
WONDERFUL DAYS
Corée, 2003, de Kim Moon-saeng.
Pitch : 2142. Les guerres et la pollution ont décimé une grande partie de l’espèce humaine. Des rescapés ont choisi de se réunir et ont créé Ecoban, cité très hiérarchisée dont l’énergie est basée sur la pollution. Les réfugiés affluent vers ce dernier foyer civilisé, mais ils sont refoulés et obligés de vivre dans une ville attenante insalubre. Leur seul moyen de survivre : se faire embaucher comme ouvriers exploités d’Ecoban. Peu à peu, la vieille cité s’essouffle et le pouvoir central envisage de développer la pollution pour relancer l’expansion. Mais c’est sans compter sur Shua, ancien habitant d’Ecoban exilé, sur Jay, policière en proie au doute et sur la résistance des réfugiés...
"J'avais juré que les eaux de Noé ne se répandraient plus sur la terre" *
Le cinéma d’animation coréen n’est pas très connu en Europe, et jusque là
nous nous demandions pourquoi. Après tout, la richesse de leur cinéma traditionnel a dépassé les frontières de l’Asie et le succès critique de ces
films (Memories of
Murder, Printemps,
été, automne, hiver... et printemps) laissaient présager de bonnes choses pour Wonderful
Days. Mais au visionnage du film, on comprend mieux pourquoi ce genre visuel n’a pas
percé.
Le scénario, à la base intéressant est laissé à son plus strict minimum. Les
personnages sont plats et inexistants, on se demande même ce que certains viennent faire là-dedans. Le lien qui unit les 3 personnages principaux est
tellement inexploité qu’aucune identification n’est possible, à tel point que l’on s’ennuie fermement devant leurs allez-retours incessants entre les
2 villes. On attendait aussi une dimension mystique à cette histoire de monde englouti
par le Déluge biblique ; science-fiction et apocalypse religieux en parallèle d’un mélange entre graphisme 3D et dessin 2D classique. Mais il n’en est malheureusement rien, le Déluge n’est utilisé que pour mettre en
place un contexte déjà vu dans Waterworld. D’ailleurs, le thème de la pluie
(ou de l’eau en général) n’est pas développé et laissé au rang de simple
originalité graphique. Pour le coup, on ne reconnaît même pas une allusion à
la séparation Corée du Nord – Corée du Sud dans les 2 villes du film, mais on se croirait plutôt simplement sur une île isolée… Comme pourrait l’être
le Japon.
L’autre problème du film, c’est justement cela : le Japon. Le chemin
parcouru par le pays du soleil levant dans le domaine de l’animation est tel
que le peu d’idées sortie de l’imagination des scénaristes de Wonderful
Days semblent venir tout droit des grands classiques de l’animation japonaise. On
retrouve Venus Wars et Ghost in the Shell notamment, et pour les
connaisseurs, l’influence des jeux vidéos Xenogears et Final Fantasy VII est
flagrante. Du coup, le film se retrouve sans identité propre, exactement comme ses personnages.
Même le style graphique semble bâclé. Aux décors en 3D parfois somptueux (la
grande réussite du film réside d’ailleurs dans la représentation sublime de
la pluie) viennent se superposer des personnages en dessin 2D trop lisses et rigides. Cela peut plaire à certains, mais la différence de ton est trop
importante pour ancrer harmonieusement ces deux styles.
Pas grand chose à sauver dans cette fable écologiste où les peuples se
déchirent plutôt que de s’unir. Reste que le type graphique est un prémisse
de ce que pourrait être l’animation asiatique future. Wonderful Days
aura-t-il ouvert la voie ? Certainement pas. Peut-être devrions-nous plutôt
compter sur Innocence à venir prochainement… Mathieu Jaillet
* La Genèse, Ésaïe 54:9