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Le premier édito ci-dessous (prise de position personnelle du webmaster dès le lendemain matin du 21 avril... puis textes publiés par d'autres rédacteurs) fait couler de l'encre et éveille les débats. Même au sein de la rédaction du Site du Cinéphile où certains trouvent que politique et cinématographie ne doivent pas être mélangés, ce que contestent une majorité de membres convaincus que le cinéma est avant tout politique (qu'on le veuille d'ailleurs ou non). Un membre du Site du Cinéphile a, à cet égard, tirer sa révérence, faisant parvenir sur le champ sa démission à la rédaction. Loin de chercher à prendre politiquement position pour tel ou tel parti (ce que n'a à aucun moment cherché à faire cet édito), la publication de ce texte aura permis à chacun d'entre nous d'interroger sa place dans le Site du Cinéphile, nous rapprochant de l'essentiel, la survie de la culture et donc du cinéma, ou consommant la rupture et le retranchement derrière l'unique passion d'une cinéphilie parmi d'autres (le départ d'Olivier Belouin, entré au Site du côté de septembre 2001). Que cela soit clair, il n'est donc pas question de politiser le Site. Il reste et restera principalement un espace ouvert sur la culture audiovisuelle pour ne pas s'arrêter au terme réducteur de cinématographique. Cependant, ne pas aborder la question du 21 avril 2002 ou la caresser comme beaucoup l'ont fait avec l'art du consensus mou et des bons sentiments déclarant que "nous ne sommes tout de même pas en guerre civile" aurait correspondu à un renoncement, le vœu de se retrancher derrière le bouclier du cinéma qui serait devenu pour le coup une triste tour d'ivoire. La cinéphilie se définit fondamentalement par la notion d'OUVERTURE (en genres, en nationalités, etc.), il n'était donc pour ma part pas concevable (d'autres membres le revendiquent aussi) de la retrancher sur elle-même. Ceci devait être dit. Ayant déjà reçu plusieurs courriers où vous, lecteurs, vous exprimiez, nous désirons les publier. Chacun(e) sera prévenu à l'avance et obtiendra le retrait de sa lettre sur simple demande. Cette rubrique, improvisée comme une cellule de crise, intégrera l'ensemble des textes publiés sur notre page d'accueil dès le 6 mai, telles des blessures qu'il ne faut pas oublier. Ce même jour, un nouvel édito détaché du politique sera publié. Merci à toutes et à tous. M.M.

 

NOS 2 ÉDITOS ÉCRITS LE SOIR DU 21 AVRIL 2002 

AINSI QUE VOS RÉACTIONS ÉDITORIALES

 

PANIC FRANCE !

    Il aurait été inconvenant d'écrire un éditorial avant ce premier tour des élections présidentielles françaises. Il le serait davantage encore si nous ne manifestions pas notre torpeur quelques heures à peine après les résultats. Chaque rédacteur le fera donc sans doute à sa manière. Je parle donc ici, pour commencer, en mon nom.. 

    New York a eu son 11 septembre, physiquement et mortellement sanglants, la France vient de connaître son 21 avril, intellectuellement insoutenable. D'aucuns, s'appuyant sur le calcul des victimes (mais la mort n'a rien à voir avec l'affaire), diraient que les résultats du scrutin sont moins graves voire incomparables avec la débâcle américaine, je suis personnellement convaincu qu'elle l'est tout autant, à sa manière. 

