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DAREMO SHIRANAI (NOBODY KNOWS)
Cache-cache partie Tiré d'un fait réel plus vrai que nature, le scénario de Nobody Knows pourrait cependant tenir sur un timbre poste : une mère délaisse puis abandonne ses quatre enfants dans un appartement, livrant les trois cadets au bons soins de l'aîné, Akira, âgé de douze ans ; le temps passe, l'argent vient à manquer. De cet argument qui relève paradoxalement davantage de la fiction que de la réalité, Kore-eda exploite un effet documentaire. Comment survivre en restant caché et en attendant le retour d'une mère qui a laissé peu d'argent ? Il exploite alors un scénario frêle à travers la comptabilité tenue par l'aîné. L'on suit ses allers et venues qui le mènent régulièrement de l'appartement au supermarché, rare lieu de distraction. Seul enfant autorisé à quitter le domicile, Akira arpente les mêmes lieux (un escalier, une ruelle...), remplissant l'espace vide laissé par une mère indigne, de promenades ou gestes qui finissent par prendre l'allure de rituels. Faisant reposer son film sur l'attente, Kore-eda déploie sa dramaturgie autour d'ellipses nous indiquant à chaque fois qu'un nouveau cap a été franchi. Le film s'articule alors autour de différents actes, tel une tragédie grecque. Au fur et à mesure que le temps alourdit le poids de la situation, l'appartement, lieu de vie où les enfants se doivent de rester caché tout en occupant leur temps se remplit de désordre et d'anarchie. Le monde qui s'y joue ne semble plus avoir de repères et perd peu à peu son humanité. La gravité de la situation (l'horreur de l'abandon) est accentuée par les jeux des enfants qui reviennent durant tout le film comme un leitmotiv. Déscolarisés, ils s'en retournent presque à l'état d'enfants sauvages. L'usure du corps social que constitue cette famille s'étiolera jusqu'à la mort de l'enfant l'être le plus fragile (la petite sœur), reproduisant le schéma de la sélection naturelle. Ayant vécu cloîtré dans l'appartement, tel un bunker, son corps sera ironiquement dissimulé dans une valise, symbole du voyage et de la fuite. Qu'il soit filmé en plans serrés (à l'intérieur de l'appartement) ou en plans d'ensemble (durant ses déambulations en extérieur), Akira tend à occuper le centre du cadre et semble mettre directement en scène l'espace du film à travers son regard. Récompensé à Cannes pour son interprétation d'Akira, Ayu Kitaura Il est le lien entre tous les personnages et entre l'intérieur et l'extérieur de l'appartement. Enfant devant tenir le rôle d'un père de famille, son personnage devient le fossoyeur du monde qu'il tente de sauvegarder. Kore-eda revient à un état de fiction dans la dernière partie du film où tous les repères volent en éclats. La mort de la sœur cadette permet de se libérer de la tragédie sans réimprimer le fait divers dans la réalité mais en lui offrant définitivement un visage fictionnel. Anne Ségolène
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