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ARIANE DOUBLET Ariane Doublet a réalisé le film Les Terriens en 1999, durant la période de l'éclipse totale du soleil, en France, au mois d'août. Le film a bénéficie d'un véritable succès d'estime (public et critique) et poursuit aujourd'hui à son rythme sa carrière en province. Il est, de plus, aujourd'hui visible en vidéo avant une sortie dvd annoncée pour avril 2002.
Le Site du Cinéphile : Pourquoi avoir choisi de faire un documentaire plutôt qu'une fiction? Ariane Doublet : J'ai toujours du mal avec le mot "documentaire" parce que finalement je ne sais pas toujours très bien ce qu'il veut dire. Sur l'affiche du film on a mis "un film", on n'a pas mis "un documentaire". Je pense que c'est un film, évidemment on a tourné avec les gens du village, je n'ai pas écrit les dialogues, et en même temps, j'ai quand même le sentiment que l'écriture du film est assez proche d'une écriture de fiction. Dans le sens où c'est un film qui est vraiment découpé par séquences et où l'éclipse était au départ un alibi pour moi, un prétexte. Cela faisait plusieurs années que j'avais envie de faire un film dans le village, mais j'avais un peu peur de la chronique. Il me manquait quelque chose et finalement l'éclipse a joué un rôle assez fictionnel pour moi, il y a l'attente de cette éclipse et une espèce de suspense qui monte et puis ça va jusqu'au jour de l'éclipse et on termine là-dessus. Je trouve que les gens que j'ai filmé, qui sont mes voisins, se sont vraiment comportés comme des acteurs, ils ont vraiment apporté énormément au film, on s'est bien amusés à le faire. Mais j'ai toujours du mal avec ce mot "documentaire" parce que j'ai l'impression que c'est un mot qui, pour beaucoup, est synonyme de quelque chose d'un peu poussiéreux, d'un peu ennuyeux. Ce n'est pas du tout mon sentiment bien sûr, j'aime beaucoup le documentaire.
LSDC : Et concernant le choix de tourner en vidéo, était-ce une question de budget, ou un choix Ariane Doublet : Non, si j'avais eu les moyens de tourner en 35 mm, je l'aurais fait. C'est un film qui avait un très petit budget au départ. Il n'était pas aidé par les télévisions, nous avions trois cent mille francs de budget, évidemment le film a coûté plus cher, rien que le kinescopage (le fait de passer de la vidéo en 35mm) nous a coûté deux cent mille francs. Donc c'est un film qui, à l'arrivée, a un budget d'un million de francs. Mais j'ai eu la chance d'avoir ce producteur qui a décidé de faire quand même ce film, il s'est endetté pour le faire et il est aujourd'hui à peine rentré dans ses frais.
LSDC : Était-ce un choix délibéré de tourner à la campagne? Qu'est-ce qui vous a attiré? Des paysages, des personnages? Ariane Doublet : C'est d'abord les gens que j'ai rencontré pour lesquels j'ai un grand attachement. Et puis, c'est un village où j'ai passé une grande partie de mon enfance, où je continue à aller souvent et je suis attachée à ces paysages. Je trouve qu'il n'y a pas assez de films qui sont faits sur le monde rural et j'avais souvent vu des films un peu tristes et un peu mortifères. J'avais envie dès le départ que Les Terriens soit un film tourné vers la vie, je voulais montrer que ce sont des gens qui existent encore, qu'on a malheureusement déjà un peu enterrés, mais que selon moi ce n'était pas le cas. Le monde rural est encore multiple et c'est ce que j'avais envie de montrer.
LSDC : L'éclipse était donc un alibi pour tourner mais vous faites parler des gens dont le métier est lié à la nature, face à un événement naturel. De ce fait, était-ce plus important pour vous de donner la parole à ces personnes-là? Ariane Doublet : C'est plus qu'un alibi, c'est un révélateur. En même temps, j'avais envie que les gens parlent de leur rapport à la terre mais aussi à la lune. Il y a un maraîcher dans le film qui cultive ses salades en fonction du cycle de la lune, et j'avais aussi imaginé que l'éclipse allait attirer des citadins, des touristes dans le village. J'avais aussi envie de voir ce qui allait se passer à ce moment-là, il y avait un côté assez paroxystique de la nature… Je sentais qu'il me manquait quelque chose avant, je ne pouvais rêver mieux qu'une éclipse.
