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EVANGELION
: DEATH & REBIRTH ; THE END OF EVANGELION
L'œuvre du diable...
Tout d'abord un rapide tour technique de l'édition des deux films proposés
par Pathé. Alors que la série éditée par Dynamic Visions avait eu droit à
un traitement royal (remastérisation digitale intégrale, doublage de
qualité), il n'en est pas de même ici. D'une part les doubleurs français ne
sont plus les mêmes (on a frôlé la crise cardiaque !), d'autre part il
semblerait que l'éditeur se soit contenté de transférer les données déjà
existantes sur galette sans même réé talonner l'image. A ce niveau, ces deux
raisons suffisent largement à nous estomaquer. Mais ce n'est pas tout, les deux
films se parent d'un format 1:85, et Pathé ne nous propose que du 4:3 ; mais de
qui se moque-t-on ? Du travail bâclé. S'il vous plaît, plus jamais ça ! Death and Rebirth, premier des deux films, ne présente aucun intérêt. La raison est simple, pendant 1h10 il s'agit d'un résumé des 24 épisodes de la série. Ceux qui la connaissent n'apprendront rien de nouveau, les autres ne comprendront absolument rien. Le montage et la narration sont tellement bordéliques que les néophytes ne peuvent à aucun moment s'impliquer dans l'intrigue ou s'intéresser aux personnages. Il est donc indispensable de voir la série télé (elle-même indispensable). La demi heure de film restant est la suite directe de l'épisode 24, se terminant d'une façon encore plus brute et incompréhensible que les deux épisodes décriés de la fin. Gainax se doit de livrer un second film en moins de 3 mois. Coup dur, surtout que le maître Anno a quitté le navire acceptant quand même par souci de bien faire d'être crédité en tant que réalisateur au générique. La dernière demi heure de Death sera donc réutilisée dans la première de The End of Evangelion. Vous comprenez maintenant pourquoi Death and Rebirth est inutile. The End of Evangelion, film de 1h30, a pour charge de conclure le sérial d'une autre manière et étant lui-même découpé en deux épisodes (reprises des n°25 et 26), il tente de se substituer à ces derniers. Film bulldozer sans aucune éthique morale, monument d'égoïsme nihiliste, The End of Evangelion prouve tout simplement que les assistants d'Anno, les producteurs et le public n'ont absolument rien compris à la fin originelle. Niant toutes les valeurs humaines revendiquées par son auteur, The End of Evangelion se complaît dans la violence graphique (arrachement de chair à tout va, personnages principaux éliminés froidement...), dans la luxure malsaine (scènes sado-masochistes) et radicalisation extrémiste (la mort de l'humanité entière mise à exécution par une élite se pensant investie d'une mission divine, fusionner à Dieu). On reste bouche bée devant cette débauche d'effets inquiétants, qui ne demandent qu'à recevoir mépris et fascination. La force subversive du show est poussée aux limites lors de flashs subliminaux qui n'ont quasiment pas d'égal dans la graduation de la démence cinématographique. Répondant à la plupart des questions laissées en suspens, The End of Evangelion tente d'atteindre des zéniths métaphysiques sans y parvenir. Le spectateur étant noyé au milieu d'un foutoir religieux, philosophique et nihiliste nous proposant même une nouvelle version d'Adam et Ève (Shinji et Asuka) dans son épilogue. Tout grand artiste livre un jour une oeuvre pour la postérité, celle d'Hideaki Anno s'appelle Evangelion et s'est faite dans la douleur de l'incompréhension et du mépris. Dictée par un capitalisme sans scrupule, les producteurs ont jugé bon de la pervertir dans son final. Si l'on peut rester subjugué par cette apologie de la décadence et du néant, il revient ensuite de se rabattre rapidement sur la voie de la raison. Celle que les philosophes et poètes ne cessent d'invoquer dans leurs plaidoyers : l'homme face à lui, son infini et son petit, le sens de la vie. En somme, les épisodes originaux 25 et 26. Cédric Gentaz nouveau texte, le 15.09.2002 Second Impact On n'en finit pas avec Evangelion, on l'abandonne pour mieux y revenir ensuite. Le 2001 de la jap'animation qui nous a propulsés à des limites rarement atteintes de la métaphysique, de la psychanalyse et de l'ésotérisme continue de nous parler encore et encore longtemps après visionnage. D'ou l'envie d'appréhender The End of Evangelion (second film et fin alternative) sous un angle nouveau. Passons sur le négationnisme ambiant (voir texte au dessus) qui lui colle à la peau, pour nous concentrer sur le tourbillon enivrant qu'il provoque à nos sens. Dès lors que le superbe morceau rassembleur "Komm, süsser Tod" se met à démarrer (écrit par Hideaki Anno himself et magnifiquement orchestré par Shirô Sagisu), l'impression d'être aspiré dans un immense vertige métaphysique ne nous quitte plus. On est rapidement noyé par des voix nous pénétrant littéralement, pendant que l'écran nous fait chuter dans un maelström de couleurs, de formes, de mouvements, une ronde onirique et abstraite (lorsque ça ne mélange pas l'expressionnisme au détour de quelques plans ou carrément le suprématisme). On pense forcement à la renaissance cosmique de 2001, l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick, la fusion entre forme et son donnant corps à cette spirale particulaire. C'est la circulation de la vie dans un corps aussi bien céleste que matériel, le détachement, une ronde joyeuse réunissant le grand et le petit dans le même cadre. Cette fin tant contestée, expérimente encore plus qu'Avalon, par exemple, des idées purement sensitives ou figuratives (plans réels sur fond de Bach). Il faut le dire, l'art d'Evangelion touche au divin, parce qu'il en parle, le montre et nous fait ressentir sa présence (nous y confronte par notre nature). En pénétrant intimement dans notre esprit, il sème un vide terrible et mélancolique, froid et puissant. Sa fascination indescriptible persistera tant que ses voix lointaines résonneront. It all returns to nothing, I just keep letting me down, letting me down, letting me down... Cédric Gentaz
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