    En tant que membre du Site du Cinéphile qui fonde sa vie sur la culture, et si le cinéma apparaît au premier plan, il n'est que l'écho de mon amour pour la littérature (la poésie, le roman, le théâtre ou la critique), la peinture, la sculpture, l'architecture, la musique, la danse (on aimerait ne jamais arrêter l'énumération), je ne peux accepter d'avoir vécu cela ! Il n'est pas ici question d'accuser ou de rendre responsables ceux qui ont éparpillé leur vote dans les nombreuses candidatures, préféré ne pas se prononcer en votant blanc (car c'est un droit !) ou en refusant carrément d'aller voter (c'en est un autre quoi que l'on en dise et un Léo Ferré l'a suffisamment répété avec l'éloquence qu'on lui connaissait). Non, il s'agit ici de prendre conscience que sur les français qui se sont exprimés, 19,3% (Le Pen + Mégret) ont accepté de revêtir le costume des fascistes ! On peut être mécontent, en colère ou fatigué par la classe politique, on n'en doit pas pour autant se comporter en idiot, en inconscient ou potentiel meurtrier des lois de la République et oser déposer dans l'urne, cette caisse baignée du sang de la Révolution, la voie (ou voix) de l'ignorance, de l'intolérance ou encore une fois et en un mot du fascisme !

    Inutile de préciser qu'en 1933, un homme, élu par le suffrage universel, accédait en Allemagne au pouvoir et s'apprêtait déjà à dicter au monde sa plus honteuse page en la décorant vaniteusement du symbole de la svastika. La France, terre de liberté et d'accueil. La France, ce peuple résultant du métissage de maintes populations venues de toute part, pays encore aujourd'hui le plus visité au monde pour sa culture, son histoire, ses multiples paysages comme autant d'identités, sa richesse artistique, son patrimoine. La France, pays des droits de l'homme, vient de se nécroser. Finalement,  on comprend mieux en observant ces presque 20% de votes pour le F.N. (que ces deux lettres sont lourdes) que cette même France avait accepté durant les années 40 la collaboration. 

    En 1995, Chirac avait bâti sa "sale victoire", qui cachait déjà son ignominieux comportement, sur le thème de la fracture sociale, nous devons bien nous rendre aujourd'hui compte qu'un nouveau schisme est consommé entre celles et ceux qui ont porté la bête immonde au deuxième tour du scrutin (peut-être vos frères, sans doute davantage vos parents, mais plus certainement encore vos grands ou arrière-grands-parents) et tous les autres. Le Pen, c'est la "vie mode d'emploi" qui va privilégier la politique familiale, nataliste et franchouillarde (modèle unique, pas d'autres choix), réduire à néant ce qui fait de nous des êtres humains dignes de ce nom et non pas des animaux, nos différences, cultiver le mauvais goût (Hitler, peintre du dimanche, en était l'expression même), réduire la culture (inutile pour eux, indispensable pour nous) à une portion congrue. 

    Si hier, nous remettions en cause ces vies fades et programmées en dérobant symboliquement des nains de jardins chez ces gens pour qui l'art se réduit à une peinture figurative (mauvaise de surcroît... encore l'ombre d'un Hitler !) ou à une sculpture au bonnet évoquant la déchéance culturelle, aujourd'hui nous allons sortir à visage découvert dans les rues manifester notre dégoût, vomir notre révolte aux pieds de ces ordures invoquant derrière leur costume de monsieur tout le monde un vote contestataire. Les français sont vieux comme Pétain l'était, quel que soit leur âge, et nous ne pouvons nous contenter d'attendre cinq ans que de nouvelles élections aient lieu pour vous faire ravaler vos bulletins moisis. Dans vos campagnes, dans vos villes et au fond de votre conformisme pestilentiel, vous entendrez parler de nous, chers électeurs du Front National. Dans l'attente, soyez maudits pour la honte que vous venez de nous infliger ! Michel Marques (soutenu bec et ongles par sa bien-aimée, Corinne Marques) 

 

 

LA PROPAGANDE DE NOS CAMPAGNES

    La tournure de l'élection présidentielle m'oblige aujourd'hui à me mobiliser sur ce terrain. Il n'est pas question ici de faire le procès de votants protestataires d'extrême droite, simplement un constat d'échec démocratique. L'expression étant l'une de nos libertés les plus précieuses, il est impossible de ne pas en user afin de barrer l'Élysée au Front National. Ensuite, libre à vous de vous exprimer comme bon vous semble, mais il est important de rappeler à nos mémoires amnésiques que Jean Marie Le Pen est l'homme même qui considère les chambres à gaz comme un "détail mineur". Un détail mineur qui a coûté 6 millions de vie. 