LSDC : Et comment avez-vous choisi les personnages du film? Ariane Doublet : Pour la plupart, je les connaissais, pas tous, il y a des gens que j'ai rencontré en faisant le film. Par exemple, il y a une grand-mère que j'ai rencontré au bout d'une semaine de tournage. Philippe Olivier et sa femme sont vraiment mes voisins que je connais depuis un moment et que j'aime beaucoup donc j'avais commencé par les choisir eux. Leur ferme va certainement s'arrêter au moment de la retraite de Philippe Olivier, il ne transmettra pas son métier. Et d'un autre côté, j'ai choisi une ferme qui a été, au contraire, reprise par le fils Francis qui a trente-cinq ans et qui a modernisé la ferme. Je n'avais pas envie de jouer l'opposition. Il y a aussi un troisième personnage que j'aime beaucoup parce qu'au début du film, au conseil municipal, tout le monde pense que c'est l'instituteur du village uniquement parce qu'il a une barbe, des lunettes et bêtement les gens se disent qu'il n'a pas une tête d'agriculteur. J'aime bien parce que ça renvoie le spectateur à une espèce d'a priori. Finalement ce sont des personnages très différents et c'est vrai que ce n'est pas encore – heureusement - un monde uniformisé. Même si certains à la FNSEA (ndlr: Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles) voudraient faire croire qu'il y a quelque chose d'absolument normatif. C'est un reproche qui a été fait au film. Je suis allée le présenter à la chambre d'agriculture, il y avait tous les représentants de la FNSEA qui me disaient que le film n'était pas représentatif du monde agricole d'aujourd'hui. Mais quand on fait un film, on ne cherche pas du tout à être représentatif, on se pose beaucoup de questions sur la représentation. On filme le Réel mais à partir du moment où on le filme, on le met aussi en scène, on se demande comment on va le représenter. Mais je n'ai jamais cherché à être représentative, en plus je crois qu'il est absolument impossible de l'être et je lutte contre ça. Pour moi, le représentatif est quelque chose de normatif. Mais c'est un reproche qui m'a été fait dans certains milieux agricoles où on voudrait effectivement montrer une image de l'agriculture modèle.
LSDC : Vous filmez les paysans avec beaucoup de tendresse, beaucoup d'humour aussi, vous montrez une agriculture qui va disparaître et vous en filmez les gestes, le beurre, la traite des vaches également l'attachement à la terre, les animaux. Avez-vous voulu donner à ce film une valeur de témoignage pour montrer ce qu'a pu être cette agriculture à une époque? Ariane Doublet : Ce n'est pas "cette agriculture à une époque" car j'ai tourné en 1999 et j'ai filmé les choses telles qu'elles sont en 1999. C'est vraiment un film que j'ai fait ici et maintenant, j'étais vraiment au présent des choses. On voit effectivement un des agriculteurs qui trait encore à la main, c'est vrai qu'ils ne sont plus très nombreux, par ailleurs on voit l'autre agriculteur dans sa salle de traite. C'est sûr qu'en même temps le film sera une trace, je sais que le monde évolue et c'est comme ça dans tous les milieux. Le film deviendra une trace comme Farrebique de Georges Rouquier tourné en 1946 qui aujourd'hui est également un témoignage. Pour en revenir aux gestes, j'aime beaucoup les gestes du travail, j'aime bien filmer les gens au travail et dans Les Terriens les gens ne sont jamais filmés les bras croisés à parler, ils sont toujours en train de faire quelque chose.
LSDC : Ce qui est propre aux paysans en général… Ariane Doublet : Oui, mais ils passent aussi du temps chez eux, ils ne sont pas tout le temps en train de travailler, même s'ils travaillent beaucoup. Je voulais vraiment créer leur parole dans leur travail et dans leurs gestes.
