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KING ARTHUR (LE ROI ARTHUR)
U.S.A., 2004, de Antoine Fuqua,
avec Clive Owen, Keira Knightley, Ioan Gruffudd, Stephen Dillane, Stellan Skarsgard, Ray Winstone...
Pitch : Cinquième siècle après JC. Arthur, un guerrier mi-breton mi-romain, défend l'île de la Bretagne pour le compte de l'Empire Romain, aidé de ses chevaliers sarmates. Impitoyables et héroïques, leurs exploits résonnent jusqu'à Rome, où Arthur tarde de retourner, dès que son devoir envers l'Empereur sera rempli. Mais rapidement, il comprend que l'idéal romain a été bafoué et qu'on exploite la bravoure de ses hommes. Il remet alors en question ses origines et mène ses chevaliers vers un combat contre l'envahisseur Saxon, dans lequel chacun va sceller son destin. Aidé de son ancien adversaire Merlin et du peuple Guède, Arthur va livrer cette bataille pour unifier cette terre qui n'est pas vraiment la sienne et ainsi devenir une légende...
Un train de retard
Décidément, le pauvre Antoine Fuqua (ce
n'est pas le nom d'un dragée) ne doit pas être né sous une bonne étoile.
L'an dernier, Tears
of the Sun (Les larmes du soleil) avait déjà subit les frasques
d'une distribution chaotique au vu de la fragilité des relations diplomatiques
internationales. Comble de malchance, sa sortie française coïncidait avec les
exactions barbares au Libéria dans l'indifférence générale de l'ONU. Le
discours apparaissait alors hypocrite (ce qui n'était pas voulu au départ)
car on vivait la situation en double : au cinéma fantasmé et à la télé
horrifiée.
Aujourd'hui, Fuqua en remet une couche dans une production "Jerry Bruckheimer"
(toujours signe de boursouflure et de décadence), censée nous narrer
l"histoire vraie d'Arthur et de ses chevaliers". L'opératique Excalibur de
John Boorman peut dormir sur ses deux oreilles, car ce n'est pas cette nouvelle
mouture qui viendra la détrôner.
Scénario calqué approximativement sur celui de Tears
of the Sun (Les larmes du soleil) (véridique ! un groupe d'hommes doit
sauver une personne mais décide finalement d'emmener
les villageois pour éviter un massacre général), mis en scène sans éclat, King
Arthur nous livre du déjà vu ailleurs. L'esprit de liberté qui anime les personnages, à démarrer
par Arthur, semble provenir directement du Braveheart de Mel Gibson sans la
fureur. Le voyage d'un point à un autre souhaiterait faire toucher la
cosmogonie de l'univers Breton (neige, boue, vent) et tendre vers l'expérience
physique, tel Le 13ème guerrier de John McTiernan,
mais est bien loin de sa fulgurance plastique.
L'affrontement sur la glace renvoie illico a Alexandre Nevski de Sergei
Eisenstein (qui s'imposait en 1938 comme une bible de montage pour les scènes de
bataille).
Les dialogues tentent de figer instantanément les personnages en figures héroïques
comme des martyrs absolus, alors qu'on était censés les démythifier pour les
humaniser (quelques essais de répliques maladroites et caricaturales
subsistent) ; graver la légende non par une volonté imposée, mais par la
simple observation d'actes rapportés à hauteur d'hommes qui se transmettent
ensuite vers l'éternité. Excepté Clive Owen (Arthur), le reste du casting est
transparent. Premier responsable, le montage qui ne permet jamais aux
personnages d'exister, ainsi que toute l'ambiguïté de la relation amoureuse
triangulaire (Arthur - Guenièvre - Lancelot) qui est expédiée en deux ou trois regards
insérés ici ou là. De plus, la fadeur
photographique, qui ferait presque croire qu'ils n'ont jamais quitté un studio,
n'aide pas. L'idée même de la trace que chaque homme laisse dans l'Histoire est
épuisée puisque le déjà peu brillant Troy
(Troie) de Wolfgang Petersen la creusait
plus profondément il y a quelques semaines.
Enfin, le spectacle ne contentera même pas ceux venus chercher de l'hémoglobine,
car bizarrement pour un produit vendu sur son réalisme, il n'y a pas une goutte
de sang à l'écran. Bon, allez, on se rattrape quand même avec le discours anticonformiste sur le
christianisme et les abominables meurtres commis par l'église
au nom de Dieu (sauf un détail, Arthur n'était pas chrétien mais païen, pour
l'authenticité on repassera donc), et un plan fantomatique surgi du néant : une épaisse fumée s'échappe de la porte principale de la citée, soudain le
Roi apparaît à cheval, la stature imposante comme une ombre de mort. Pour le
reste, Fuqua a un train de retard sur tous ses concurrents... Cédric Gentaz
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