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KOHI JIKOU (CAFÉ LUMIÈRE)
Japon/Taïwan, 2004, de Hou Hsiao Hsien, avec Yo Hitoto, Tadanobu Asano, Masato Hagiwara, Nenji Kobayashi, Yo Kimoko...
Pitch : La jeune Yoko revient d'un séjour à Taïwan. Elle rend visite à Hajime, garçon silencieux qui tient une librairie et enregistre, pour se divertir, le bruit des transports en commun de la ville, ceux qu'emprunte beaucoup Yoko. Elle fait une recherche sur le compositeur taïwanais Jiang Ewn-Ye, qui travailla un certain temps au Japon. Hajime accompagne Yoko dans ses travaux. La jeune fille vient rendre visite à son père qui semble avoir très peu d'affinités avec elle et s'est remarié. A sa nouvelle épouse, Yoko annonce qu'elle est enceinte d'un taiwanais. Elle souhaite garder l'enfant et l'élever seule. Les deux parents sont inquiets pour elle...
 
 

"A hauteur de tatami"

 
    Répondant à une commande explicite, rendre hommage au cinéma de Ozu pour le centenaire de la naissance du réalisateur japonais, Hou Hsiao-hsien a laissé sa terre taiwanaise pour celle du pays du soleil levant. En abordant la vision de Café lumière, une question devait indubitablement occuper l'esprit du spectateur cinéphile : comment le réalisateur taiwanais allait-il s'y prendre pour honorer la mémoire du maître japonais ? Allait-il imiter ou discuter avec le cinéma de Ozu ? De fait, Hou Hsiao-hsien opte pour la deuxième solution, s'imposant néanmoins la technique de cadrages et d'angles de prise de vue "à hauteur de tatami", selon l'expression consacrée du maître. En utilisant cette hauteur des personnages ou de leur regard, Hou Hsiao-hsien emprunte l'œil et la posture de Ozu pour en faire évidemment autre chose.  
 
    Si le film s'ouvre sur un plan fixe, marque du réalisateur taiwanais, enregistrant en contre plongée le passage d'un train qui semble se faufiler entre les fils électriques, le premier plan séquence qui lui succède porte cette fois l'oeil d'Ozu et se situe dans l'appartement de l'héroïne. Celle-ci circule, quitte le champ et occupe davantage l'espace à travers sa voix (elle est au téléphone) qu'à travers son corps. Durant le premier quart d'heure, la caméra ne l'appréhendera d'ailleurs jamais de face, se contentant au mieux de la suivre dans la ville en plans d'accompagnement. De la même manière qu'elle résistera à ses parents, l'héroïne nous échappe, se faufilant tant dans la ville qu'entre les quatre murs de son appartement. 
 
    S'il s'est imposé une forme filmique, le réalisateur de Milenium Mambo fait rapidement sien l'usage du panoramique dans ses différent plans séquence. Ce mouvement de caméra latéral en devient l'outil du plan séquence et permet à la narration de s'enraciner dans la diégèse et de se diluer. Permettant de suivre l'action, le mouvement d'appareil semble également l'écrire comme une main portant un crayon le ferait sur un parchemin. Mais s'il utilise les outils de Ozu dans un espace (le Japon) qui n'est pas le sien, Hou Hsiao-hsien rompt cependant avec l'époque du maître, signalant que l'époque n'est plus la même et que du temps comme de l'eau ont coulé sous les ponts. Enceinte de son ami taiwanais, Yoko, l'héroïne, n'en désire pas moins garder l'enfant pour elle-même et l'élever au Japon.
 
    La notion de rupture, thème quasi principal du film, prend donc racine dans l'affirmation d'indépendance de Yoko. Chez Ozu, son personnage aurait abdiqué à la volonté de ses parents, motivée par l'image de la respectabilité engoncée au tréfonds d'une société masculine. Le conflit générationnel n'a ici pas lieu et la décision de Yoko n'est même pas à discuter. Dans son choix scénaristique, Hou Hsiao-hsien souligne la distance temporelle parcourue depuis Ozu et discute avec ce dernier à travers l'autre thème important du film : la reconstitution d'une mémoire puisque Yoko parcourt la ville afin de retrouver la trace de Jiang Ewn-Ye, le musicien sur lequel elle enquête, à travers les lieux où il s'est jadis rendu. Si Yoko sculpte ce dernier par touches, Hou Hsiao-hsien en fait finalement de même avec son héroïne. De la même manière, elle est obsédée par un rêve familier qu'elle décrit à un ami, désireuse d'en soulever la provenance.
 
    Café lumière apparaît comme un va-et-vient incessant entre des lieux, par exemple de l'appartement à la librairie et des temporalités : l'époque contemporaine de l'héroïne, celle de Jiang Ewn-Ye et, derrière lui, de Yasujiro Ozu. Ces espaces physiques ou temporels semblent reliés par l'ensemble des trains qui circulent dans la ville mais aussi par le son qui en émane, tel un refrain sonore. Les trains chuchotent leur mélopée et sont enregistrés par le principal ami de Yoko, Hajime qui poursuit de son côté le projet de reconstituer sous la forme d'un labyrinthe informatisé le cadre circulatoire de la vie humaine. Reprenant les reines à travers un dernier plan purement personnel (on avait débuté par le passage d'un train, l'on finit sur un bras de rivière), Hou Hsiao-hsien libère son spectateur pour mieux l'hypnotiser. Tout comme Tsai Ming-liang qui a lui aussi livré cette année un nouveau chef-d'œuvre, Hou Hsiao-hsien prouve une nouvelle fois la maestria de son art. S'ils peuvent en déconcerter d'aucuns, ces deux réalisateurs ont le talent de nous enjoindre à revoir leur film aussitôt la salle quittée. Michel Marques
 
 
 

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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