LSDC : Vous parliez de Farrebique, mais il y a aussi Biquefarre du même Rouquier ou encore Profils Paysans de Raymond Depardon, comment vous situez-vous par rapport à ces deux cinéastes ? Ariane Doublet : J'ai revu Farrebique tout à l'heure et il y a quelques plans dans ce film, des plans sur la lune, la maison le soir qui s'éteint, on entend la chouette et ce sont des choses qu'il y a dans Les Terriens mais que j'avais complètement oubliées. Je les ai retrouvées tout à l'heure dans le film, je me sens très proche d'un film comme Biquefarre. Je trouve que c'est un film très drôle, j'aime bien comme il fait jouer les acteurs, comme il va au bout des choses, il les fictionne même s'il fait vraiment jouer aux gens leurs propres rôles et que les dialogues sont écrits. Par rapport au film de Depardon, qui est aussi un très beau film, c'est presque le pendant inverse des Terriens. C'est un film qui est assez mortifère, très sombre, où les gens ne parlent pas, autant dans Les Terriens, les gens parlent, il sont drôles, c'est pour moi un film qui est très vivant, qui est plus du côté de la vie, autant dans le film de Depardon, on a l'impression qu'ils sont déjà morts. Je pense que c'est bien de voir les deux films, on peut ainsi voir les choses de deux façons. LSDC : Vous les filmez avec tendresse et humour, est-ce ainsi qu'ils vous sont apparus ? Ariane Doublet : Ceux qui sont dans le film, oui complètement. Ils ont été les premiers spectateurs du film. Ils m'ont fait énormément confiance au moment du tournage mais j'avais peur qu'il y ait tout d'un coup des malentendus et en fait ils se sont tout à fait retrouvés et sont appropriés le film. C'est ce qui pouvait arriver de mieux, c'est devenu leur film, ils en parlent vraiment comme de leur chose, ils sont allés le présenter, ça a été une aventure pour eux. Ils sont dans le film comme ils sont dans la vie, je n'ai pas cherché à garder les moments où ils étaient drôles. Philippe Olivier est comme ça tout le temps, il rigole tout le temps même quand il dit des choses graves, que sa ferme sera un lotissement par exemple. C'est quelqu'un qui n'a pas d'amertume, qui a un certain fatalisme mais qui a par ailleurs une espèce d'aptitude au bonheur qui fait que ce sont des gens qui sont du côté de la vie.
LSDC : Est-ce que vous avez le sentiment d'apporter une sensibilité, un regard de femme dans votre façon de faire du cinéma ? Ariane Doublet : C'est impossible de répondre à cette question. Même si c'est vrai par exemple que les personnages de femmes qu'il y a dans Les Terriens, j'y tenais vraiment absolument depuis le début. Les femmes de paysans ont très peu la parole donc je tenais absolument à ce qu'elles soient dans le film toutes les trois. Sinon, je ne sais pas…
LSDC : Auriez-vous pu faire ce film autre part qu'en Normandie? Et aviez-vous envie de tourner ailleurs ? Ariane Doublet : Je pense que j'aurais pu tout à fait faire ce film-là dans une autre région que la Normandie si j'avais passé mon enfance dans cette autre région. Je crois que je suis évidemment attachée à ces paysages et à ces villages parce que je les connaissais bien. Si j'étais arrivée dans un village quinze jours avant de tourner sans connaître les gens, je n'aurais pas fait le même film, c'est certain.
LSDC : Vous n'êtes pas originaire de Normandie ? Ariane Doublet : Non pas vraiment. Un petit peu mais c'est ancien.
LSDC : Parce que le film donne parfois cette impression, à un moment un des paysans vous interpelle en vous appelant par votre prénom… Ariane Doublet : Oui de nombreuses fois. C'est bizarre car j'ai revu le film il y a six mois et je me suis rendue compte qu'à deux reprises Philippe Olivier me vouvoie. Je ne sais pas si c'était pour faire plus vrai mais c'était drôle (rires).