    Attention, il n'est pas ici question de tomber dans un schéma d'enfermement méprisable dans lequel les médias français nous ont conduits depuis plusieurs mois. Il est trop facile de reporter la faute sur les électeurs, il est trop facile de reporter la faute sur Lionel Jospin, il est trop facile d'y voir un ras-le-bol de "Super menteur" tout comme chacun s'amuse à l'appeler. Nous répondrons seulement à ces deux hommes : on nous dit que le droit de vote est un devoir, on répondra nos voix se méritent ! Mais les vrais responsables, ceux qui n'en admettront jamais les fautes sont les journalistes dont le devoir démagogique s'est transformé en propagande. 

    L'extrême était étalé sur nos écrans bien avant que le FN ne passe au second tour. Nos médias n'ont cessé de jouer les Paco Rabane prédisant à coups de sondages totalement faussés le passage des deux exécutifs. Les invitants à s'exprimer sur divers plateaux, leur demandant sans aucune démagogie quelle mesure ils adopteraient dès qu'ils seraient présidents. Et bien aujourd'hui, j'invite le CSA à vérifier les temps d'antenne.  Oui, je m'en prends ainsi aux médias car ils n'ont cessé de manipuler l'opinion publique, annonçant Chirac et Jospin comme grands vainqueurs. Le fait que les chaînes refusent de prendre leurs responsabilités dans cette affaire me dégoûte profondément. Ces sondages sur les intentions de votes faussés, aux conclusions hâtives n'ont pour conséquence que d'amener mépris et désintérêt à la campagne présidentielle (29% d'abstention !!!), d'aliéner tout jugement critique sur le vote (Chirac et Jospin étaient donnés vainqueurs depuis 2 mois), c'est un débat anti-démocratique auquel nous avons assisté, qui a eu pour influence de reporter les votes sur l'extrême droite afin de fausser un résultat supposé acquis par les médias. 

    Oui, ces élections présidentielles auront été historiques, elles auront été celles de la propagande et de l'infamie. Il fallait voir de quelle façon ces paparazzi du riche nous ont imposé un Jean Marie Le Pen victime, martyr d'un système, qui a suscité la sympathie et l'écoute d'un large électorat. La république était donc déjà en danger, aujourd'hui c'est la claque. Je regrette que Jacques Chirac soit obligé de débattre avec un facho au second tour, je regrette le retrait de la vie politique de Lionel Jospin, je regrette les manifestations anti Le Pen qui je pense ne font que reculer encore la démocratie, mais je ne peux blâmer les électeurs contestataires. Je m'y refuse par principe, le peuple a parlé, s'est exprimé, c'est le principe de toute constitution et de toute république et elle est intangible.  Des conséquences graves, très graves sont à tirer, certains l'ont déjà fait avec dignité, d'autres on l'espère le feront dans l'avenir, mais il ne faut rien espérer de ces ripoux journaleux qui prétendent informer alors qu'ils nous trompent. Maintenant que la mise au point est faite, on peut tous retourner se faire une toile, et pourquoi ne pas commencer à tout hasard par Le dictateur ou Schindler's List ?"  Cédric Gentaz

 

VOS RÉACTIONS ÉDITORIALES

 

courrier reçu le 23.04.2002 :

Cher Michel

Très bien ton édito, j'avoue ne pas être capable d'une telle colère et je t'envoie mon texte plus modéré en espérant continuer de débattre avec vous :

Avouons le donc : un débat Jospin Chirac pour le deuxième tour de la campagne électorale nous aurait profondément ennuyés. L'un et l'autre s'étaient engagés dans un débat stérile, sans proposition convaincante, sur le thème de l'insécurité.

