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THE FRIGHTENERS (FANTOMES
CONTRE FANTOMES)
Après le succès critique de Heavenly Creatures et son oscar du meilleur scénario, Peter Jackson est enfin reconnu comme un auteur à part entière, et explose l'étiquette de metteur en scène gore et potache qui lui collait à la peau. Ne reste plus qu'à convaincre les gros majors hollywoodiennes qu'il peut lui aussi réaliser un blockbuster. Comme il l'a récemment dit dans une interview, inutile de lui faire parvenir des scripts, Jackson ne tourne que ce qu'il écrit (ou ce qu'il adapte, en l'occurrence pour Le seigneur des anneaux). Il envoie donc le scénario de The frighteners à Robert Zemeckis qui, emballé, servira d'intermédiaire auprès du studio Universal. Et Jackson d'en profiter pour imposer quelques conditions, dont celle de tourner le film en Nouvelle-Zélande et en plus de confier les effets spéciaux hyper complexes à ses potes de chez Weta. Universal accepte mais demande au réalisateur de rendre une copie exploitable pour un PG 13. Michael J. Fox signe immédiatement et trouve ici un de ses meilleurs rôles. Il interprète un de ces anti-héros si cher à Jackson qui, finalement confronté au danger, se dépasse. En effet Banister est un pur looser, le type même qui n'hésite pas à faire son marché pendant des enterrements. Il faut noter que The Frighteners possède une tonalité très sombre, notamment avec la représentation magistrale de la Mort, qui préfigure Le seigneur des anneaux et ses nazguls, ou encore son ambiance médiévale pendant le dîner au restaurant. Comme dans Braindead, une maison isolée est source du mal et abrite une mère possessive. Des éléments déjà mis en place dans ses précédents films, deviennent ici des moteurs narratifs fouillés. The Frighteners possède un rythme dément, cadencé au poil, un mixte des meilleures comédies fantastiques américaines et des ghosts comedia hong-kongaises. On insistera d'ailleurs jamais assez sur les qualités de conteur de Peter Jackson. La psychologie des personnages est vraiment travaillée pour une production de ce type et Jeffrey Combs campe ici un agent du FBI aussi irrésistible qu'allumé. L'intrigue est complexe, riche et tourne en ridicule la façon qu'ont les États-Unis de glorifier ses tueurs en série. On pourrait même dire que The Frighteners est un cartoon. Il possède cette touche "too much" obligatoire et son ambiance graphique, les mines de ses protagonistes nous y renvoient irrémédiablement. Sur la forme, Jackson se surpasse, il explose l'espace, les cadres, jusqu'à la frénésie et la jubilation, aidé par l'excellente partition de Danny Elfman. L'enchaînement des plans est tellement parfait que l'on s'approche de près d'une chorégraphie de maître à la Minnelli. Malgré toutes ses qualités, le film sera un échec cuisant au box office, classifié R par la MPAA. Le produit sera mal vendu et sortira de plus pendant les Jeux Olympiques d'Atlanta. Universal reste tout de même emballée par le résultat et son coût peu élevé (30 millions de dollars grâce à un tournage en Nouvelle-Zélande) et commande un nouveau projet à Jackson. Ce dernier se lance dans le remake de King Kong qui va enfin lui permettre de rendre hommage à l'un de ses maître Ray Harryhausen. Hélas, à la même époque, Mon ami Joe lui fait concurrence. Le script est donc abandonné. Dont acte, Jackson vise encore plus grand, plus fort, plus fou, le temps du seigneur est venu. Cédric Gentaz retour sommaire dossier Peter Jackson
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