LSDC : Le film est sorti fin juin 2000, l'été est traditionnellement un moment assez difficile pour sortir un film. Était-ce un choix du distributeur ou le vôtre? Est-ce un choix que vous regrettez aujourd'hui? Et est-ce que le film a connu un succès en salles malgré cela? Ariane Doublet : C'est un choix du distributeur. Il faut savoir que quand on fini Les Terriens et que le producteur a vu le montage, il nous a dit qu'il faudrait essayer de sortir le film en salles mais ce n'était pas prévu. Donc, on a rencontré un distributeur, le premier qui a vu le film a décidé de le sortir et a dit tout de suite qu'il fallait le sortir l'été. Mon producteur et moi nous nous sommes alors dits que nous allions envoyer le film à la catastrophe mais, en même temps, nous lui faisions assez confiance. Il l'a donc sorti le 28 juin. Il n'y avait pas beaucoup de sorties à ce moment-là et il s'est dit que les exploitants pouvaient garder un film plus longtemps en été parce qu'il n'y a pas beaucoup de sorties justement. C'était une petite sortie sur sept copies, le premier jour les entrées étaient très faibles, mais heureusement on a eu une excellente presse. On a été soutenus par la presse au delà de nos espérances et il y a eu quand même quelques entrées la première semaine, mais on a vu surtout que le bouche-à-oreille fonctionnait très bien. Et puis, petit à petit, on a eu des séances à Paris qui étaient complètes (on était dans deux salle) donc les sept copies sont restées dans les salles pendant peut-être trois mois, il y a des salles qui l'ont même gardé pendant six mois. Finalement, à Fécamp, à côté du lieu de tournage, on a fait mieux que Taxi 2 (rires). Aujourd'hui on doit être à peu près à soixante dix mille entrées, ce qui pour ce genre de film est plutôt un très bon résultat. Ce qui est bien surtout, c'est qu'un an et demi après, il y a encore des projections. En plus, j'ai trouvé assez formidable que, petit à petit, on ait vu arriver dans les salles, enfin en milieu rural, des gens qui ne vont jamais au cinéma. On voyait des familles d'agriculteurs qui amenaient la grand-mère, le grand-père et les petits-enfants, j'ai vu des gens venir voir ce film qui n'étaient jamais allés au cinéma de leur vie! A la fois, le film a bien marché dans les grandes villes, en tous cas à Paris et à Lyon. Je pense que ce n'était pas le même regard sur le film évidemment, les citadins disaient beaucoup qu'ils retrouvaient des choses de leur enfance, de leurs vacances. En milieu rural par contre, il y avait une certaine familiarité des choses. Donc j'ai tourné en Normandie mais c'est vrai que quand le film passait dans le Limousin ou ici dans le Sud-ouest, il y avait une identification très forte du monde paysan. Je crois qu'il y a quelque chose d'assez universel en fait, quand on les voit mesurer l'humidité du grain par exemple, cela se passe ainsi dans le monde entier. Donc, ce sont des gestes universels et il y a forcément une identification très forte.
LSDC : Cela fait donc presque un an et demi que le film est sorti, est-ce important pour vous de suivre le film et d'aller à la rencontre du public ? Dans votre démarche de cinéaste, est-ce important pour vous d'accompagner votre film? Ariane Doublet : C'était quelque chose de très nouveau pour moi parce que c'est le premier film qui sortait en salles, les autres ayant été diffusés à la télévision. C'est vrai qu'il y a quelque chose de très éphémère dans la diffusion télé, quand on fait un film les festivals permettent de rencontrer un peu le public et là j'ai beaucoup accompagné le film. J'aimais bien rencontrer les gens même si parfois c'est un peu toujours les mêmes questions et que je me répète beaucoup. Mais en même temps, je trouve qu'il y a cette proximité avec les spectateurs qui enrichit beaucoup. J'ai refait un film depuis, qui est passé sur Arte il y a trois semaines (ndlr: Les bêtes) et qui a été vu par deux millions de personnes, face aux soixante dix mille entrées des Terriens, c'est sûr que c'est énorme. Paradoxalement j'ai eu très peu de retours, enfin j'en ai eu de la presse et des gens qui m'en ont parlé, mais ça n'a rien à voir par rapport à une sortie en salles.
