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DIAL M FOR MURDER (LE CRIME ÉTAIT PRESQUE PARFAIT)
Meurtre parfait à la clé Dial M for Murder représente un œuvre clé de la carrière d'Alfred Hitchcock à plus d'un titre : par son scénario d'abord, adapté d'une pièce de théâtre de Frederick Knott (1952) qui demeure une référence en matière d'intrigue policière (digne des meilleurs épisodes de Columbo...) ; par son héroïne, Grace Kelly, dont ce fut la première collaboration avec le cinéaste et devenue à jamais la "blonde hitchcockienne" par excellence; enfin, après quelques œuvres mineures (hormis Strangers on a Train/L'inconnu du Nord Express), ce film ouvrait une série de chef-d'œuvres incontestables dans la carrière du maître du suspense, de Rear Window (Fenêtre sur cour) en 1954 à The Birds (Les oiseaux) en 1963 en passant par North by Northwest (La mort aux trousses) en 1959 ou Psycho (Psychose) en 1960. Dial M for Murder fut pourtant tourné avec un budget réduit, en trente-six jours seulement, avec pour décor très majoritaire la salle à manger de l'appartement de Tony et Margot. Hitchcock renouait avec cette particularité de lieu unique (ou presque) six ans après Rope (La corde), mais tournait pour la première fois un film en relief. Dial M for Murder déploie tout ce qui fait la force de ses meilleurs films: une machination réfléchie dans ses moindres détails et tout à fait cohérente, et qui ressort aux yeux du spectateur sous une forme claire malgré sa relative complexité grâce à un cinéaste soucieux de ne pas égarer son public. Il en va de même pendant la résolution de l'énigme, quoique peu crédible lors de la scène où Mark demande à Tony, pour sauver Margot, de donner à la police une version des faits imaginée par Mark et qui s'avère être la vérité ! Pas très sérieux... Autres éléments permanents des films d'Hitchcock : le suspense et l'angoisse (la scène mémorable de l'affrontement entre Margot et son agresseur), l'humour noir (avec le personnage de l'inspecteur Hubbard, aussi flegmatique et ingénieux que le meurtrier) et l'histoire d'amour entre Mark et Margot. Ray Milland joue à la perfection le rôle du mari, dandy cynique et au remarquable sang froid jusqu'à la dernière seconde du film (qu'il ait renoué avec un rôle de meurtrier dans un épisode de Columbo n'est pas surprenant). Hitchcock avait déjà dirigé Robert Cummings en vedette dans Saboteur (Cinquième colonne) en 1942 mais lui offrit ici un rôle secondaire plus approprié, celui de Mark Halliday. Quant à John Williams (Hubbard), on le revit dans To Catch a Thief (La main au collet) du même Hitchcock en 1955. Mais Dial M for Murder marque surtout la rencontre du cinéaste avec son héroïne attitrée, Grace Kelly, qui devint ensuite l'inoubliable partenaire de James Stewart (Rear Window) et de Cary Grant (To Catch a Thief) pour deux hommages à sa grande beauté et à cette froideur qui fascinaient tant Hitchcock et qu'il eut du mal à retrouver chez ses autres vedettes féminines. Même si, devant la noirceur du film, elle ne fut pas aussi bien mise en valeur dans cette première collaboration, le plaisir de la retrouver en jeune épouse infidèle ne se boude pas. Dial M for Murder est donc un très bon thriller adapté d'une pièce remarquablement construite, maintes fois reprise à la télévision et au cinéma pour A Perfect Murder (Meurtre Parfait) d'Andrew Davis (1998) avec Michael Douglas et Gwyneth Paltrow, "remake" correct mais dont la réalisation et de nombreux éléments de l'histoire différaient par rapport à la version d'Hitchcock. Emmanuel Coll
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