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LE SILENCE
France, 2004, de Orso Miret, avec Mathieu Demy,
Natacha Régnier, Thierry de Peretti, Muriel Solvay...
Pitch : Olivier séjourne en Corse, dans
le village de montagne où sa mère est née, avec Marianne, sa compagne,
enceinte de trois mois. Bien qu'un peu perturbé par la perspective d'un
enfant à naître, il passe un séjour paisible, ponctué par de longues
parties de chasse au sanglier avec les hommes du village... Jusqu'au jour où
il devient l'unique témoin d'un meurtre. Moitié corse, moitié continental,
il prend peur : doit il obéir à la loi du silence et devenir complice, ou dénoncer
une connaissance, au risque de se faire exclure de la communauté ? Il décide
de se taire. Pour combien de temps ?
Une partie de chasse
Orso Miret n'est indéniablement pas Ingmar
Bergman, même s'il reconnaît hautement apprécier, lorsqu'on le lui demande,
le film éponyme du réalisateur suédois. Nulle coïncidence dans ce choix
commun du titre, pas de remake caché ni même la moindre évocation. Le
spectateur cinéphile pourrait chercher à lire au travers de l'héroïne (la
blonde) et du personnage féminin qui se fait tuer (le brune) un lien avec les
deux femmes du film de Bergman, mais il ferait fausse route.
Le titre du film pouvait d'autre part tendre
une perche au spectateur totalement dubitatif au sortir de la projection ; Le
silence de Orso Miret l'enjoindrait finalement à
rester muet ? Sachant avant d'entrer dans la salle qu'il allait découvrir un film sur la Corse et ses
habitants, il aurait pu craindre de tomber sur
l'exploitation du poncif autour de cette fameuse "loi du silence".
S'il en est entre autre question, le deuxième long métrage de Orso Miret,
après De l'histoire ancienne (2001),
prend fort heureusement d'autres directions. Il se présente d'ailleurs moins
comme un film sur la parole prononcée ou gardée pour soi que sur la
dynamique du voir ; durant une battue, la première phrase d'Olivier consiste
à dire qu'il a "vu et plus vu" l'animal pourchassé (le sanglier) ; l'on nous
parle ensuite de Sainte Lucie dont les yeux furent arrachés ; lorsque Olivier
rencontre la vendeuse d'une échoppe d'alimentation, il ne parvient à ôter ses yeux de son
attirante silhouette, jusqu'à ce qu'elle lui lance, le regard détourné : "je sais que
vous me regardez".
Olivier est finalement venu en Corse pour se
transformer en Saint Thomas qui a besoin de voir pour croire. C'est pourtant
lui qui sera sans cesse regardé. Dès le début du film, on le trouve
immergé dans le décor Corse, en plein exercice de chasse. Il n'en paraît
pourtant pas moins étranger à son environnement, ne se fondant pas dans
l'espace. Orso Miret l'isole toujours dans les scènes de groupe comme on le
ferait pour un intrus ; le jeu de Mathieu Demy s'y prête admirablement.
Lorsqu'on le voit pour la première fois avec sa compagne (Natacha Régnier),
il est aussi séparé d'elle dans la composition du plan par la main courante
d'un escalier. Représentant la nature et la liberté qui y siège, elle ne peut
se fondre dans le même espace que lui puisqu'il ne parvient pas à trouver
son équilibre dans les paysages naturels. Il sera mis à mal de la même manière lorsqu'il rencontrera la vendeuse
brune.
Tout la durée de la diégèse consistera
pour Olivier à se redéfinir en tant qu'individu pour enfin exister aux yeux
de tous, du bon ou mauvais côté. Plus le film avance, plus l'objectif tendra à se rapprocher de
son visage jusqu'au travelling optique final qui le cerne enfin. Et s'il
devient un assassin, comme le dit avec humour un chasseur, puisqu'il
vient de tuer son premier sanglier, Olivier sait que sa place est ailleurs.
Film qui n'a nullement pour ambition de
révolutionner le cinéma, Le silence
de Orso Miret sera certes très vite oublié mais s'apparente à une oeuvre
courageuse même si le réalisateur avait sans doute davantage usé d'une
liberté créatrice dans son premier long métrage. Le fait d'être d'origine
Corse l'a peut-être inconsciemment obligé ici à davantage de retenue. Est-on
soi-même la personne qui connaît le mieux ses propres origines ? Michel
Marques
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