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LA FEMME DÉFENDUE
La liberté retrouvée La femme défendue est un film de portraits. Celui de Muriel (Isabelle Carré), que l'on voit dans neuf séquences sur dix, et celui de François (Philippe Harel) que l'on ne voit jamais mais dont on est censé endosser la peau. Philippe Harel réalise en effet un portrait en creux de son personnage puisqu'il le met en scène à travers une caméra subjective. Ce que regarde François, nous le voyons. Le principe n'est pas neuf, ayant été utilisé en 1947 par Robert Montgomery dans Lady in the Lake (La dame du lac). Philippe Harel, évidemment, le savait. L'exercice de style auquel il se soumet donc ici prend, a fortiori, un tout autre sens ; Lady of the Lake possédait en effet davantage de personnages que La femme défendue. Philippe Harel travaille dans son film sur l'obsession du réalisateur par rapport à son actrice principale, obsession du contrôle et de la mise en scène. Au fil des séquences, le but de François, comme celui du spectateur, est de voir apparaître Muriel/Isabelle Carré dans le champ (à l'écran pour le spectateur). On a droit à son sourire en plan américain puis rapproché et, enfin, à son corps dénudé, frêle, maigre, fragile et délicieux. De minute en minute, cela devient un défi, un jeu. François y gagne parfois mais y perd également fréquemment. Dans ce cas, il n'a pour lot de consolation que la voix sur l'annonce d'un répondeur automatique de celle dont il désire l'image et la présence. Se dessine alors la métaphore de l'actrice qui est dépossédée de son image et qui regagne peu à peu du terrain, reprenant les reines, s'affranchissant. François est pris à son propre piège, devient l'amant malheureux, abandonné, devant de plus éponger les soucis d'un adultère qui éclate au grand jour. Ce cadre supérieur aisé perd le contrôle de la mise en scène de ses désirs, ne pouvant plus que s'imaginer le nouveau film de la vie de son ancienne maîtresse. Si La femme défendue se présente comme un conte cruel, il n'épargne personne et n'oublie pas de rappeler qu'en amour comme en mise en scène, tous les actes et tous les mots se paient contents en fin de parcours. Ceux de La femme défendue (titre prémonitoire puisque François semble vivre au présent une histoire qu'il ne connaîtra par la suite plus) sont élégants, agréables et donnent envie de se perdre dans le sourire et le regard de cette merveilleuse actrice et personne qu'est Isabelle Carré. Michel Marque(s)
bio-filmographie de Philippe Harel bio-filmographie de Isabelle Carré
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