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![]() KAZE NO TANI NO NAUSHIKA (NAUSICAÄ
DE LA VALLÉE DU VENT)
La mère de toutes Sorti en 1984 au Japon, Nausicaä de la vallée du vent est à la base un manga que Miyazaki à dessiné sur près de 13 ans (de 1981 à 1993). A noter qu'il est le seul que son auteur ait jamais publié, car sa passion pour l'animation l'a toujours poussé vers le celluloïd plutôt que le papier. Nausicaä est une oeuvre fleuve, épique et somme. Le manga est un grand cycle comparable au Seigneur des anneaux de JRR Tolkien, son gigantisme n'est donc plus à prouver. L'adaptation animée s'est faite avant le studio Ghibli, alors que la publication même n'était pas encore terminée. Ainsi le film raconte les deux premiers volumes du manga (composé de 7 livres), tout en y incluant des éléments futurs qu'il n'avait pas encore couchés sur papier. Pour bien comprendre l'importance de la chose, affirmons ceci : il ne s'agit ni plus, ni moins que de l'œuvre matricielle de Miyazaki. C'est-à-dire que toutes ses autres réalisations découlent de Nausicaä. Elle est la mère porteuse de tous les thèmes, de toutes ses tendances et engagements, une véritable profession de foi. A l'époque de sa sortie, Nausicaä fut un choc dans l'histoire de l'animation japonaise. Son impact dément n'a d'ailleurs jamais été contesté. Son héroïne reste toujours au sommet des personnages préférés des japonais. Elle a marqué à jamais l'inconscient collectif de part le rôle qu'elle occupe, en agissant comme une conscience bienveillante du monde Elle permit à Miyazaki de fonder son studio et de prendre son indépendance. En ce sens, elle est l'enfant chérie de Miyazaki, sa vie, SON oeuvre. Tous les composites y étaient déjà présents : sa fascination pour l'aviation et le vent, la sauvegarde de l'écosystème, les guerres intestines de l'homme, l'esprit communautaire, la vallée verdoyante, l'héroïne forte, maîtrisant son libre arbitre, le jeune garçon téméraire. De ce fait, le considérer comme le Disney nippon est une erreur, son sens de l'humanisme, sa grandeur à s'adresser aussi bien à l'âme qu'au cœur, le rapprochent davantage de John Ford, pour qui il n'a jamais caché son admiration. Miyazaki est le "John Ford du celluloïd". Avec 20 ans au compteur, on pourrait penser que Nausicaä a un peu perdu de sa force, il n'en n'est rien ; mieux, cela joue à son avantage. L'animation n'a pas pris une ride, les cadrages étaient déjà d'une redoutable précision, seuls les traits des personnages moins fins que ses oeuvres récentes permettent de deviner son antériorité, ainsi que la composition électronique de Hisaishi (non rompu encore aux orchestrations symphoniques). Il y a quelque chose d'archaïque et de troublant qui résiste au temps dans Nausicaa. Cette opposition entre modernisme et prosaïsme est une lutte à l'intérieur même de l'œuvre. La scène du traumatisme enfant que l'héroïne revit en rêve (son père tuant un Ohmu qu'elle tentait de protéger) en est l'exemple le plus frappant. Ce graphisme épuré et à la fois stylisé (très européen même) est travaillé de façon à ce qu'il s'inscrive dans l'inconscient émotif du monde (un corps seul, vaste étendue, ombres lointaines, abandon, chagrin). Lorsque Nausicaä pleure, recroquevillée sur elle-même, ce n'est rien de moins que la Terre qui pleure. Voila, c'est dit, Nausicaä c'est la Terre, c'est à la fois l'homme et son environnement, le lien qui unit un tout à son TOUT. Ainsi, Nausicaä est l'œuvre de transition et mère de Ghibli et lui donne
tous ses petits : Laputa, Totoro, Mononoké,
Porco Rosso, Chihiro et autres sont
ses enfants. On aime Nausicaä comme on éprouve de la tendresse pour une mère,
parce qu'elle donne "la vie". Cédric Gentaz
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