CINÉMA

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Édito : 10 novembre 2002

 

We Want to Believe

 

    Dans un monde meilleur, chacun aurait pu découvrir en cette rentrée cinématographique Gerry, le nouveau film tourné par Gus Van Sant en 2002. Dans le monde réel, il fallait user de subterfuges : se rendre au Festival de Deauville ou le découvrir aux Rencontres Internationales de Cinéma à Paris (au Forum des Images) en ce mois de novembre. Salle comble nous indique Sandrine, notre rédactrice, qui s'est autorisée une deuxième vision de cette perle cinématographique. Salle également médusée, ébahie et logiquement scandalisée en fin de projection que le film n'ait encore trouvé de distributeur en France. Le milieu de la distribution française serait-il envahi par les cancres ? Il semblerait. Les cours de rattrapages existent pourtant. Que les intéressés réagissent vite, avant que le désespoir nous emporte. Comment est-il possible, dans un pays qui se permet de donner des leçons sur l'exception culturelle, que des films ne sortent pas et que d'autres, comme Visitor Q (encensé par la revue Cinéastes qui en a même fait la couverture de son numéro 8), sortent mal ? A ce jour, le film de Takashi Miike reste absent des écrans lillois. Combien de temps à attendre ? Faut-il compter en semaines ou en mois ? Nous patientons mais la patience, comme la décence, a ses limites.

    Nous n'avions pourtant pas à nous plaindre. Septembre fut le mois du talent impérial (Kiarostami qui réinvente le cinéma avec deux caméras dv, nous offrant Ten, Oliveira plus gracieux que jamais était en proie avec le principe de l'incertitude). En octobre, l'on attendait Spielberg, nous n'avons eu d'yeux que pour le Signs de Night Shyamalan et Le fils des frères Dardenne. Deux films que tout semblait opposer, deux films qui discutent pourtant ensemble, notre analyse du Fils pourrait vous en convaincre. Allons-nous risquer de vous dire en novembre que le nouveau film de Aki Kaurismäki, L'homme sans passé, discute déjà avec celui de David Cronenberg, Spider (L'homme au passé trop pesant) ? C'est tout l'intérêt de notre rapport à la cinéphilie. Faire parler tout ce qui, de prime abord, ne devrait pouvoir s'échanger la moindre parole. Ceux qui ne l'on pas compris peuvent définitivement fermer la fenêtre du Site du Cinéphile et n'y jamais revenir pour se contenter de regarder, à travers la lucarne, les épisodes de Maigret. Quoique, en son temps et en un autre lieu (une revue pour dire vraie), l'un de nos collaborateurs avait très justement comparer ce personnage de flic à la française à un héros que l'on n'aurait guère attendu : Batman. Une leçon en somme qui permettait d'étendre le regard du spectateur. Qui ne se ressemblent pas s'assemblent ! Une nouvelle formule qui chasse le démon et ses sbires. C'est reparti, ils vont reparler de politique et de l'extrême droite ! Mais pourquoi confondent-ils cinéma et politique ? Voilà ce que d'aucuns osent penser à l'encontre du Site du Cinéphile. Ils n'ont donc pas compris que le cinéma est avant tout politique ou n'est rien. Ils préfèreraient que les films amusent la galerie, simplement, sans vague. Ne compter pas sur nous.

    Le Site du Cinéphile continuera ainsi à parler ou défendre l'OUVERTURE. Du manga (même si nous n'en raffolons pas tous au sein de la rédaction... nul n'est parfait), comme des films de genre (plutôt intello, philo, carrément fantastique ou érotiques), voire de charmants nanars dont il faut aussi savoir parler. Mais le Site veut aussi sans cesse inviter ses lecteurs à poursuivre les découvertes par eux-mêmes. Allez découvrir Spider, le nouveau film de David Cronenberg injustement laissé pour compte à Cannes, est une chose, poursuivre la réflexion sur son oeuvre en est une autre. La trop mal connue revue suisse Hors-Champ vient pourtant de sortir son numéro 8 et son dossier est consacré à l'auteur canadien. Une découverte complémentaire à la vision de Spider est donc à votre portée par notre intermédiaire (voir notre chronique sur le numéro 8 de Hors-Champ dans la rubrique REVUES). Faisons du cinéma un art de vivre, c'est-à-dire une pratique qui dirige autant ses pas vers l'écrit, le visuel, le sonore que le toucher. Cette vie n'est pas une affaire de goût, close, repliée sur elle-même. Le plus court chemin entre deux points n'est pas la ligne droite mais celui qui mène vers l'autre, cet intrus essentiel. Que ceux qui ne veulent pas le comprendre éteignent l'écran, ferment les yeux et ne les ouvrent plus. Ils ne voient pas les SIGNES et ne veulent pas croire. Anne Ségolène

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches