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LA TERRA TREMA (LA TERRE TREMBLE)
La mer est amère Deuxième long métrage réalisé par Luchino Visconti après Ossessione, La terra trema (La terre tremble) qui peut également être entendu comme l'un des manifestes du néo-réalisme n'a absolument pas pour ambition de filmer anecdotiquement la pauvreté. Le sujet du film, ou du moins son objectif, est avant tout politique. Son propos se résume au raisonnement qui pousse le protagoniste malheureux de cette histoire à garder espoir malgré le désastre qu'il semble avoir causé. Mais si La terra trema narre l'échec d'une ambition légitime, celle d'Antonio Valastro, frère aîné d'une famille de pêcheur poussant les siens à hypothéquer leur modique bien, une maison, pour s'installer à leur compte et ne plus être exploités par des grossistes malhonnêtes et profiteurs, le film aboutit avec finesse et non par démonstration sur l'idéal communiste : "Il faut apprendre à s'aimer les uns les autres, à être unis, alors seulement on va de l'avant", philosophe au final Antonio malgré sa mésaventure. A l'instar de ce plaidoyer convaincant et émouvant, le film oppose avec subtilité une Italie passéiste, celle des anciens habitués à l'injustice et désabusés au point de se contenter de leur condition, à l'autre Italie, à peine naissante, empreinte de vérité, d'égalité pour tous et d'union fraternelle, celle dont Antonio prend peu à peu conscience lorsque sa révolte semble éteinte. La force du film consiste à ne pas imposer naïvement au fil des séquences l'idéal communiste mais d'y aboutir intellectuellement. En effet, cet idéal se fait jour dans l'esprit d'Antonio au moment où, rejeté de tous, plus déshérité que jamais, il comprend que son échec ne remet nullement en cause la certitude que son pays et les siens peuvent espérer des jours meilleurs si l'union de tous, l'amour et le respect de chacun pour autrui se mettent à prévaloir. Ce raisonnement s'oppose habilement à l'idée de fatalité soutenue dans le film par les nombreux proverbes : "la mer est amère ; le ver dit à la pierre : je finirai par te percer ; à navire éventé, tout vent est contraire..." L'idée principale du film révèle que c'est de la souffrance que naît l'espoir. Ainsi, le héros doit être humilié, bafoué par ceux qui se rangent volontairement ou malgré eux derrière les propagandes mussoliniennes, pour que l'idéal communiste puisse devenir, en son for intérieur, sa nouvelle raison de vivre. Si le scénario s'inspire de Giovanni Verga, Visconti semble y avoir apporté bien plus que le célèbre auteur italien, ce pour quoi le nom de l'écrivain n'apparaît pas au générique. Notons d'ailleurs que tout au long de son œuvre, le réalisateur puisera ses sujets dans la littérature pour cependant donner le jour à des films qui doivent tout à son propre génie. C'est par exemple aussi le cas pour Le notti bianche (Les nuits blanches), film nocturne et déambulatoire, film tout bonnement sublime comme sont toutes les œuvres de Luchino Visconti. Michel Marques
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