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MEMORIES OF MURDER
Catch Him If You Can !
- Un flic devrait savoir se battre. En cette année 2004, il nous est déjà en moyenne parvenu de Corée du Sud un chef-d'œuvre par trimestre. Si 2 soeurs de Kim Jee-Woon ou les agaçantes jérémiades de Hong Song-Soo (La femme et l'avenir de l'homme, Turning Gate) ne peuvent hélas être considérés comme tel, Memories of Murder nous fait aujourd'hui la grâce de crever autant l'écran que le fit, quelques semaines avant lui, Printemps, été, automne, hiver... et printemps de Kim Ki-Duk. Qui plus est film de genre, le deuxième long métrage du jeune Bong Joon-Ho (le cinéaste est né en 1969), dont on se plairait aussi à découvrir Barking Dogs Never Bite (message personnel à l'attention des distributeurs), surgit avec l'art, la manière et principalement la maîtrise dont ne font pas véritablement preuve la plupart de nos laborieux jeunes cinéastes français. Un duo de policiers aux méthodes peu orthodoxes achoppe sur la recherche d'un serial killer qui viole et tue des jeunes femmes en signant avec fétichisme sa méthode d'exécution. Désireux de résoudre coûte que coûte l'affaire, quasiment devenue d'état, le policier qui est en charge de l'enquête va fantasmer des preuves et en inventer pour arrêter un prétendu meurtrier. Les problèmes commencent lorsqu'un nouveau crime du même acabit est à nouveau perpétré. Épaulé par les méthodes rationnelles d'un enquêteur débarquant de la capitale, le policier reprend les recherches à zéro. A travers la quête d'indices, Memories of Murder arrive subtilement aux conclusions de The Man Who Shoot Liberty Valence de Ford ou Beyond a Reasonable Doubt de Lang. Le besoin impérieux de trouver une résolution débouche sur le fantasme et ce dernier finit ici par effacer la réalité et l'existence tangible d'un meurtrier. Si l'enquête se transforme en cauchemar, s'y adjoint indubitablement le refoulement d'une époque. A mesure que l'intrigue avance, l'espace ne se resserre pas autour d'un meurtrier mais autour de l'échec. Le "voir" et le "souvenir" sont alors des espaces qui perdent toute valeur. Autour de l'art du visible rendu impossible, Kim Jee-Woon brosse un thriller d'autant plus fort qu'il nous amène indirectement à percevoir l'amertume et la perte engrangées durant une époque de dictature. Il met de plus merveilleusement en scène sur un écran de cinéma la phrase de Goya : "les cauchemars de la conscience engendrent des monstres." Monstres dont une nation a paradoxalement besoin de se souvenir pour se construire. Du haut de ses 35 ans, Kim Jee-Woon est déjà un très grand cinéaste. Le Grand prix que son film a reçu au dernier festival de Cognac n'en était que légitime. Michel Marques
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