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THE INCREDIBLE SHRINKING MAN (L'HOMME QUI RÉTRÉCIT)
U.S.A., 1957, de Jack Arnold, avec Grant Williams, Randy Stuart, April Kent, Paul Langton...
Pitch : En week-end sur un bateau avec son épouse, Scott Carey est momentanément exposé, sans le comprendre, à un nuage radioactif pendant que sa moitié est partie lui chercher une boisson fraîche. Peu de temps après, Scott découvre qu'il perd du poids et que sa taille rapetisse. Personne n'explique le phénomène qui l'accable, cependant, Scott Carey continue inlassablement à rétrécir.

 

Déshabillez-moi !

    The Incredible Shrinking Man, tourné par Jack Arnold dans les années cinquante, a été loué par de nombreuses générations de cinéphiles. Les uns pour la fabuleuse aventure qui conduit le héros du film, Scott Carey, à décroître de jour en jour jusqu'à en perdre définitivement de vue l'échelle humaine, les autres pour l'intelligence avec laquelle Arnold a apporté des solutions cinématographiques à l'adaptation que Richard Matheson fit lui-même de son roman (agrandissement des décors pour suggérer le rapetissement du héros, intensité sonore mise en avant). L'originalité d'Arnold est de faire advenir une situation fantastique à travers l'inventaire documentaire qu'il met en place dès le début du film (la vie quotidienne et banale d'un couple nous est présentée). Ne négligeons pas le fait qu'Arnold fit son entrée dans le cinéma en tant que cameraman de Flaherty. 

    The Incredible Shrinking Man a cela d'extravagant qu'il dénude autant un personnage masculin qu'il le destitue, par le biais d'une métaphore obsessionnelle (sa perte de taille continuelle et donc aussi d'identité) de tous les atouts qui font de lui un homme. Cet accablement cauchemardesque qui s'apparente à une mise à l'épreuve se lit déjà dans le titre du film qui résonne comme une insulte, la connotation du rétrécissement n'étant pas sans évoquer l'impuissance sexuelle à laquelle le héros doit symboliquement peu à peu se soumettre face à une épouse qui garde, quant à elle, sa taille d'origine. C'est d'ailleurs autant de son pouvoir sexuel que social dont Scott Carey est dépossédé au fil de sa descente au calvaire. Sa présence d'époux au sein de son foyer finit par s'effacer laissant bien vite une place vacante puisqu'il n'est plus en mesure d'assumer les choses. Cette régressions d'un homme à la taille d'enfant, puis de poupée et finalement d'insecte s'accompagne, de plus, par son déshabillage, un progressif strip-tease, dévoilement habituellement réservé au cinéma aux corps féminins. En effet, Scott ne trouve bientôt plus de vêtements à sa taille et doit alors se confectionner de ses propres mains des habits de fortunes. Le déshabillage conduit encore davantage le personnage vers l'humiliation. Celle-ci intervient cependant dès le début du film puisque Scott tache de s'accrocher dès les premiers symptômes du mal qui l'accable à ce qu'il était. Cette humiliation fait cependant écho à la première séquence du film où Scott envoie son épouse lui chercher une boisson alors que de son côté il profite du repos sur le pont d'un bateau (ce qui le conduit à être le seul membre du couple à entrer au contact avec un nuage radioactif... intéressante punition de l'homme qui se fait servir). 

    Durant la première partie du film, la précision et la minutie avec lesquelles sont mis en scène ses handicaps dans un monde qui est de moins en moins le sien accentue l'horreur d'une situation proche du cauchemar. Chaque nouvelle évolution est un signe supplémentaire de sa régression. Scott quitte pas à pas l'échelle où il semblait régner en dominant sans même s'en rendre compte. En devenant aussi petit qu'un enfant, tout en conservant les formes de son corps d'adulte (ce qui accentue davantage la frustration), il finit par être traité par son épouse comme il dut l'être par sa mère à l'âge de huit ans. Implicitement, sa moitié le dépossède donc du rôle sexuel qu'il occupait dans leur couple. Le protagoniste vit d'ailleurs la décroissance de sa virilité avec fureur et haine autant à l'égard de lui-même que des autres. Subtilement, le film d'Arnold explore le désarroi d'un homme dépossédé dans sa propre culture de sa nature machiste et du rôle prépondérant qu'il occupait. 

    La deuxième partie du film commence avec la disparition accidentelle de Scott dans le monde qui fut le sien ; un concours de circonstances l'isole dans la cave de la maison et chacun (sa femme la première) le tient pour mort. Le film se raréfie alors en mots, Scott perdant tout contact avec la communication. Sa survie devient sa principale préoccupation : trouver de quoi se nourrir, se protéger des avanies qui le menacent (une araignée, un précipice, une inondation). Mais Scott ne suit pas les lois de l'évolution à reculons et son sort n'a rien à voir avec celui d'un homme "redevenu" préhistorique. Il est tout simplement démuni de sa primauté social, entrant directement au cœur d'un monde où règnent les lois de l'échelle. Scott comprend alors que son exploration et son combat pour survivre ne s'achèveront qu'avec sa propre mort. Notre héros prend alors enfin du recul et démontre en philosophant sur son sort (voix off) qu'il n'est pas devenu un animal mais s'affirme plus que jamais comme un être pensant. La force de l'intrigue écrite par Richard Matheson consiste à remettre en question, à travers l'itinéraire d'un protagoniste masculin, la stabilité d'un ordre. Et si dans ce film, parabole il y a, c'est bien pour insister au cœur des années cinquante sur le fait que l'économie établie du monde peut (ou doit) toujours se transformer. 

    The Incredible Shrinking Man est une fable qui illustre la paranoïa d'un homme hanté par la crainte de n'être plus à la hauteur, thématique récurrente dans le cinéma américain de l'après-guerre. Dans ce film, le parcours du protagoniste ressemble à la descente d'une pyramide (pensons aux marches infranchissables de l'escalier de la cave), architecture qui symbolise parfaitement l'idéologie sociale et sexuelle dominante du monde capitaliste. Tout en avançant vers le bas, Scott Carey glisse dans l'abîme de la hiérarchie et s'enfonce dans un univers de plus en plus vaste et incertain. Un univers qui ne cesse de s'agrandir à son corps défendant. Michel Marques

 

L'œuvre de Jack Arnold

 

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