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11 octobre 2001
Le grand incendie
"Le vent l'emportera, tout disparaîtra mais le vent nous portera"
(Noir Désir, 11.09.2001)
Pour la première fois, la machine
hollywoodienne s'est tue et s'est retirée du jeu. Alors que sa batterie de
scénaristes se rue habituellement sur le premier fait divers, la tragédie du
onze septembre dernier (nous ne parlons évidemment pas de la sortie du nouvel
album de Noir Désir qui, lui, est sublime !) a provoqué chez les majors américaines des réactions
en chaîne : retrait de bandes annonces des écrans (celle de Spider-Man
de Sam Raimi qui n'avait, après la difficulté de son tournage, pas besoin de
ça), report de la sortie de certains films (Collateral
Damage,
avec Arnold Schwarzenegger) ou suppression de scènes dans des longs métrages non
encore sortis (Zoolander,
comédie avec Ben Stiller et Milla Jovovich, où les tours du World Trade Center
apparaissaient dans de nombreuses séquences et ont subi une suppression numérique
sur l’image). Dans le cinéma américain,
une politique ou un programme d'effacement est donc en cours. Que dissimule t-il
? Si le président américain et ses alliés semblent se préparer
à une guerre chirurgicale, minutieuse et longue, les réactions d'Hollywood se font pour le moment
pour le moins discrètes. L'Amérique n'a t-elle pas toujours fonctionné par
déni ? Combien de temps la machine pourra-t-elle réprimer son désir de vengeance
par l'image ? Il est certain que les grands films américains sont basés sur le
refoulement. N'est-il pas actuellement en gestation ? Comment les cinéastes
filmeront-ils New York demain ? Comment appréhenderont-ils son architecture ?
L'effondrement des deux tours ne rappelle-t-il pas la chute d'un King Kong ?
La guerre froide avait au siècle dernier donné naissance à quelques
classiques du mode fantastique où des extraterrestres figeaient la peur du Rouge
(Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel, pour ne citer que
le plus connu). Quelles images porteront les nouvelles rancœurs ? On ne s'en
rendait pas encore compte mais maintenant c'est sûr : même au cinéma, le
vingt-et-unième siècle a commencé. Michel Marques
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