LSDC : Ce nouveau film, de quoi parle-t-il ? Ariane Doublet : En fait, j'ai tourné l'hiver dernier au mois de janvier, février, j'ai suivi une équipe de vétérinaires. J'avais donc fait pas mal de repérages avec eux, j'étais allée les voir, j'avais pris des photos, j'ai tourné dans la même région à une vingtaine de kilomètres de Vattetot. Ce sont des vétérinaires qui travaillent beaucoup en milieu rural mais qui, depuis dix ou quinze ans, reçoivent de plus en plus de chiens et de chats du Havre, de la ville en somme. Et je voulais travailler autour de ce contraste, travailler sur le rapport à l'animal. Dans la même journée ils vont castrer un taureau, euthanasier une vache et puis soigner un caniche nain qui a des problèmes de comportement, avec lequel ils font des séances de psy. En plus, j'ai tourné à une période qui était très particulière parce qu'il y avait beaucoup d'euthanasies de bovins dans les fermes et c'était quelque chose que les éleveurs n'avaient pas connu. Parce que lorsque les vaches étaient un peu malades, elles partaient quand même aux abattoirs mais ils ne voyaient pas l'animal mort chez eux. Et puis ils avaient surtout ce sentiment d'avoir travaillé pour rien. Donc c'est un film qui est plus noir, plus sombre que Les Terriens même s'il y a des moments qui sont drôles.
LSDC : Et avez-vous d'autres projets en matière de cinéma ? Ariane Doublet : J'ai des projets, on commence des choses mais on ne sait pas où ça va et puis, en même temps, je crois qu'il faut rester dans une période comme ça d'incertitude. En plus, j'ai commencé quelque chose d'un peu compliqué donc je ne sais pas du tout ce que ça donnera.
LSDC : Pensez-vous écrire une fiction par la suite ? Ariane Doublet : En fait, j'ai commencé il y a déjà un moment à écrire quelque chose et puis souvent je le remets de côté, j'ai moins de conviction pour ce que j'écris en fiction. Je crois que je fais énormément confiance aux gens que je filme, une fois que je les ai rencontrés, je sais qu'ils vont apporter beaucoup au film. J'ai un plaisir énorme à filmer les gens, ce qu'ils apportent, tout ce qui est imprévu, inattendu, ce qu'ils vont dire et en fiction, j'ai peur de quelque chose de figé. Alors bien sûr qu'on peut absolument obtenir autre chose en fiction mais là je crois que c'est un problème de confiance peut-être.
LSDC : Les Terriens est sorti en vidéo, il y a beaucoup de films qui n'ont pas de sortie vidéo après leur sortie en salles, comment cela s'est-il passé dans votre cas ? Cela s'est-il fait en fonction du succès que le film a eu en salles ? Ariane Doublet : En fait, il y a eu beaucoup de demandes. A chaque fois que j'accompagnais le film après les projections, les gens me demandaient s'il y aurait une cassette vidéo. Donc on s'est dit qu'on allait faire une cassette vidéo, on en a fait même pas deux mille, je crois qu'au début on en a tiré mille. Et c'est avec cela qu'on arrive à rembourser le film, avec la vente des cassettes (rires). On en a vendu pas mal mais on a fait ça, c'était vraiment la bande des Pieds Nickelés parce qu'on n'avait pas de distributeur, on allait déposer la vidéo dans les épiceries. On a également fait une vente par correspondance et petit à petit elles se sont bien vendues.
LSDC : Elle est d'ailleurs en vente sur le site de la Fnac… Ariane Doublet : Ce qui s'est passé, c'est que des gens sont allés à la Fnac demander s'ils avaient la cassette des Terriens et puis une fois que dix ou vingt personnes ont fait cette demande, la Fnac nous a appelés en nous demandant s'ils pourraient vendre cette cassette. Mais c'est vrai que c'est d'abord venu de la demande des gens… Et puis, maintenant on prépare un dvd (rires). Je suis en train de travailler sur les bonus parce que j'avais envie de tourner quelque chose pour le bonus, donc je vais faire ça ces jours prochains. Les personnages du film ont reçu tellement de courriers, de témoignages, il y a de très belles lettres, j'avais envie en fait qu'ils lisent ces lettres. La sortie est prévue pour le mois d'avril je crois.
