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DONNIE DARKO
U.S.A., 2001, de Richard Kelly, avec Jake Gyllenhaal, Jena Malone, Drew Barrymore, Patrick Swayze...
Pitch : Le compte à rebours a commencé. Une voix chuchote à un jeune adolescent, Donnie Darko, que la fin du monde est pour bientôt. Et dans moins de trente jours exactement. Quelle est cette voix qui se matérialise sous la forme d’un personnage vêtu d’un costume de lapin géant squelettique ? S’agirait-il de l’incarnation d’une mauvaise conscience ? Qui est ce Jiminy Cricket de malheur ? Délire paranoïaque ? Fantasme schizophrénique ? Donnie Darko perd la tête. La psychiatre de Donnie va tenter de comprendre les délires névrotiques de l’adolescent...

 

Conte à rebours

    Un adolescent gît, comme foudroyé, au milieu d’une route américaine. La caméra, d’abord à distance, s’avance lentement, se place à la hauteur du gamin et s’arrête sur le paysage. Le héros relève la tête, qui pénètre le champ, esquisse un sourire de profil puis quitte brusquement le cadre. A cet instant, la fiction s’enclenche ; un éprouvant compte à rebours, fil rouge de Donnie Darko, aussi.

    Son héros, Donnie Darko (Jake Gyllenhaal) va connaître crescendo les troubles psychologiques les plus étonnants. Un lapin géant, qu’il est seul à voir, lui prédit l’apocalypse, apocalypse qui va foudroyer cette Amérique de 1988, sur le point d’élire George Bush senior.

    Richard Kelly inscrit son film, et ce dès sa très belle ouverture, dans le registre d’un fantastique quotidien, calqué sur le réel. De chaque image de la bourgade tranquille, héritière de Norman Rockwell, il dégage le potentiel insolite et mélancolique. Dans son dispositif, Donnie Darko ressemble moins à une descente aux enfers qu’au prémisse d’un cauchemar ou, mieux encore, à un rêve fiévreux. Loin d’être l’empilement de références lynchiennes proclamé par une critique paresseuse, Donnie Darko propose un détournement de la comédie Harvey (1950) où James Stewart conversait avec un lapin invisible. Ses choix thématiques et visuels le rapprochent ensuite des derniers opus de M. Night Shyamalan. A travers la figure en mutation de l’adolescent, il est aussi question de la découverte de soi, d’un état, de l’acceptation de forces surnaturelles héritières des comics (Unbreakable/Incassable) partant du fait que le simple nom " Donnie Darko " ressemble à celui d’un super héros, dixit la douce héroïne du film.

    Mais le caractère proprement troublant de ce premier long métrage réside dans sa dimension hautement prémonitoire. Comme la comédie d’Alexander Payne Election (L’arriviste, 1999) anticipait la confusion électorale post Clinton, Donnie Darko condense la prophétie la plus frappante faite aux événements du onze Septembre 2001. A travers l’histoire d’un teenager perturbé, c’est bien la fragilité d’un pays, la crainte d’un futur destructeur qui sont mis en relief. L’Amérique de Kelly s’articule en un puritanisme forcené, sous couvert d’une vision réductrice des sentiments humains (entre peur et amour, il faut choisir). Corollaire logique : elle tire d’elle même, sans effort, sa propre étrangeté. Les catastrophes programmées – saccage d’un lycée, incendie, assassinat, destruction d’un toit par le réacteur d’un avion ( !) – s’enchaînent au ralenti, presque en apesanteur.

    Avançant avec une méfiance des figures obligées, propres au cinéma de genre, le cinéaste s’interroge sur un fantasme apocalyptique, phénomène qui n’aurait dans son esprit rien de surprenant. En chemin, il impose une série de plans aussi étranges qu’inoubliables : une fillette se défoule sur un trampoline, une vieille femme reste jour et nuit devant sa boîte aux lettres, une enseignante limogée échange un long regard avec une chinoise, souffre douleur du lycée. Et l’allure constamment hébétée et pathétique du jeune Jake Gyllenhaal accentue le malaise provoqué par ce film inquiet et émouvant. Gautier Denneulin

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches