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LES GASPARDS
France, 1973, de Pierre
Tchernia, avec Michel Serrault, Philippe Noiret, Michel Galabru, Chantal Goya,
Charles Denner, Annie Cordy, Gérard Depardieu...
Pitch: Alors que Paris subit de nombreux chantiers sous l'initiative du
Ministre des Travaux Publics désireux de moderniser la capitale, une vingtaine
de personnes (des touristes, deux agents cyclistes et une jeune fille) sont
kidnappées par une petite communauté vivant dans les souterrains et qui réclame
en échange dans leur liberté que l'on arrête de creuser des trous dans Paris.
Rondin, libraire nostalgique du vieux Paris, part à la recherche de sa fille
dans les souterrains...
Une idée à creuser...
Un jeu de mots bien simpliste
pour introduire un film assez méconnu malgré son générique, et pourtant méfiez
vous de son titre et de la présence de Michel Galabru: il ne s'agit pas d'un
nanar... Derrière la caméra, on trouve un amoureux du cinéma qui a utilisé
pendant une bonne partie de sa vie la télévision pour paradoxalement parler du
septième art et le défendre, ce même cinéma qui doit affronter depuis
plusieurs décennies l'ascension du petit écran. Aujourd'hui gentiment qualifié
de "dinosaure", Pierre Tchernia (né en 1928) doit injustement se
satisfaire de quelques minutes de temps de parole dans une émission comme Les
Enfants de la Télé parce que c'est bien plus important de faire la
promotion des invités et balancer de la pub toutes les demi-heures.
Heureusement, la superbe et imposante collection des Fiches de Monsieur Cinéma
qu'il a créée et à laquelle je fus longtemps abonné continue de s'étoffer
de mois en mois depuis vingt-cinq ans, défendant sans relâche tout le cinéma
d'hier et d'aujourd'hui.
Pierre Tchernia a réalisé quatre films, tous avec Michel
Serrault en vedette et dont le plus célèbre reste le premier, Le Viager
(1971). Le second, Les Gaspards, n'a pourtant pas grand chose à
envier à son prédécesseur, si ce n'est que Serrault n'est plus la seule
vedette au générique puisqu'on retrouve Philippe Noiret, mais seulement dans
la deuxième partie, en chef d'une bande de "Gaspards" (des
"rats" en argot) habitant dans les souterrains de Paris, protégés de
la pollution et de la modernisation qui sévissent chez les "voisins du
dessus". Cette communauté vivait bien tranquille, volant de temps à autre
des vélos servant à apporter le courant à leur demeure secrète, ou encore
quelques tableaux de maître ou des bonnes bouteilles de vin... Jusqu'à ce
qu'ils décident d'enlever plusieurs personnes pour tenter de stopper des
travaux de plus en plus envahissants qui risquent de "transfomer Paris en
gruyère" et nuire à leur tranquillité. Le personnage de Rondin (Michel
Serrault), libraire et écrivain parti chercher sa fille enlevée dans les
catacombes, va quelque peu troubler la quiétude de cette population marginale
tout en comprenant mieux que quiconque leur nostalgie d'un Paris du siècle
dernier dépourvu d'automobiles puisqu'il a écrit un livre sur ce sujet.
Partant de ce scénario original, Tchernia nous livre avec l'aide de Goscinny
une sympathique comédie contemporaine discrètement amère, soigneusement filmée
et riche de quelques bonnes trouvailles. Comme dans son premier long métrage,
la comédie sous ses airs anodins et se moquant gentiment ici de la police et
des politiciens glisse parfois avec bonheur vers l'humour décalé et burlesque.
Et comme dans Le Viager, on a droit à une belle brochette de comédiens
souvent amis du cinéaste: Serrault bien sûr, mais aussi Noiret, Galabru fait
son numéro habituel en commissaire de police, Charles Denner s'en tire bien en
ministre "moderne" dont certaines attitudes sonnent clairement comme
un clin d'œil à Louis de Funès (d'ailleurs l'allusion du conseiller trop
grand par rapport à lui renvoie au duo Salluste/Blaze dans La folie des
grandeurs de Gérard Oury), également Gérard Depardieu alors débutant
(déjà présent dans Le Viager) en facteur un peu benêt (!) et
dans des petits rôles, Jean Carmet, le "caméléon vocal" Roger Carel
et Jacques Legras. Cependant, toute mignonne qu'elle était à cette époque,
Chantal Goya n'a pas vraiment sa place au cinéma, elle qui a pourtant hérité
du rôle (court et quasi muet d'ailleurs...) de la fille de Rondin.
Je mentionnais des références à Oury ou à de Funès mais
si Pierre Tchernia a réalisé quatre films et tous des comédies (les deux
autres étant La gueule de l'autre en 1979 et Bonjour
l'angoisse en 1988), ce n'est pas un hasard: spectateur fidèle du cinéma
comique français, de tout un pan du cinéma populaire mené par Jacques Tati,
Yves Robert, Francis Veber ou Gérard Oury, il a tenté d'apporter sa
contribution au "divertissement familial" avec la modestie et le soin
incontestable d'un vrai passionné du cinéma. Emmanuel Coll
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