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LA CHAMBRE DES OFFICIERS
l'homme au masque d'enfer La chambre des officiers, pièce où sont parquées les gueules cassées de la guerre 14-18 est, en soi, le point d'ancrage à travers lequel se révèlent les problématiques soulevées par le dernier film de François Dupeyron. Que rassemble t-elle cette chambre ? Quelques hommes, militaires gradés, qui ont reçu les malencontreuses offenses de la guerre en pleine face et cachent leur défiguration dans l'isolement et sous un masque trop petit pour ne pas laisser entrevoir leur horrible nouvelle tête. Ces hommes sont des héros, on le leur fait savoir (discours officiel d'un ministre de la guerre, remise d'une dérisoire légion d'honneur). Mais leur héroïsme, à l'instar de celui du protagoniste du film, le lieutenant Adrien Fournier, est fallacieux. Quel est d'ailleurs son acte d'héroïsme ? Celui d'avoir combattu avec bravoure et aveuglement l'ennemi ? Nullement. Dès le début du film, Adrien est refoulé du train bondé dans lequel il s'apprêtait à monter et il se rabat bien vite sur une jeune femme qui vient d'abandonner son fiancé à la boucherie humaine. Il lui offre un verre, la séduit et l'emmène dans une chambre, celle du désir. Adrien s'extrait déjà de la mission qui lui incombe, offrir stoïquement sa vie à la patrie. Son héroïsme repose alors sur le hasard, celui d'avoir survécu à l'explosion d'un obus malgré la blessure irréparable qui lui couvre le visage. Le masque qu'il portera alors, opération après opération, sera le symbole de ce mensonge éhonté : nous sommes des héros car nous avons porté et accueilli cette guerre dans nos chairs. Le thème développé par La chambre des officiers s'inscrit alors clairement et doublement : la honte. Celle tout d'abord de se montrer au grand jour (identitaire donc) mais aussi et surtout celle que l'on porte silencieusement au fond de soi. Clémence, le personnage qu'Adrien séduit au début du film, et dont il sera par la suite hanté, n'hésite pas à lui reprocher sa capitulation devant la fatalité : accepter d'aller jouer à la guerre pour se prouver qu'il est (qu'ils sont) un homme. C'est bien cette vanité qui est au centre de La chambre des officiers, vanité punie mais dont chaque homme parvient finalement, à l'instar d'Adrien, à se détacher. En effet, les trois amis défigurés se sentent mieux dès le moment où ils trouvent la force de descendre se distraire dans une maison close. De la même manière, au sortir de la guerre, Adrien finit par jouer avec sa monstruosité physique pour qu'on lui affirme qu'il n'est pas un monstre. La défiguration lui aura permis de se construire une mythologie et de finir par y croire comme l'on croit à son personnage. Cependant, Adrien sait, en pensant à son ami parti volontairement mourir dans juste à la fin de la guerre les Ardennes, pour se donner bonne conscience, où sont les vrais héros. Mais qu'ils soient vrais ou faussaires, il n'en reste pas moins que chaque homme apparaît dans ce film, dont la subtilité de son discours masqué est assez peu éclairée dans la presse, une fois le voile de la vanité levé, comme une simple ordure finalement juste bonne à faire de la chair à canon. En s'achevant sur un brin d'optimisme, le film de François Dupeyron ne fait que souligner son désespoir devant la nature humaine ou, plutôt, masculine. On est de tout cœur avec lui. Michel Marques
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