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Édito : 9 janvier 2003
Cet obscur anneau du désir "Ô toi, mon Précieux..." Il est difficile d'admettre que la trilogie de Tolkien portée à l'écran par un ancien maître du film de l'horreur puisse tendre vers une telle réussite : il s'agit tout d'abord de faire fi de ses préjugés - ce qui est déjà beaucoup - et d'avoir la démarche peu naturelle de se plier à des contraintes anti-cinéphiliques ; un film annuel de trois heures chacun, une publicité avant-pendant-après absolument démentielle, une surenchère de moyens d'un épisode à l'autre... Comment dès lors être incité à la curiosité face à un phénomène technologique et médiatique qui déroge à tous les paramètres d'un cinéma artisanal sérieux répondant à un véritable projet d'auteur ? Ce serait oublier le professionnalisme légendaire propre au cinéma hollywoodien en général ; ce serait surtout oublier qu'en dehors des possibilités financières énormes accordées à la Trilogie du Seigneur des anneaux, Peter Jackson, épaulé d'une équipe aussi gigantesque qu'efficace, a su apporter un point de vue personnel, cohérent et intelligent à une oeuvre difficile de par son genre : l'heroïc fantasy. D'aucuns pourraient bien-sûr regretter quelques parti-pris scénaristiques au détriment des personnages féminins, complètement occultés au profit d'une histoire d'Hommes, de vrais hommes dont la forte amitié semblerait douteuse... D'aucuns trouveraient peut-être également les traits d'humour déplacés lors des scènes particulièrement chargées en tension émotive... Mais l'heroïc fantasy est justement le genre bâtard par excellence où tout est permis, même et surtout les éléments les plus décalés. On appréciera humblement, par conséquent, l'extraordinaire résultat d'un travail soigné dans ses moindres détails, que ce soit techniquement ou narrativement : le personnage de synthèse fort impressionnant du Gollum l'est d'autant plus qu'il endosse le rôle complexe de quelqu'un de tourmenté, aussi déchiré que le rôle "humain" du hobbit Frodon. La multiplicité de personnages si différents génétiquement (magiciens, elfes, hommes, hobbits, nazgulls...) forcés de cohabiter ou de se confronter pour la même quête de l'anneau, éparpille certes un peu la narration et empêche une focalisation ou une identification quelconque à l'un d'entre eux, mais elle étend d'autre part le champ d'horizon à une dimension plus vaste, plus fondamentale et nécessaire ; c'est là que cette trilogie va beaucoup plus loin qu'une entreprise commerciale aux effets spéciaux de pointe car elle respecte une culture européenne ancestrale, riche de codes médiévaux divers, qui vont de la quête de l'anneau-Graal au sacrifice de Frodon-Perceval. La prise du château fort dans The Two Towers (plus rythmé que le premier volet qui installait les bases du problème) est également un chef-d'œuvre de reconstitution historique et pourrait - avec toutes les nuances et précautions de rigueur - devenir un objet d'étude dans les écoles... Lorsque la technologie se met au service de la culture, l'aventure épique de ces chevaliers de la Table Ronde, ici "Communauté de l'anneau," acquiert une portée universelle qui laisse ébahi d'admiration. Merci Tolkien d'avoir imaginé tout cela, merci Jackson d'avoir concrétisé tout cela... Reste à patienter un an et un jour, date du renouveau dans la légende arthurienne et... du Retour du roi. Corinne Marques 1er
décembre : Errare humanum est
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