autre idée terrible surnage de ce film magistralement orchestré. Les personnages sont peints avec une certaine amertume. Ainsi, qu’il s’agisse de Taguchi, l’informaticien solitaire aux allures tristes et froides, de Kawashima, débutant emprisonné dans une chambre de 5 mètres carrés, seul face à cet étrange inconnu qu’est l’ordinateur nouvellement connecté, ou les horticultrices coincées tout en haut d’un immeuble comme éloignées du monde, la solitude terne est inhérente au récit. Un thème qui poursuit le récit et les personnages. Quand Kawashima et Michi se retrouvent dans cette voiture, parcourant des kilomètres infinis de route désertée, ils paraissent inexorablement seuls. Perdus. Condamnés. Absents au cœur même de leur existence dans ce monde oublié. Kurosawa utilise tous les artifices pour accumuler les effets d’Apocalypse. La retransmission médiatique des disparitions qui intervient chaque jour, les mises en scènes absolument terrifiantes des suicides, les visages dénués d’humanité, et les incursions fantomatiques finissent de nous effrayer. Sans compter ce don indéniable que Kurosawa possède pour nous dessiner une ville qui se vide peu à peu. Ainsi, Shibuya, le quartier populaire habituellement toujours traversé par une foule de badauds, se vide littéralement tout en conservant une beauté plastique incroyable. Tout est filmé avec grâce, audace et brio.
« Fable
limpide sur la ville contemporaine et sur la solitude à l'ère de la
communication, le nouveau film de Kiyoshi Kurosawa se charge ainsi d'une
émotion critique, qui tresse ensemble la peur de ce qui advient, la beauté
devant la manière dont cela est montré, et une angoisse qui ne vient pas du
film. » Yannick Deplaedt
|
■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ |
|
■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Copyright © 2004 - Tous droits réservés : Siteducinephile@aol.com
quelques sites pour poursuivre la route www.filmdeculte.com Hkcinemagic http://analysefilmique.free.fr www.revue-eclipses.com Écrans pour Nuits Blanches
|