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HARRY, UN AMI QUI VOUS VEUT DU
BIEN
Une heureuse surprise Un destin aussi surprenant que prestigieux pour ce Harry, un ami qui vous veut du bien : acclamé sur la Croisette en mai 2000 sans pour autant remporter de récompenses, il remporta également un succès considérable lors de sa sortie en salles pendant l'été qui suit et décrocha finalement quatre statuettes aux Césars 2001, notamment pour le metteur en scène et l'acteur principal. Une sacrée reconnaissance pour Dominik Moll, jeune cinéaste d'origine allemande qui signait ici son second long métrage sept ans après le méconnu Intimité (à ne pas confondre avec le film de Patrice Chéreau sorti récemment). Brillante idée que de s'attaquer à l'univers du thriller, genre qui ne brille guère habituellement en France mais qui trouve enfin l'occasion de s'affirmer avec en prime un humour noir réjouissant. A la lecture du titre et de son pléonasme (un ami véritable peut-il vous vouloir autre chose que du bien ?) puis pendant les quarante premières minutes de film, les interrogations affluent autour des intentions de l'aimable et généreux (mais collant) Harry, devenu riche dit-il grâce à l'héritage de son père. Certes une personne qui débarque dans la vie d'une autre et la pourrit, ce n'est pas nouveau, mais Harry n'est pas un "psychopathe de plus" : d'abord du début à la fin on ne saura rien de son passé qui pourrait "expliquer" les actes de ce type jovial et bavard apparemment normal ; de plus, il ne cherche pas à pourrir la vie de Michel, au contraire... Au tout début du film, dans les toilettes d'une aire de repos, Harry accoste Michel en lui parlant de vieux souvenirs de lycée que ce dernier semblait avoir oublié. Les présentations faites avec les compagnes des deux hommes et les enfants de Michel, Harry va s'attacher à faire "le bien" dans sa vie, en clamant que "tout problème a une solution". Une vieille maison à retaper, une voiture peu optimale en été et qui ne va pas tarder à tomber en panne : l'arrivée d'Harry (et de sa charmante compagne Prune tellement dénuée de personnalité qu'elle passe presque inaperçue), quoique non désirée par le couple, règle effectivement quelques soucis (Harry achète tout simplement une voiture neuve à ses "amis" de toute récente date...). Mais ce séducteur aux manies insolites (manger un jaune d'œuf après un orgasme) et qui semble surtout bien connaître Michel (notamment son penchant pour l'écriture pendant l'adolescence, que Claire elle-même ignorait) ne compte pas s'arrêter là et veut "purifier" son ami de tous les obstacles à son épanouissement, à commencer par ses parents, qui se mêlent trop de la vie de Michel... La solution "façon Harry" de ce problème est assez prévisible car aussi "disproportionnée" que la solution pour la voiture en panne, et c'est là que tout se complique... Le "représentant du bien" présente alors son esprit monstrueux mais s'arrange pour que le couple ne se doute de rien. Bien sûr, lorsque d'autres disparitions suspectes auront lieu, Claire et Michel ne douteront plus, mais peut-on se séparer facilement d'un type aussi obstiné qu'Harry ? Incroyablement calme (cela dit, ses nerfs finissent par craquer, dans la scène où Harry libère toute son énergie camouflée en poussant des cris dans sa voiture) et toujours convaincu du bien-fondé de ses actions, il excelle à effrayer le spectateur en agissant à un moment et d'une manière imprévisibles. Révélé par Manuel Poirier (de La petite amie d'Antonio en 1991 à Western en 1997) dans des personnages de séducteurs sympas, l'acteur catalan Sergi Lopez est excellent dans ce contre-emploi "déguisé". Face à lui, de jeunes et talentueux comédiens, Laurent Lucas en jeune père de famille, monsieur tout le monde dont le destin va brutalement basculer (un peu comme chez Pierre Bellemare...), Mathilde Seigner dans le rôle de sa compagne et Sophie Guillemin, Prune, la petite amie effacée et innocente d'Harry, tellement en marge de ce climat d'angoisse et ignorant l'âme monstrueuse enfouie au fond de lui, le seul fondement de l'union entre Prune et Harry étant le sexe. L'excellente mise en scène fait en sorte de privilégier le climat de tension et d'insécurité à l'humour grinçant du film et à l'insolite des lieux (la salle de bain rose en total désaccord avec le reste de la vieille bâtisse sombre). La voix de Dolores Del Rio chantant Ramona dans le film ajoute douceur et mélancolie, rappelant le duo Fred Astaire/Ginger Rogers présent dans The Green Mile (La ligne verte, 1999) de Frank Darabont. Dominik Moll revendique les clins d'œil à Hitchcock : on pense notamment à Strangers on a Train (L'inconnu du Nord-Express, 1951) dans la confrontation entre les deux personnages masculins, l'un double négatif de l'autre, le premier exposant et mettant à exécution pour le compte de l'autre mais sans son accord la solution du meurtre pour remédier à certaines difficultés. Le cinéaste marche avec brio sur les traces du maître à la manière d'un Brian De Palma des années soixante-dix. Dominik Moll possède, paraît-il, le cynisme présent dans le film, et on n'en doute pas... Harry, un ami qui vous veut du bien est inquiétant, déroutant et jubilatoire, une heureuse surprise malgré un dénouement qui aurait pu être plus palpitant. On en redemande M. Moll, et si possible avant 2007 ! Emmanuel Coll
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