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cette page contient deux articles

DANCER IN THE DARK 
Danemark, 2000,  de Lars von Trier avec Björk, Catherine Deneuve, David Morse.....
Musique composée et interprétée par Björk,  le film a reçu la Palme d'or 2000 et le prix d'interprétation pour Björk.
Pitch : Selma, est une immigrée thèque partie aux U.S.A. Elle est atteinte d'une maladie héréditaire qui la rend de plus en plus aveugle et condamne donc son fils Gene au même sort. Elle économise le peu qu'elle gagne afin de payer l'opération qui lui sauvera la vue. Selma possède aussi une passion, les comédies musicales. Quand la réalité devient trop dure, elle s'évanouit dans des mises en scènes musicales, lyriques, émises par son subconscient. Bill, son voisin, lui confie qu'il est ruiné et au bord du suicide. Il ne tarde pas à découvrir le secret de Selma et lui vole ses économies...

Lars Von Trier broie du noir

    Le Danois fou Lars Von Trier (Breaking the Waves, Idiotern/Les Idiots), grand manitou du Dogme 95, s'attèle à la comédie musicale ou plus précisément au mélodrame musical. Car, Dancer in the Dark n'a rien d'une comédie. C'est une tragédie poignante sur le don absolu de soi, un brûlot qui brise le rêve américain, celui de la promesse d'une vie meilleure, pour nous montrer le revers de la médaille. Une œuvre ouvertement engagée contre la peine capitale. Le but du danois était aussi de tourner un mélodrame musical avec 100 caméras numériques (utilisées seulement lors des moments chantés). Von Trier, grand expérimentateur devant l'éternel, a fait appel à l'elfe islandais Björk pour composer la B.O.
Von Trier met alors Björk au pied du mur : ou elle joue Selma, ou le film ne se fera pas. Elle finit par accepter sans se douter que l'expérience qu'elle va vivre sera la plus extrême de sa vie. Von Trier a la réputation de pousser ses actrices au-delà de leurs limites ; Björk n'a pas fait exception. Il lui faudra neuf mois pour se remettre du tournage, un rôle de 3 ans dans lequel elle aura tout donné. Aujourd'hui, elle l'a crié haut et fort, elle ne veut plus jamais jouer.  Dans le rôle de Selma, elle est bouleversante, sublime, jamais le mot grâce n'a été autant approprié, le rôle d'une vie. On en arrive même à se demander à quoi ressemblerait Dancer in the Dark sans Björk. Elle est l'âme du film et Von Trier a parfaitement su capter toute l'innocence incandescente du personnage. Le résultat est magique.

    Les efforts combinés de Lars Von Trier et Björk n'auront donc pas été vains. Les frictions entre ces deux fortes têtes ont été courantes, Björk a disparu à deux reprises du tournage car on effectuait des coupes sur sa partition. Tourner en digital vidéo (DV), le procédé peut rebuter certain spectateur, on a l'impression d'assister à un film amateur. Ce qui est pourtant évident, c'est qu'il n'en est pas un. La forme est donc inédite mais magnifiquement contrôlée. Les morceaux musicaux sont superbement montés et la scène du train où Selma chante "I've seen it all" est déjà anthologique. Un vrai souffle émotionnel se dégage de l'œuvre, d'une puissance inouïe atteignant l'état de grâce dans sa dernière demi-heure.
Revenons maintenant à l'Amérique. Si Selma est venue aux U.S.A., c'est avant tout pour faire soigner son fils Gene. La justice américaine va pourtant l'assassiner. Elle se fait voler ses économies par un flic ripoux. Condamnée à tort, le procès est encore plus édifiant. Le crime passe au second plan car avant toute chose elle est tchèque, elle est communiste. Le mot est répété trois fois dans le procès si ce n'est plus. Si elle est communiste c'est forcement le diable, un être vile et égoïste. Lors de la dernière visite de Jeff avant sa pendaison, il lui demande pourquoi elle a mis Gene au monde alors qu'elle savait qu'il deviendrait aveugle. Selma répond : "
Je voulais simplement tenir un petit bébé dans mes bras." Un vrai personnage condamné pour ses faiblesses, parce que trop humain. Comme si la rédemption d'avoir donné la vie se trouvait dans la mort. Indéniablement fort, très fort. Cédric Gentaz

Film en 16/9 anamorphomique, compatible 4/3. Piste VF, VO, VOST en Dolby Digital 5.1 et DTS. Digipac, deux disques, coffret collector + un livret : disque 1 contient le film, chapitrages, bandes annonces d'œuvres de Lars Von Trier. Disque 2 : Making of (60 minutes), bio-filmos, bande annonce de Dancer in the Dark, interview de Bjork (20 minutes).

