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SHARA
Japon, 2003, de et avec Naomi Kawase ainsi que Kohei Fukunaga, Yuka Hyoudo, Kanako Higuchi...
Pitch : Les Aso habitent avec leurs jumeaux, Kei et Shu, dans le vieux quartier de la ville historique de Nara, ancienne capitale du Japon. La famille Aso perpétue depuis des générations la fabrication artisanale de l'encre de Chine. Le jour de la fête du Dieu Jizo, dans la chaleur torride de l'été, alors que les deux enfants se poursuivent, Kei disparaît soudainement, au coin d'une ruelle. Comme volatilisé... Ce jour-là, le temps s'est arrêté pour la famille Aso. Cinq années ont passé. Shun a maintenant dix-sept ans. Au lycée, il s'est inscrit à l'atelier de peinture. Il travaille sur le portrait de son frère disparu qu'il n'a jamais pu oublier. Shun et son amie d'enfance Yu sont attirés l'un vers l'autre, mais une douleur secrète les empêche de vivre cet amour... 

 

L'envol de l'âme

    Après plusieurs courts métrages de fiction ou documentaires, ainsi que deux longs métrages (Moe no suzaku en1997 et Hotaru en 2000), Shara, le troisième film de la jeune cinéaste japonaise Naomi Kawase (née en 1969) surgit en ce début de printemps 2004 sur les écrans français et met en lumière la très bonne réception dont il fut l'objet durant le festival de Cannes 2003. La mise en scène et les partis pris de Naomie Kawase collent parfaitement à l'épiderme d'une intrigue où la fuite des regards et le travail de deuil d'une famille aboutissent à l'espoir d'un jour nouveau.

    D'une composition quasiment chorégraphique, le film déploie son intrigue sous la forme d'une boucle. Celle qui relie tout d'abord deux temporalités. D'un côté la disparition de Kei, l'un des jumeaux de la famille Aso, puis la trouvaille de son corps cinq années plus tard. Celle ensuite qui réunit un couple d'adolescents où chacun a fini par se résoudre à cultiver la privation d'un être cher : Shun est le frère jumeau du disparu Kei et Yu finit par apprendre que son propre père s'en est allé du jour au lendemain pour vivre une autre vie. 

    Ces frustrations ou démons avec lesquels chaque adolescent doit composer se retrouvent dans la fluidité imposée par la caméra. Suivant constamment les déplacements des adolescents à l'aide d'une steadicam, Shara souligne durant toute la diégèse la difficulté d'un envol, rendu impossible par le poids du passé. Les déambulations et courses dans les ruelles d'un quartier de Nara (l'ancienne capitale du Japon est aussi la ville d'où Noami Kawase est originaire) s'en trouvent contaminés par l'esprit des absents (Shun repasse sur les lieux de la disparition de son frère avec Yu et cette dernière apprend que les socques que porte sa mère sont celles de son père). L'espace laissé vacant par Kei se devra d'être compensé, tout comme la complicité que Yu n'a pu entretenir avec son père. Si les parents de la famille Aso attendent la naissance d'un nouvel enfant "parce qu'il faut regarder les choses en face", comme le souligne le père, Shun et Yu vont de leur côté conjurer leur manque en tombant amoureux. 

    Le film de Naomi Kawase décrit magnifiquement la naissance d'une histoire d'amour entre deux adolescents fragilisés. A travers leurs rapports discrets, quasiment muets et merveilleusement émouvants, Shun et Yu vont se départir des souvenirs malsains qui les cernent. Le premier en cessant de se culpabiliser face à la disparition de son frère dont il tente de conserver la présence factice en le dessinant sur une toile, et la seconde en devenant une femme ; très belle scène de danse et de chant où elle rayonne au sein de la communauté sous les yeux de Shun. 

    Shara (dans ses propos, Naomi Kawase indique que le film s'intitulait à l'origine "Sharasoju", nom de deux arbres que l'on trouve dans le bouddhisme et qui symbolise par extension la paire au sens de couple) décrit à son humble manière le retour à la vie après l'acceptation de la disparition. Ce retour ne passe pas uniquement à travers la scène finale d'accouchement de la mère de Shun mais plutôt dans la symbiose de la communauté au sein de la fête annuelle du Dieu Jizo gérée par le père de famille. Et si l'ombre et la lumière finissent par faire partie d'un même espace (le père de Shun les réunit à l'aide de la calligraphie sur une même feuille), c'est qu'un travail de substitution finit par advenir. En prenant la place de Kei, Yu affirme sa féminité et guérit Shun. De son côté, ce dernier occupe la place du père de la jeune fille en n'ayant plus d'yeux que pour elle. Les absents finissent toujours par avoir tort et l'amour n'appartient qu'aux survivants. La libération des adolescents aboutit donc dans l'ultime séquence à l'envol symbolique de la caméra. L'âme du frère défunt peut s'élever et laisser les vivants sur la terre. Le point de vue du film aurait donc été porté durant toute sa durée par cette âme. Le troisième long métrage de Naomi Kawase a la grâce d'un printemps et le bouillonnement d'un été torride. Ce film discret mais d'une profondeur indéniable ne peut laisser indifférent. Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches