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Édito : 21 septembre 2002
Été en pente douce, sentiments en toc !
Comment est-il possible que des réalisateurs confirmés puissent tomber dans les travers les plus regrettables et ridicules d'auteurs débutants ? D'abord Marie-Jo et ses deux amours, de Robert Guédiguian, qui connut un fort succès auprès du public. Pourquoi ? On peut se le demander longtemps... Le scénario d'un amour triangulaire, certes, n'est pas sans intérêt car classique et intemporel mais... Le reste ? On arguera que ce film reste proche du peuple par le choix d'une histoire simple, chez des gens anonymes du Sud de la France ; l'excès de simplicité, justement, peut devenir une nuisance car les trois personnages principaux ne dégagent franchement rien de particulier qui parle à notre imaginaire... Patrice Chéreau, pourtant, avait réussi ce pari dans Intimacy (Intimité) ! Dans cette histoire qui eût pu être belle tout part malheureusement dans les excès : le soleil, l'accent, les attitudes... Le personnage féminin devient insupportable de contradictions et de bêtise, vaguement torturé mais vite rassuré par des moments de joie éphémères, où tout sens moral reste absent. Mais bon sang, c'est justement sur le "devoir", problème inhérent aux êtres humains, que se devait de reposer la finalité de ce long métrage. Les anciens qui ont bâti nos mythes tragiques l'ont bien compris ! Et Clint Eastwood, qui n'a rien d'un ancien, a parfaitement exploité ce thème dans un film comme Bridges on the Madison County (Sur la route de Madison). Enfin, le comble du mauvais goût est atteint par cette façon de filmer en une surimpression guimauve : bleu de la mer, visage de l'héroïne, larmes symboliques de l'élément liquide récurrent et fatal... Plus lourd pour évoquer tous ces sentiments en toc, on ne pouvait pas mieux faire ! La transition est toute trouvée pour aborder un autre film qui souffre des mêmes travers, même s'il ne concourt pas dans la même catégorie : il s'agit de Windtalkers de John Woo. Ce dernier, depuis Mission Impossible 2, nous avait laissés dans la consternation la plus totale ; il nous a prouvé une fois de plus que le lavage de cerveau à l'américaine avait achevé son oeuvre dans une nouvelle surproduction au scénario improbable. Ainsi, nous voilà plongés au cœur d'une énième guerre entre marines et "japs"... pimentée par l'intrusion d'indiens navajos ! Le sens du devoir, John Woo ne l'a pourtant pas perdu de vue, lui, il en fait même des tonnes : Nicolas Cage, qui incarne un marine en proie au doute face à sa terrible mission meurtrière, est certes excellent, mais ce qu'on lui demande de dire laisse pantois le spectateur le plus facile à contenter... Aussi les quelques scènes dialoguées qui alternent avec celles des combats très "chocs", frisent-elles le ridicule par leur naïveté répétitive. Elles nuisent même franchement aux autres séquences d'action fort réussies grâce à un travail sur le son, notamment, très impressionnant. Le traitement de la naissance d'une amitié au détriment du devoir, thème central de ce film, est malheureusement loin d'être réussi : on s'enlise rapidement dans un mélange infâme de souvenirs nostalgiques, d'apologie de la famille, de remise en cause des autorités et... de mystique indienne bidon ! La conclusion du long métrage, en caméra largement virevoltante embrasse tout autant l'immensité de l'espace que la vacuité du scénario. On se demande enfin pourquoi le réalisateur s'est cru obligé de distiller des indices sans les utiliser, comme l'oreille déficiente du héros ; simple coquetterie alors ? Samuel Fuller n'aurait pas apprécié. Corinne Marques
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