Un vrai débat droite-réformatrice contre gauche-réformatrice  ne me semble valide que sur le terrain de l'accompagnement social d'une politique économique libérale. Faut-il protéger les salariés contre eux-même, les empêcher de travailler plus de 35 heures pour penser aux chômeurs plutôt qu'à toujours plus d'argent ? Faut-il protéger les salariés contre la mondialisation en interdisant une flexibilité subie du travail notamment dans le commerce ? Faut-il protéger les salariés de la délinquance en augmentant le nombre de juges capables de prendre une décision de reconduite à la frontière rapide ou d'instruire une enquête à l'étranger avec des suffisamment de moyens ?

Ce débat là, qui suppose de vraies négociations avec le patronat et un alourdissement des impôts pour une meilleure qualité de vie, je ne crois pas même que nous l'aurions eu.

A la place nous aurons le débat des exclus contre les inclus (je ne dis pas les nantis) l'un et l'autre camp s'étant choisi de bien pauvres hérauts. Sans doute, un débat Jospin-Laguiller aurait eu un autre retentissement international. Mais puisque nous ne pouvons plus rêver en politique, n'interdisons au moins pas à ce débat d'avoir lieu.

Pour les classes moyennes, Jospin ou Chirac c'est à peu près du pareil au même, même si l'on peut préférer l'intégrité de l'un à la petitesse de l'autre. Pour les exclus, le fait d'entrer dans la société de consommation et aussi d'éducation est un enjeu vital. Je ne suis pas certain qu'un débat entre la droite et l'extrême droite aille au-delà des propositions déjà très sécuritaires de la droite parlementaire : groupements d'interventions dans les cités (!!) et augmentation des impôts pour financer toujours  plus de flics, plus de juges plus de prisons.  La droite aura vite fait de démonter que ses solutions n'en sont pas.

Attendons notre heure avec calme et détermination. Restons sur nos positions, descendons dans la rue pour demander aussi toujours plus : plus d 'éducateurs, plus de profs, plus de culture, plus de fraternité … Mais surtout n'insultons pas ceux qui veulent, maladroitement c'est probable, que le monde change.  Faut-il rappeler qu'avant qu'Hitler n'arrive au pouvoir, il s'en ait fallu d'un cheveu, (celui de Rosa ?) pour que ce soit l'extrême gauche qui prenne le pouvoir ? A jouer le jeu des extrêmes, on joue avec le feu…fascinant,  fascisant !
Jean-Luc Lacuve

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courrier reçu le 26.04.2002 : 

Bonjour et bravo,

Bravo pour tes prises de position dans tes éditos sur le Site du Cinephile. Je lis personnellement avec attention tous tes éditos depuis le 11 sept, et je suis constamment en accord avec tes propos. je te félicite de diffuser ces idées, parce que je les trouves justes. Personnellement, sur mon site (
www.cinephyx.com), j'ai tendance à prendre position dans beaucoup de mes critiques de films, ainsi que mon édito, spécialement réservé à diffuser mon opinion personnelle. Parfois, je me limite, parce que finalement, l'affaire de mon site, c'est le cinéma fantastique, pas la politique. C'est vrai qu'un lien entre cinéma et politique apparaît à mes yeux de plus en plus évident. Mais je voudrais te poser une question : dans ton dernier édito, tu ne trouves pas que tu as été un peu trop loin ? Je veux dire par là trop débordé du sujet de ton site ? Après tout, Le Pen ne sera pas élu, parce que tout le monde est mobilisé. Ce n'est à mon avis absolument pas comparable à la tragédie humaine du 11 septembre.

Je voudrais également te demander qu'elle était ton opinion sur le livre de Thierry Messan L'effroyable imposture ? Ses explications m'ont fait énormément cogiter, et je pense que les médias ont "disqualifié" ce livre un peu trop vite.

En tout cas bravo et surtout continue sur ta lancée, je suis très admiratif de ta démarche. Jérome (Jerry, webmaster
www.cinephyx.com)

 

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches