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LE DERNIER TRAPPEUR
France, 2004, de Nicolas Vanier, avec Norman Winther, May Loo, Alex Van Bibber, Ken Bolton...
Pitch : Norman Winther est un des derniers trappeurs du Yukon, territoire du Grand Nord canadien. Il vit éloigné de tout, avec sa femme Nebaska, d'origine indienne et ses chiens. Parmi ceux-là, Norman est attaché à Nanook qu'il emmène partout avec lui, pour chasser comme pour découvrir des zones plus hospitalières de son territoire. Avec la déforestation galopante, les animaux indispensables à la survie de Norman se font de plus en plus rares. Régulièrement, Norman se rend en ville pour vendre les fourrures qu'il a collectées et ramener ce qu'il ne peut fabriquer lui-même. Un jour, alors qu'il achète du matériel, son chien Nanook se fait renverser par une voiture...
 
 

Le premier couillon !

 
    S'il prétend souligner une inquiétude écologique en observant le Grand Nord et en problématisant la place de l'homme dans l'écosystème, Le dernier trappeur nous pose un sérieux problème cinématographique. Le voir d'ailleurs plébiscité par l'Éducation nationale souligne le manque de discernement ou l'incompétence de ceux qui portent aux nues ce type de films, masquant la vérité ou reposant sur le mensonge (le même problème a touché le film de Wolfgang Becker, Good Bye Lenin ! qui a pourtant été programmé dans le dispositif Apprentis et lycéens au cinéma en 2004/05).
 
    Sous couvert d'une référence à Nanook of the North (Nanook l'esquimau) avec lequel Robert Flaherty s'imposa dès 1922 comme le père du documentaire, Nicolas Vanier accumule les maladresses et oublie les règles fondamentales d'un cinéma qui analyse le réel et ne s'arrête pas à une approche publicitaire dont les deux mamelles sont d'une part l'esthétisme (que l'on ne s'y trompe pas, il est ici tout autant sonore que visuel) et d'autre part le mensonge (Vanier ne nous fera cependant pas prendre des vessies pour des lanternes). 
 
    Le principe de Vanier consiste à fictionnaliser ce qu'il pourrait appeler un espace documentaire dont Norman Winther, le personnage/acteur du film, pourrait faire partie. Y voir un lien avec l'approche du réel de Robert Flaherty qui demanda au héros de son film, Nanook, de lui montrer comment avait vécu de manière immémoriale la civilisation inuit serait une erreur. En effet, dans Nanook of the North (Nanook l'esquimau), ce film essentiel à toute compréhension de l'approche du documentaire, le savant dosage entre réel (la part documentaire ou comment vivaient les esquimaux) et fiction contribuent à la production d'un sens cinématographique : le réel y est révélé grâce aux éléments dramaturgiques qui émanent de la part de fiction (Nanook réussira-t-il à pêcher le grand phoque, pourra-t-il rejoindre par la suite son igloo avant la tombée de la nuit, etc.) ?
 
    Vanier joue, lui, à l'effet documentaire (voir la promotion du film qui repose déjà sur la mise en avant de l'identité de trappeur de Norman Winther) alors que tout dans son film repose sur le mensonge. Dès l'amorce, le paradoxe entre en vigueur : l'on nous parle de sensations réelles, d'osmose entre l'espace du Grand Nord et un homme alors que la bande son, elle, émane déjà d'un montage sonore. Dans une scène suivante où Norman repère un nouveau territoire, pensant s'y installer, l'on filme sa rencontre avec un grizzli. Connaisseur, Norman ne bouge pas d'un cil, calmant l'anxiété de son chien. L'on a évidemment droit à une contre-plongée sur l'animal qui se lève sur ses deux pattes arrière puis à un raccord serré sur le visage pénétré de Norman. Les vastes plans de grand ensemble du début, filmés par avion, ont laissé place à l'action et aux gros plans. Vanier dit réaliser un document-fiction mais ne livre finalement qu'une publicité en format 2.35.
 
    La contradiction qui traverse finalement le film où l'on nous parle de vrais espaces, d'air pur, d'un monde où chaque animal trouve sa place alors que tout est mis en scène (acteurs et animaux dressés pour le cinéma) discrédite complètement le projet de Nicolas Vanier. La voix off et intérieure de Winther alourdit d'autant plus le propos, lui offrant de plus à travers son prosélytisme un caractère ridicule ; dans le cadre du poncif, on retiendra le témoignage poignant du trappeur philosophe : "le plus important n'est pas d'attraper mais d'être là à chercher."  Le côté moralisateur finit d'atteindre le pathétique. Vanier infantilise le spectateur et à moins que ce dernier ne décide de se comporter comme le premier couillon, il ne pourra voir ce Dernier trappeur que comme une pauvre séquelle n'émanant nullement de ce que l'on a appelé le "cinéma vérité" mais bien la télé réalité projetée sur écran blanc. 
 
    Face à ce téléfilm qui déboule dans les salles, une question subsiste. Comment Leonard Cohen a- t-il pu accepter que l'une de ses chansons soit utilisée rpour décorer les images de ce film ? Michel Marques
 
 
 

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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