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L'AVARE
1980,
France, de Jean Girault et Louis de Funès, avec Louis de Funès, Frank David,
Hervé Bellon, Claire Dupray, Claude Gensac, Michel Galabru, Bernard Menez...
Pitch: Harpagon est un aristocrate de soixante ans extrêmement avare,
qui cache dans son jardin une cassette renfermant dix mille écus. Sa fille
Elise aime en secret Valère qui s'est fait passer pour l'intendant d'Harpagon
dans le but de gagner sa confiance. Son fils Cléante est quant à lui très
amoureux d'une jeune fille de milieu modeste, Mariane. Elise et Cléante n'osent
rien avouer à leur père mais auraient bien besoin d'un peu d'argent de
celui-ci pour le mariage que chacun des deux envisage...
Quand
de Funès adapte Molière
Louis
de Funès rêvait depuis longtemps d'interpréter Harpagon dans la pièce créée
et jouée par Molière en 1668, L'Avare, un personnage qui
convenait parfaitement, il est vrai, à sa nature comique. De sérieux problèmes
cardiaques l'avaient hélas contraint en 1974 à abandonner définitivement les
planches, mais il était revenu au cinéma deux ans plus tard avec un
enthousiasme intact. Il décida donc d'adapter la pièce à l'écran en 1979,
mais ne se contenta pas d'incarner Harpagon: de Funès choisit lui-même ses
partenaires (certains parmi les fidèles de l'acteur: Claude Gensac, Michel
Galabru, Grosso & Modo...), les fit répéter chaque matin avant le tournage
et donna de nombreuses directives de mise en scène à Jean Girault, réalisateur
notamment de la série des Gendarme... Le public accueillit plutôt
froidement le film à sa sortie, le théâtre sur grand écran n'étant sans
doute pas la tasse de thé des français, alors que cette version de L'Avare
peut passer pour un petit bijou si l'on ne s'arrête pas aux premières minutes.
Le titre du générique l'indique clairement, c'est "L'Avare
de Molière" que l'on va regarder, donc un film fidèle à l'œuvre
originale. Une fidélité en tout cas indéniable au niveau des répliques,
reprises sans avoir changé un seul mot. Cela peut rebuter les spectateurs lors
de la première scène, dialogue entre Elise et Valère puis entre Elise et Cléante
qui pose assez lourdement les bases de l'intrigue. Mais dès qu'Harpagon entre
en scène, comme par magie la pièce (le film) devient beaucoup plus accessible
et plaisante. On ne peut qu'applaudir l'habileté avec laquelle Louis de Funès
a adapté la pièce, partagée entre respect de l'original et envie d'apporter
sa touche personnelle. Quelques décors ont été ajoutés, mais on trouve ici
ou là des extraits de la pièce et des portraits de Molière en arrière-plan.
Lors de la scène où Harpagon s'adresse directement au public quand on lui a dérobé
son argent, voilà de Funès en train de parler sur la scène d'un théâtre
devant un spectateur de choix... le roi Louis XIV évidemment, comme si nous étions
en 1668... D'un autre côté, l'acteur s'est amusé à insérer des gags visuels
amusants tout au long du film (notamment Harpagon poursuivi par une femme
faisant la quête à l'église), ainsi que, bien sûr, mimiques et bruitages tirés
du large répertoire du comique (son imitation de Donald Duck lors du procès de
Valère par exemple), tout en ne modifiant donc en rien le texte original. La
mise en scène de Jean Girault et Louis de Funès impose un rythme assez
haletant au film, accéléré lors des interventions de l'acteur vedette en
grande forme qui ne se ménage pas lors de ses mémorables crises d'énervement.
Autant dire que sans une telle force comique dans le rôle d'Harpagon, l'intérêt
de l'oeuvre n'aurait pas été aussi intense, cependant on peut saluer ses
partenaires aptes à lui rendre la balle et à suivre son rythme d'enfer. Claude
Gensac, Michel Galabru ou encore Bernard Menez ont chacun le rôle qui leur
convient.
Je me souviens avoir vu le film au collège à l'occasion
d'une étude de la pièce. Peut-être ne l'avais-je pas apprécié à sa juste
valeur à l'époque, mais L'Avare semble pourtant parfait pour une
initiation en douceur à l'univers de l'acteur et metteur en scène de théâtre,
tant le texte qui peut sembler pour les élèves complexe et peu attrayant à la
lecture gagne en clarté à la vue de l'adaptation de Jean Girault et Louis de
Funès, riche d' "illustrations" qui n'auraient pas été possibles au
théâtre (pendant les dialogues) et de trouvailles comiques jamais déplacées
que Molière aurait peut-être trouvé à son goût... qui sait ? En tout cas,
cette oeuvre assez personnelle de la carrière de Louis de Funès est
certainement un grand cru de sa longue filmographie et mérite d'être redécouverte.
Emmanuel Coll
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