 

Le point de vue comme focale


    Nul n'a besoin d'être adepte du cinéma de Lars von Trier (Breaking the waves, Idiotern..) pour voir et apprécier Dancer in the Dark. Si l'on pouvait douter de son Dogme 95 (prétentieux aux entournures), force est de reconnaître que grâce à ce manifeste, Dancer in the dark atteint son maximum d'efficacité. L'objectif du film pourrait ainsi se résumer : comment von Trier détourne les règles du Dogme à son avantage pour imposer au spectateur le point de vue de son héroïne, Selma (Björk). Nous ne reviendrons pas sur la qualité exceptionnelle du jeu de cette dernière, mais plutôt sur l'expérience visuelle que constitue Dancer in the Dark. Ouverture symphonique tout d'abord, trois minutes trente d'écran noir. Ce noir est justifié dans la mise en condition du spectateur, puisque l'héroïne est aveugle. Nous pénétrons alors lentement dans le monde de Selma, la musique étant censée nous ouvrir sur une partie de son imaginaire, puisqu'on le sait, Selma s'invente des chorégraphies musicales. C'est un peu le même problème que la page blanche (et celui qui écrit ces lignes sait de quoi il parle) : une idée vient, une autre s'ensuit et le tout forme un ensemble, cohérent. Von Trier tente de stimuler notre intime intérieur par la musique, comme c'est le cas pour Selma. Une ouverture que chacun pourra fantasmer à sa guise. Profitez-en, car le reste est ensuite une somme de points de vue imposés. 

    Ainsi, jamais l'utilisation du Dogme 95 n'a été aussi appropriée. Souvenez-vous de Idiotern (Les Idiots, 98), de ces mises au point floues et mal cadrées. On aurait cru qu'un amateur avait filmé ses vacances. Certes, l'expérience ne manquait pas d'intérêt mais le procédé ne semblait pas foncièrement justifié, ce qui est le contraire de Dancer in the Dark. Si Selma perd la vue, il est normal que la caméra, qui est censée nous montrer son monde tel qu'elle le voit, vacille, devienne floue, perde le repère d'un corps. L'éclairage de cette réalité est grise et dure, rappelant que malgré la vision déformée qu'a Selma (et par la même occasion le spectateur), l'avenir ne peut se conclure que sur les ténèbres. Un film si sombre serait insupportable mais Von Trier n'oublie pas qu'il fait une comédie musicale et  se sert donc de ces morceaux pour temporiser la tragédie. La réalité devient alors plus supportable car filtrée. Il suffit qu'elle entende un bruit de machine ou de roulement de train pour s'échapper dans un univers fantasque où tout le monde se met à danser. Pour le filmage de ces morceaux, Von Trier n'a pas utilisé moins de cent caméras numériques. Cent points de vue différents. Cent façons de voir à travers Selma. A noter qu'à ce moment là, jamais le cadre ne subit de flou ni de mouvements brusques, tout étant d'une limpidité exemplaire. Les couleurs grises de la réalité sont remplacées par des contrastes chauds et douillés où il fait bon de se réfugier. La communion avec le personnage est alors totale, on ne voit plus seulement à travers ses yeux, on lit à travers son âme. 

    La manipulation de l'image dans Dancer in the Dark est l'élément par lequel les sentiments passent. L'identification avec le personnage est si bien amenée qu'il est impossible en fin de parcours de raisonner à l'inverse de l'héroïne, ne serait-ce que pour douter de ses intentions ou de son innocence. Parce que Selma nous a déjà tout dit, qu'elle le chante, elle semble avoir tout vu. Il en est de même pour nous. Lorsque vient alors le final terrifiant, Von Trier sait que le spectateur, qui n'a vu et ressenti son film que par les yeux de son héroïne, ne peut plus lutter, la charge émotionnelle devenant trop forte, et réussit donc son but : amener les larmes en même temps que la fin du supplice de Selma. Pour la simple raison qu'il tue l'identification, pacte le plus important que le cinéma tente d'établir depuis ses débuts, ce que le spectateur réclame à ses héros : prête-moi tes yeux ! Cédric Gentaz

 bio-filmographie de Lars von Trier

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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