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Édito : 7 janvier 2004
Et pendant ce temps, la France...
"Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres Partir, laisser la place vacante, ne même pas se retourner, ne donner aucune nouvelle, simplement disparaître. S'arrêter là où la lumière scintille, au-delà des frontières. Une capitale sans doute. A Lisbonne ou à Rome les gens sont-ils les mêmes qu'ici ? Descendre, se réfugier quelques temps là où le soleil caresse encore le visage lorsque l'automne s'est installé et que l'hiver s'annonce déjà. Dans le désert par exemple. La Jordanie. Et puis être réveillé un jour par l'insidieuse climatisation de l'avion puisque l'on n'échappe jamais au retour. Six mois ont passé, le temps d'être oublié, celui de devenir un autre. Quel est ce pays que l'on retrouve, qui sont ces gens ? Que signifient ces batailles verbales que l'on découvre à la radio, ont-elles quelque chose à nous dire ? Le monde semble avoir basculé, le sens a disparu, est-il encore possible de continuer à faire semblant ? D'aucuns plaignent ces contrées ravagées encore et toujours par les bombes. Mais regardent-ils encore la France ? L'action gouvernementale, la moindre parole prononcée et l'hypocrisie n'ont jamais été aussi manifestes. Le temps de la dénonciation est revenu, celui de la répression bat son plein, le ton a été donné, chacun épie son prochain. Chaque mot, chaque silence transpirent la violence à travers la suspicion. Mais qu'ont-ils fait ? Serait-ce la mort qui nous regarde ? L'évocation de quelques films sortis en France entre septembre et décembre 2003 suffiraient à restituer cette odeur mortifère qui encombre nos pensées. Celui de Patrice Chéreau, Son frère, pousse la porte de l'Hadès dès ses premiers plans et procède de l'autopsie sur toute la durée de sa diégèse. Mille mois, le remarquable premier film de Faouzi Bensaïdi, déjà acteur et co-scénariste aux côtés d'André Téchiné, voyage au pays des morts, terre souvent hantée par les vivants qui ont perdu leur place. Quant au merveilleux poème de Julie Bertucelli, Depuis qu'Otar est parti, il métaphorise la conviction languienne que tout mensonge porte sa part de vérité à force d'être prononcé et mis en scène. Digérant à peine l'effroyable paradoxe de notre nouveau siècle, la mondialisation fait ses ravages (constatons simplement la vitesse avec laquelle se sont propagés en occident les Flash Mob... ces attentats modernes et sans incidence perpétrés par quelques bourgeois) alors que la haine ne s'est jamais aussi facilement nourrie des ancestrales rancœurs, l'année cinématographique 2003 aura porté à bout de bras le deuil, entamant un travail qui semble loin d'être achevé. Dans ce contexte, force est de constater que la délicatesse avec laquelle Peter Jackson achève son épopée, en ces temps antipathiques, nous apparaît comme salvatrice. Hanté par un état dépressif, la structure de The Return of the King est d'une grande finesse et d'un respect total pour le happy few. Rares sont les films qui ont autant affirmé leur cohérence en dépit de leur hétérogénéité. La force de Peter Jackson est d'inventer encore et toujours à travers la judicieuse expression de ses références. Il suffit de se pencher sur la séquence de l'araignée géante pour s'en convaincre. La citation du film des années cinquante de Jack Arnold, The Incridible Shrinking Man est ici patente. Ayant débuté au bas de l'échelle à travers le gore, Peter Jackson voltige aujourd'hui avec grâce et intelligence au firmament de son art. Il se nourrit des Anciens et ces derniers le rendent plus subtil encore qu'il ne pouvait l'espérer. A travers son prochain King Kong, c'est désormais lui qui s'amusera à gravir les tours. L'on a sans doute bien fait de revenir de voyage. Il faut du moins s'en convaincre puisque l'histoire n'est pas finie et que nous devons continuer à traîner nos chaînes... Michel Marques 1er
décembre : Errare humanum est
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