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"Cat People"

CAT PEOPLE (LA FÉLINE)
US.A., 1942, de Jacques Tourneur avec Simone Simon, Kent Smith, Tom Conway, Jane Randolph...
Pitch : Irena Dubrovna, jeune modéliste, se croit la descendante d'une race de femmes qui se transforment en panthères quand elles font l'amour. Un jour, où elle se rend au zoo pour dessiner une panthère, elle est courtisée par un architecte, Oliver Reed, qui ne tarde pas à lui faire des avances...

 

Un film "hors champ"

    Cat People, cet indéniable chef-d'œuvre, est le fruit d'une collaboration, celle du producteur Val Lewton (1904-1951) avec le réalisateur français Jacques Tourneur (1904-1977). Au début des années quarante, Val Lewton fut chargé par la R.K.O. de mettre en chantier des films fantastiques à petits budgets (des séries B) pour accompagner, au sein de la rituelle double programmation de l'époque aux États-Unis, les films dits "A". Entre 1942 et 1946, Val Lewton produira onze films, dont trois réalisés par la main de Tourneur, cinq par celle de Mark Robson (dont le sublime The Seveth Victim/La septième victime) et quatre par celle de Robert Wise (dont la suite de Cat People et The Body Snatcher). D'une main de maître, Lewton offrira à ces films toute la richesse de sa personnalité et son talent de visionnaire. A tous les niveaux de la chaîne cinématographique, du scénario à la distribution, il saura rassembler les compétences pour qu'advienne le meilleur.

    Lorsque Cat People sort sur les écrans américains en 1942, il bat durant de très longues semaines des records de fréquentation, détrônant même ceux élaborer par un certain Citizen Kane, sorti peu avant. L'atmosphère, le rapport à l'étrange et aux légendes de Cat People séduisent le public. Cependant, au-delà de ce brillant savoir-faire, le film fait une lecture métaphorique de la société américaine d'une grande pertinence. La mise en scène de Jacques Tourneur, elle-même, soutient cette analyse. Le film oppose parallèlement deux figures, l'une étant majoritaire et voulant annexer l'autre. D'un côté la société banale, basée sur un fonctionnement ancestral et patriarcal, celui du mariage entre hommes et femmes en vue de la procréation et survie de l'espèce, de l'autre l'homosexualité, qui plus est, ici, féminine. La mise en scène oppose, elle-même, le champ (ce que l'on verra majoritairement) au hors champ (ce qui restera caché, qui fera peur, là d'où découleront les effets fantastiques). 

    A partir de là, société ou champ s'évertueront à contrôler, normaliser, le symbolique espace homosexuelle, représenté par le personnage d'Irena qui refusera de s'offrir, par crainte de la malédiction qui la hante, à celui qui l'a épousée. Jacques Tourneur donne, de plus, à cette problématique un relief d'une beauté et d'une finesse peu communes. A travers ses sous-entendus, le film déclenchera d'ailleurs les véhémences des puritaines associations familiales américaines. Et si, en fin de parcours, l'intrigue conduit à un retour à l'ordre, le trait du propos n'en reste pas moins éloquent, même soixante années après la sortie du film. Tourneur et Lewton tourneront la même année un autre chef-d'œuvre, I Walked with a Zombie (Vaudou), puis un troisième l'année suivante : Leopard Man (L'homme léopard). Cat People a donné lieu à un pâle remake en 1982, réalisé par Paul Schrader, qui ne tient absolument pas compte de la pertinence de l'œuvre initiale et dont il est à la limite mieux d'ignorer l'existence. Michel Marques

 

 

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