
OPEN RANGE
U.S.A., 2003, de Kevin Costner, avec Robert Duvall, Kevin Costner, Annette Bening, Michael Gambon, Michael Jeter...
Pitch : Sous la direction de Boss, trois hommes convoient du bétail à travers le Far West. Loin de la civilisation, ils vivent librement, respectant les règles qu’ils se sont imposées. Un jour, Mose est envoyé en ville, mais il ne revient pas. Inquiet, Boss s’y rend accompagné de Charley, son ami de longue date. Là, ils apprennent que Mose a été battu par un groupe d’hommes à la solde d’un éleveur local, mécontent de voir des cow-boys passer sur son territoire. Cherchant à faire soigner Mose, Charley rencontre la sœur du docteur, dont il tombe amoureux. Malgré le shérif corrompu et les menaces qui pèsent sur eux et sur leur troupeau, Boss et Charley sont bien décidés à venger leur ami...
Il était une fois... l'Ouest
En Kevin Costner, il nous restait peu de foi, malgré son capital sympathie. Depuis
ses échecs cuisants au box office dans des casseroles aussi niaises qu'Une
bouteillle à la mer, un blockbuster raté tel que Waterworld
ou des balourdises comme Destination Graceland, nous nous
cantonnions à la prudence. Mais l'homme ne se laisse pas facilement abattre. Malgré
la déconfiture
aussi bien publique que critique qu'il connut avec sa deuxième réalisation, Postman
en 1997, Costner continue à croire aux valeurs qui lui sont chères, au cinéma
d'antan tel que John Ford ou Howard Hawks le concevaient. Plus que tout, il rêve
de grand espace, de western, genre tombé en désuétude depuis plus de 10 ans
après
le crépusculaire Impitoyable de Clint Eastwood. Il en fallait du talent pour
ranimer avec autant d'ardeur la flamme poussiéreuse de l'Ouest. A vrai dire
Kevin, c'est promis on ne doutera plus jamais de toi.
Car Open Range est un film d'une sincérité absolue,
celui d'un cinéaste humble sans illusion particulière sur l'avenir, mais qui regarde
pourtant le monde avec une belle
quiétude. Costner est un homme courageux, idéaliste qui croit beaucoup à la
notion d'individu, de communauté forte et soudée, prête à se battre pour sa liberté et
ses idéaux. Sa démarche le rapproche du géant japonais Hayao Miyazaki
ou encore de Robert Redfort, une catégorie de metteurs en scène qui n'ont que
faire des modes actuelles, préférant faire corps avec leur récit et leurs
personnages. Défendre leurs convictions profondes tout en gardant en mémoire la
valeur des choses simples, en communion avec la nature, se fondre dans
l'environnement pour capter la fragilité et la grandeur de chaque détails
(comme celle d'un service de thé en porcelaine). Il y a tout ça dans Open Range
qui se trouve être une fabuleuse étude de caractères de ses protagonistes,
traversés par des traumatismes, des non-dits, des regards emplis de compassions,
de regrets, de chagrins ou de colère. Kevin Costner, Robert Duvall et Annette
Beining (superbe rôle féminin) sont remarquables, d'une justesse pudique.
Mis en scène avec un classicisme intemporel (du John Ford quoi), photographié
d'une façon à la fois crépusculaire mais aussi romantique, ce western est une
résurrection à la fois de son auteur (de sa carrière surtout, non de son
talent) mais du genre lui-même, d'une trempe que l'on pensait perdu. Certains
ont déjà cracher leur venin en traitant le film de Petite maison dans la
prairie. On les plaint. Tellement aveuglés par leur cynisme, ils ne savent plus regarder une oeuvre faite avec le
cœur, à l'ancienne, époque où les
metteurs en scène avait encore le goût artisanal du travail bien fait. Ceux qui
pensent qu'Open Range ne serait qu'un douloureux chemin de croix ne contenant
aucun morceau de bravoure se trompent. Les bad guys sont de vrais dangereux
salopards (du style Liberty Valence), l'ombre de la mort est ainsi omniprésente
sur nos héros. La fusillade finale dans la ruelle principale est hawksienne à
souhait (Rio Bravo), d'une précision de cadrage et de découpage comme on osait
plus en rêver ; pas de caméra portée ici, de plans tremblants dans tous les
sens. Non, une vraie cartographie de l'espace pour ce moment
jouissif, inoubliable, gravé sur pellicule, où durant 15 minutes les coups de
feu explosent dans tous les sens. On tremble, sursaute, devant cette puissance
de l'Ouest réactivé, ce duel enflammé sans compromis, car l'heure des comptes
a sonné. Un grand film en somme.
Cédric Gentaz
PS : Cette critique permet aussi de rendre hommage au compositeur Michael
Kamen, dont Open Range fut la dernière écriture (elle est très belle), qui
nous a quittés prématurément le 18 novembre dernier des suites d'une sclérose
en plaque à l'age de 55 ans. Touchant à diverses catégories musicales (rock,
lyrique, ballet), ami de longue date de John McTiernan pour qui il avait scorisé
les deux Die Hard (sans oublier les X Men, Arme
Fatale, etc...). Il laisse derrière
lui la trace d'un homme affectueux et passionné. R.I.P. Michael. Cédric Gentaz