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"Si Dieu le veut" S'il n'a rien d'un film atypique, Whisky, récompensé par la FIPRESCI (fédération internationale des critiques) du prix du meilleur film dans la section Un certain regard au festival de Cannes 2004, brille par le chant du possible qu'il installe dès sa première séquence alors que rien n'adviendra jamais dans le cadre de la diégèse. Tout le principe du film se définit par cette expectative de l'héroïne se projetant dans les espoirs narratifs du spectateur. Dessinant la monotonie par l'effet de répétition du rituel qui mène au travail, une petite usine fabriquant de chaussettes tenue par Jacobo, vieux patron acariâtre et solitaire, les réalisateurs de Whisky déploient à travers l'emprise documentaire de leur film notre désir de fiction. Les rapports entre Jacobo et son employée de confiance, Marta, fonctionnent déjà comme ceux d'un vieux couple. Ils en bénéficient (complicité) mais en partissent tout autant (désirs refoulés). Entraînés à jouer une vie de véritables époux pour satisfaire l'image de Jacobo auprès de son frère, tout à la fois alter ego et rival, le duo mime ce qu'il n'est pas, un couple rodé aux aléas du mariage. Sans nuit de noces aucune, Marta travaille à vivre le temps d'une halte ce qu'elle désirerait par dessus tout, être accompagnée dans son labeur, la vie. Whisky file autant l'humour noir que la tristesse à travers le sadisme de ses situations où chaque personnage en sait un peu plus ou un peu moins que les autres sur son propre désir ou ses frustrations. Le moteur de la narration, comme celui de la voiture de Jacomo, consiste à ne jamais vouloir véritablement démarrer. On n'en dit jamais assez ou on en dit déjà trop. Paradoxalement, la satisfaction de cet élégant mais innocent film uruguayen ressemble à celle que l'on pourrait retirer dans l'attente d'un bus qui jamais ne viendrait. Ce n'est pas le résultat qui compte mais le chemin que l'on entreprend pour accéder à l'arrêt. Dans Whisky, l'on aurait pu voir et entendre des mots d'amour mais "Dieu ne l'aura sans doute pas voulu ainsi." Anne Ségolène
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