Édito : 5 juin 2004
Mauvais tour !
"Oh, mon Dieu, qu'avez-vous fait ?"
Voici les premières paroles
prononcées par le palmé cannois, cru 2004, l'américain Michael Moore pour son
film Fahrenheit 9/11. Cette année
encore, pourtant, le festival n'était pas en manque de supers auteurs avec des
habitués, tels que Wong Kar Waï, les frères Coen et Emir Kusturica. De
nouveaux venus avec Park Chan-wook, l'hautaine Agnés Jaoui ou encore Mamoru
Oshii. Une compétition hétéroclite, désireuse de bien faire en ouvrant une sélection
worldwide (japonaise, française, coréenne, américaine, serbe,
italienne) mais aussi surprenante, Shrek 2
n'ayant vraiment pas mérité sa ridicule sélection officielle, ou encore pour
la première fois de l'histoire un dessin animé japonais, Innocence
- Ghost in the Shell 2.
On aurait pu suivre le tout d'un œil vaguement amusé et indifférent
en constatant que la tradition s'est annuellement installée à Cannes, épicentre
planétaire du rassemblement des nababs friqués, de fêtes excentriques
"in", un festival s'embourgeoisant à la longue en perdant de son
glamour. A vrai dire, la sélection de Gilles Jacob avait plutôt joué la déflagration
événementielle. Il fallait voir l'énorme cirque organisé autour de 2046
de Kar Wai ; serait-il prêt ou démonté ? A quelques jours de la projection,
nul ne semblait le savoir. Mais ne s'agissait-il pas plutôt d'une manœuvre
pour faire monter la pression d'une compétition anémique. Pour retrouver une
certaine fraîcheur cinéphilique, on se demande si il n'aurait pas mieux fallu
se tourner vers le marché du film qui contient son cortège "gogo" de
bonnes surprises et de navets ?
Mais avec un jury aussi fou qu'exigeant, Quentin Tarantino
(venu en même temps présenter son Kill
Bill Volume 2 hors compétition) et Tsui Hark en tête, l'on
fut fébrile à l'annonce du palmarès. Surprise, surprise, la Palme d'Or fut décernée
au documentaire de Moore, qui n'en revenait pas, pas plus que nous ! Il est
presque inutile de signaler qu'à la rédaction du SITE DU CINÉPHILE, l'on ne
porte pas Georges W. Bush et ses vautours néo-conservateurs prêt de notre cœur.
Il paraîtra donc peut-être étrange qu'un site qui a toujours défendu en ligne éditoriale
l'idée que "le cinéma est politique ou n'est pas" vienne maintenant
contester cette récompense. Nous avons pourtant nos raisons, tout comme l'attribution
de ce sacro-saint prix décerné à Fahrenheit 9/11
semble avoir les siennes !
Coïncidence suspecte entre un président du jury dont les
films ont été produits et distribués par Miramax, studio qui traînait
également les bras en voulant projeter le dernier documentaire de Moore (Fahrenheit 9/11)
aux USA face
aux pressions économico-financières menaçantes de la maison mère, Disney.
Harvey Weinstein doit se féliciter d'une telle décision qui va dorénavant lui
ouvrir l'entier marché américain mais aussi une fumante réputation
internationale. Tarantino est tranquille, sachant que Miramax restera donc de
son côté. Et ce n'est pas la conférence de presse, donnée le lendemain (une
première !), où il fut affirmé que le choix du jury n'était pas politique mais
cinématographique, qui calmera la controverse. Joli foutage de gueule !
Même si l'on ne peut nier l'efficacité des artifices de son montage, Fahrenheit 9/11
n'a au contraire rien de cinematographique, ne relevant pas
du questionnement valorisé par "la politique du cinéma" ; qu'est ce
que nous dit un plan à l'échelle de sa construction ? à quel point de vue le
metteur en scène nous soumet-il en choisissant tel angle ou telle focale ?
Diatribe sociale subversive, certes aux États-Unis (où les médias
corporatistes ne font plus leur travail), mais à efficacité neutre en europe.
D'où l'impression d'avoir assisté à une brillante leçon de manipulation
conduisant, à l'image du gros bonhomme, à endormir le questionnement critique.
Excusez-nous alors d'être plutôt acide devant ce mauvais tour ! Cédric
Gentaz
Avril
2004 : A l'épreuve du mythe
Janvier
2004 : Et pendant ce temps, la France...
Janvier
2003 : Cet
obscur objet du désir
1er
décembre : Errare humanum est
10
novembre : We Want to Believe !
21
septembre : été en pente douce, sentiments en toc !
nuit
du 31 juillet au 1er août 2002 : vous aurez de nos nouvelles
21 juin 2002 : Prends
l'oseille et tire-toi !
12
mai 2002 : Ça
va se savoir !
21
avril 2002 : Panic France !
3
mars : César et Oscar sont sur un bateau
5
février : la nostalgie n'est plus ce qu'elle était
10
janvier 2002 : Ce qui nous relie...
5
décembre 2001 : les 8 mercenaires
6
novembre : série A vicious série B
11
octobre 2001 : le grand incendie
3
sept 2001 : Hitchcock, cinéaste du 20ème siècle