CINÉMA

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LAND OF PLENTY (TERRE D'ABONDANCE) 
U.S.A., 2004, de Wim Wenders, avec Michelle Williams , John Diehl , Wendell Pierce , Richard Edson...
Pitch : Los Angeles, 2003. Paul, vétéran du Vietnam, veut protéger son pays contre le terrorisme. Il sillonne la ville avec sa camionnette, bourrée de vieil électronique, et braque en amateur sa caméra sur tout ce qui lui semble suspect. Sa jeune nièce, Lana, après avoir passé quelques années en Israël, revient au pays. Profondément chrétienne, elle est hébergée dans une mission qui vient en aide aux sans-abris, où passe régulièrement Hassan, un pakistanais qui sera assassiné en pleine rue. Pour Paul, ce crime est un règlement de comptes entre terroristes : il y a urgence à remonter la piste du réseau avant une prochaine attaque. Lana n'y croit pas mais aide Paul dans son enquête. L'oncle et la nièce, que tout sépare, vont alors prendre la route pour découvrir la vérité...

 

The Weight of the World

    Par le biais du montage alterné, Griffith entérinait tout autant dans son film The Birth of a Nation (Naissance d'une nation, 1914 la mise en pratique d'un procédé cinématographique qu'un langage voué à devenir mythologique. En reprenant le même système au début de Land of Plenty, Wim Wenders interroge, lui, à partir de ce fondement binaire le nouveau visage de l'Amérique, celle d'après le trauma. Il invite ainsi les deux espaces qu'il filme, son personnage Lana s'en revient d'Israël pour rencontrer son oncle Paul Jeffries bien ancré sur le territoire américain, à se retrouver sur le terrain du deuil, celui de la mère de Lana (aussi sœur de Jeffries), incarnant par résonnasse la déflagration du 11/9.

    Le récent état de choc des U.S.A. a complètement modifié le comportement de Jeffries, ancien soldat engagé au Vietnam durant le guerre,  qui se complait dans un état d'alerte permanent défini par la névrose. Il suspecte des terroristes à tous les coins de rue, laissant divaguer sa paranoïa en développant un désir scopique. Voulant voir coûte que coûte pour savoir (lunettes infrarouges, caméra de surveillance installée dans son camion), Jeffries recherche la preuve par l'image, refusant la parole (la dernière lettre de sa mère écrite avant de mourir) que tient à lui transmettre sa nièce, Lana. 

    La surveillance opérée par Jeffries sur un pakistanais qu'il voit se faire exécuter en pleine rue sous sa caméra-oeil pointe l'état de refoulement de tous les pro-américains prêts à défendre leur territoire comme si l'on voulait le leur enlever. Son comportement masque la responsabilité, la faute que l'Amérique, gendarme du monde, porte dans sa propre déchéance. Et lorsqu'il indique enfin à sa nièce que "Plus de 3000 personnes sont tout de même mortes ce jour là..." (l'Amérique prenant conscience, malgré son passif, de l'effet d'un micro-génocide apparaît presque comme une boutade), il en oublie qu'il s'agissait d'êtres humains " qui n'auraient certainement pas aimé que l'on continue à tuer pour eux", comme lui rétorque Lana. 

    La caméra, les jumelles, comme le masque tombent au moment où Jeffries comprend que le pakistanais fut assassiné par des adolescents américains, parfaits représentants du racisme ambiant. En découvrant à la place du fautif qu'il filait, tel un rapace, une vieille dame malade (parfait symbole de l'Amérique), perfusionnée et couchée devant un écran de télé qui ressasse indéfiniment les paroles minables de G.W. Bush, Jeffries achève sa mission et cesse d'enregistrer ses rapports sur bande magnétique. Le retour à l'écoute, la discussion, l'ouverture vers l'autre est alors possible. Le désir de vengeance laisse place au travail de deuil dont le photogramme illustrant notre article est un summum de beauté et de poésie (voir notre complément dans la rubrique Autopsie). En passant de Los Angeles à New York, les deux regards enfin unis de Lana et Jeffries vers la béance du Groud Zero ne portent pas le symbole d'une défaite mais le recueillement de tout être humain qui dépasse la colère ou la honte.

    Jamais Los Angeles, terre du rêve Hollywoodien, n'aura été filmé avec tant d'authenticité (travellings qui font froid dans le dos), révélant l'errance de la pauvreté du peuple qui jonche ses rues. Land of Plenty est un poème, une messe funèbre servi par une bande originale d'une très grande beauté (les titres de Thom & Nackt en première ligne) et qui n'impose pas mais s'ouvre au sens. Ce que Michael Moore voulait laborieusement démontrer dans son Fahrenheit 9/11 est balayé ici par l'exercice du talent. Le film de Wenders s'impose sans doute comme le meilleur qu'il ait réalisé à ce jour. Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches