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BLOOD, THE LAST VAMPIRE
L'anti Buffy A la base, Blood, the Last Vampire a été écrit par des étudiants d'un séminaire d'animation organisé sous la gouverne de Mamoru Oshii (Ghost in the Shell pour ceux qui auraient la mémoire courte). Emballé par les scripts et intentions proposés, Oshii en retient deux. Le premier, intitulé Last Vampire, et l'autre mettant en scène une jeune fille nommée Saya, tranchant des démons au sabre. Il sera décidé par la suite de mélanger les deux afin d'en tirer un métrage d'une durée de 50 minutes. C'est donc ce projet qui sort aujourd'hui directement en dvd. Au-delà du formidable défi technique qu'il représentait pour ses créateurs (mélanger un environnement numérique au dessin traditionnel 2D, le résultat n'a jamais atteint un tel niveau et même James Cameron est encore sans voix), Blood, the Last Vampire confirme les prédictions que nous lancions depuis un bout de temps sur le statut de l'animation japonaise (prédictions, entre nous, depuis longtemps confirmée). Ainsi, avant de découvrir cette année sur nos écrans Le voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki et Metropolis de Rin Taro, on pourra toujours prendre son mal en patience avec cette petite perle qui va enfin replacer le mythe du vampire à une place hautement plus digne que la bouillie dans laquelle il était tombé depuis longtemps. Le pitch fait irrémédiablement penser à une certaine série nommée Buffy contre les vampires mais la comparaison s'arrête là. Car le terme bouillie fait évidemment référence à cette teenage série et à sa petite sœur, Angel. Depuis l'arrivée despotique de la marchandise de Joss Wedon sur nos tubes cathodiques, les vampires ont en effet perdu toute leur ambiguïté charnelle et sensuelle, tout romantisme épuré et mystique. Ce ne sont plus que des chasseurs sans saveur, assoiffés de sang, des rigolos de service déclinables à l'infini, ou encore pire par n'importe quel monstre de foire. Dès le départ, le décor est tracé en deux ou trois plans et l'atmosphère posée : un quai de métro, la rame, le vide dans le wagon, une jeune fille au regard trouble, un homme dans le fond à moitié assoupi, une lumière blanchâtre, presque aveuglante, le calme... Une mise en place brillante, des lignes aussi nettes, une tension aussi palpable dans un moment d'observation, on ne se souvenait plus de cela depuis l'ouverture de Rio Bravo d'Howard Hawks. D'un coup c'est le noir, le chaos s'insère, la rage explose mais ne durera que quelques secondes. La jeune femme se lève et tranche l'homme avec son sabre. On apprend après que cette jeune femme se nomme Saya et loue ses services à la CIA afin de traquer des démons à l'apparence humaine. Mais l'homme qu'elle vient de tuer était-il une créature ? Le doute s'immisce d'un seul coup dans l'esprit du spectateur, grâce à une question posée par l'un des personnages. Ambiguïté, quand tu nous tiens ! L'animation japonaise a au moins cela pour elle et personne ne pourra lui enlever cette faculté à construire des personnages torturés en quelques plans, à pervertir des formes lisses, à briser la beauté par le chaos, ce que Joss Whedon n'aurait jamais osé. Vient ensuite l'enquête dans ce lycée où Saya est affectée afin de trouver d'autres créatures, celles-ci se servant alors du lieu comme couverture et garde-manger. Retour au calme, mais toujours cette tension, ce courant qui parcourt le film. Une force diffuse les regards froids de la chasseuse dans ses teintes monochromes. Mais l'état contemplatif n'était qu'illusion. Comme à la croisée d'un cauchemar de David Lynch ou de David Cronenberg, la sauvagerie reprend le dessus. Blood, the Last Vampire nous montre des corps meurtris dont la lame d'un sabre à du mal à sortir, le poids d'un secret et d'un investissement trop lourd pour son héroïne qui ne s'exprime que par la colère. Des mutations organiques, le combat d'un corps si petit et si fort en même temps, une rage intérieure incontrôlable. Lorsque Saya s'approche de la dernière créature abattue, le temps semble comme figé, on croit distinguer pour la première fois un léger bien-être, un tourbillon trouble de sentiments s'ancre sur son visage, le sang de sa main coule sur la gueule du démon qui rend l'âme. On nous dit au début que Saya est la dernière de la race originelle, la fin apporte la réponse à la question restée en suspens : de quelle race est-elle l'unique survivante ? L'infirmière du lycée, le seul personnage qui nous rattache à la réalité, a été spectateur (donc notre témoin) et acteur de cette boucherie. Narrant à des inspecteurs de la base militaire américaine son récit, l'un d'eux lui montre une photo. Saya encore jeune fille se trouve sur ce cliché qui date de plus d'un siècle et, au-dessus d'elle est inscrit "vampire". Retour au choc diégétique, les valeurs sont renversées, Saya est donc bien le dernier vampire du titre, mais alors qui sont ces créatures ? Ses frères, des clones, des copies, une race bâtarde de démons puisqu'elle est l'unique survivante de la race originelle ? Pourquoi les traque-t-elle ? Le doute revient. Ne doit-elle pas aussi chasser pour se nourrir (le type tué au début) ? Le film ne donnera pas de réponse, il ne veut pas en donner. Ce sera à nous d'ajouter la dernière pièce, nuit après nuit, de rejouer l'ensemble, mais dans quel ordre ? Choisir le contemplatif à la sauvagerie ou prendre l'ensemble d'une même noirceur commune. A vous d'en décider. Cédric Gentaz
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