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MAJO NO TAKKYUBIN (KIKI, LA PETITE SORCIÈRE)
Japon, 1989, de Hayao Miyazaki...
Pitch : Kiki est une petite sorcière sympathique de 13 ans. Comme le veut la tradition, elle doit quitter sa famille dans l'année et s'installer seule, dans une ville de son choix, pour exercer son métier. Un beau jour, elle se décide enfin à partir. Sa mère lui offre un balai volant, flambant neuf, et la jeune sorcière s'envole avec son fidèle compagnon, le chat Jiji. Après un voyage tourmenté par les intempéries, Kiki atterrit dans la ville portuaire de Kolico, et décide d'y prendre ses quartiers. Malheureusement, les habitants ne prêtent guère attention à elle. Alors qu'elle n'a aucun endroit pour dormir, Kiki est recueillie par une boulangère compatissante. Pour rentabiliser son balai magique de compétition et conquérir le cœur des habitants, Kiki décide d'ouvrir un service de livraison postale... 

 

"Il y a un village, on dirait la mer"

"Depuis mon enfance, je rêve d'être libre, de ne pas sentir l'apesanteur. C'est une volonté spirituelle." Hayao Miyazaki

    La distribution d'un Miyazaki, même antérieur à ses dernières oeuvres (celui-ci date de 1989), est toujours un évènement. Mieux vaut tard que jamais et si Kiki, la petite sorcière nous arrive donc 15 ans après sa création, il n'a pas pris une ride. Entre temps, le maître nous aura invités à communier avec la nature et l'innocence (Mon voisin totoro), percevoir sa nostalgie au-dessus des côtes de l'Adriatique (Porco Rosso), ressentir le filigrane qui sépare l'amour de la haine (Princesse Mononoké), il nous aura aussi conduits au bout de ses chimères avec Le voyage de Chihiro ou au cœur des écrits de Jonathan Swift et Jules Vernes avec Le château dans le ciel. Kiki, la petite sorcière pourrait être la réponse à Harry Potter (ou inversement étant donné qu'il a été réalisé avant). Avouons évidemment que la comparaison ne tourne pas à l'avantage du jeune sorcier à lunettes, puisque les deux adaptations portées à l'écran de J.K Rowling ne parviennent guère à rendre un quart de la magie de celle de Kiki, moins tape à l'œil, plus simple et aérienne, en bref tout simplement plus touchante. Adapté d'un roman d'Eiko Kadono (très célèbre à l'époque), ni Hayao Miyazaki ni le second génie absolu de Ghibli, Mr Isao Takahata, ne voulaient le mettre en scène. Le sensaï commanda donc à son staff un scénario. Le jeune directeur artistique pressenti à l'origine préféra jeter l'éponge devant l'ampleur de la tache. Insatisfait par le travail, Miyazaki remania à sa guise l'intrigue reprenant ainsi les reines du projet. La production débuta enfin. 

    Au même titre que Le voyage de Chihiro, Kiki repose sur une quête initiatique intérieure, sociale et spirituelle, avec la fantasie et le folklore en moins. En effet, le film a beau nous montrer le quotidien d'une sorcière, tout finit par se fondre dans le réel, se dernier imprégnant le récit, le contaminant au même titre que l'héroïne. On s'installe dans l'univers du film avec le confort que l'on rencontre en s'instalant sous une couette douillette. Ici, tout est donc chaleureux (ah la boulangerie !) et confortable. L'espace est sans cesse réinventé avec un sens du merveilleux et du détail enivrant. L'ambiance est purement européenne (comme Porco Rosso réalisé 3 ans plus tard), Kiki s'installant dans une ville balnéaire, où il fait bon vivre. Que son regard se porte à la verticale (balais aérien fluide, grâce vertigineuse au milieu d'une nuée d'oiseaux) ou vers l'horizon, c'est avec la même promesse dans les yeux qu'elle trouvesa place dans ce vaste monde, s'en imprègne, se saoule de ses sensations. Contempler l'inconnu, se projeter vers l'avant, créer des liens, la ville vue plusieurs en fois en plongée pourrait signifier ce complexe réseau de rencontres et de directions à assembler (il y a du Tati dans le découpage des lignes), tout se rejoignant vers son centre : l'horloge et sa ronde incessante d'automobiles, là où aura lieu la conclusion.

    Cette chronique pré-adolescente, narrant le délicat passage de l'enfance (bulle idéaliste) à celui de l'âge adulte (désillusion du merveilleux), se pare comme toujours chez Miyazaki d'une précieuse mélancolie que l'on espère éternelle (long travelling en bord de mer, allégorie douce amère de la vie). Kiki va même jusqu'a plonger vers l'insondable lassitude de l'être, la dépression profonde d'une incompréhension face à son environnement. Recroquevillée dans la solitude de sa chambre, elle est rongée par un terrible doute, se partage alors entre la nature affective de ses sentiments et ses responsabilités et finit par se perdre (la quête sociale se double à celle de l'identité). Lorsque le raisonnement prend le pas sur l'intuitif, le don se conceptualise. Ainsi, c'est parce que sa vision de l'ensemble change qu'elle finit par ne plus pouvoir voler et ne plus comprendre les miaulements de Jiji son chat. Deux personnages en qui s'identifie Miyazaki finiront par balayer son désespoir. Tombo, jeune garçon amoureux d'elle, passionné d'aviation, grand rêveur ingénieux, et Ursula jeune artiste peintre perdu au milieu d'une foret, vivant selon ses envies. Un don qui s'identifie à de l'art et qu'il faut donc laisser respirer pour l'entretenir. Miyazaki San le sait mieux que quiconque et, entre légèreté et gravité, Kiki s'impose comme une petite friandise de son auteur qui n'est pas sans une certaine grandeur. Cédric Gentaz

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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