LSDC : Beaucoup de gens ont écrit au couple Olivier ? Ariane Doublet : Oui, oui. Ils ont reçu énormément de lettres, ils ont un book comme ça (elle montre une pile énorme), des gens sont venus les voir aussi, ils les ont appelés et puis quand ils vont faire leurs courses, les gens leur demandent des autographes (rires). L'autre jour, il y a trois filles qui venaient du Nord pour les vacances qui ont croisé Philippe sur le tracteur, elles l'ont reconnu et l'ont arrêté pour se faire photographier à côté de lui sur le bord de la route, et il était vachement content. C'était trois filles de vingt-cinq ans, il était ravi (rires). LSDC : Et pour en revenir au dvd, envisagez-vous de faire une version commentée du film, est-ce quelque chose qui vous tente ? Ariane Doublet : Non, ça ne me tente pas du tout. Il y a plusieurs choses qui ne me tentent pas du tout dans le dvd. On a fait une interview filmée, je pense qu'on en mettra un quart d'heure, mais ce n'est pas un commentaire du film, c'est plus ce qu'on est en train de faire là. Par contre, sur les dvds il y a un chapitrage, c'est quelque chose qui ne me plaît pas du tout et on me dit "mais c'est comme ça, il faut faire un chapitrage, il y a six entrées dans le film". C'est vrai que c'est quelque chose que, pour le moment, je n'intègre pas très bien parce que, quand on fait un film, on le fait avec un début, les séquences se suivent, elles ne sont pas là complètement par hasard. Et puis, une séquence, il y a la séquence d'avant qui l'amène, donc le chapitrage fait tout d'un coup six débuts au film et c'est quelque chose qui me déplaît pas mal. Mais il paraît que c'est très pratique. Depuis une semaine, j'ai un dvd chez moi et je ne l'ai toujours pas regardé pour voir comment il était fait. J'ai pris le dvd de Microcosmos et j'étais avec ma fille qui m'a dit "Oh non, si tu commences par le début on en a pour des heures, tu devrais aller tout de suite au chapitre" et je me suis alors dit "qu'est-ce qui va se passer avec les dvds?". Je ne suis pas encore sûre de faire le chapitrage sur Les Terriens, j'essaye de me battre un peu contre cela.
LSDC : Pourquoi refusez-vous la version commentée ? Ariane Doublet : Je n'ai pas vu ce qui a été fait sur les autres dvds, je ne sais pas comment ça se passe. On commente ? En direct ?
LSDC : C'est la voix-off du cinéaste qui commente le film… Ariane Doublet : Mais quand j'ai fait Les Terriens c'était un choix de ne pas faire de commentaire au film, ce n'est pas pour en coller un maintenant sur le dvd. Si j'avais voulu faire un commentaire, je l'aurais fait à la sortie du film. Ceci dit, je le ferai peut-être pour un travail spécifiquement pédagogique pour les écoles.
LSDC : Pour finir, j'aimerais savoir quel est votre parcours cinématographique ? Comment êtes-vous venue au cinéma et pourquoi ? Ariane Doublet : J'ai d'abord fait une fac de lettres et cinéma et je faisais beaucoup de photos. J'ai fait la FEMIS en section montage, parce que j'avais fait un stage en montage avant, j'étais attirée par le montage, j'ai fait pas mal de montage, et les films que j'ai réalisé c'était un collectif de monteurs qui travaillaient sur des archives. Donc on a fait deux films de montage d'archives et puis le désir de faire des films est venu de rencontres avec des gens que j'ai eu envie de filmer. Ce sont des gens que j'ai rencontré et dont je me disais qu'il fallait que je les montre. C'est un peu le désir de montrer les choses pour que les gens les voient.
Entretien réalisé pour l'émission de radio 35 MILLIMÈTRES le 09 novembre 2001 à Toulouse (au cinéma Le Cratère) par Emeline Rivoire et Frédéric Billion. Mise en forme Emeline Rivoire. Le film Les terriens de Ariane Doublet est disponible sur commande (120 francs, frais de port inclus) à l'adresse suivantes : Quark Productions / Les terriens 22, rue du Petit Musc 75004 Paris.
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