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UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES
Du vivant plaqué sur du mécanique Mathilde a 19 ans. Son fiancé Manech est mort dans les combats de la Première Guerre Mondiale. Pourtant, le jeune femme refuse d'admettre cette évidence et se livre à une contre-enquête pour démêler les fils de la vérité. Y aurait il comme un malentendu Jeunet ? Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, avec ses 7 millions de spectateurs et son succès devenu « phénomène de société » pour le mieux (comprenez reportages démagos au journal de 20h) et suspect pour le pire (les rapprochements douteux avec le Front National de la part de certains critiques) avait pu biaiser la réalité de son cinéma. Car ses films ne sont pas (seulement ?) des œuvres joyeuses et altruistes, elles sont avant tout traversées d’une misanthropie larvée mais réelle et d’une méchanceté un peu bêtasse (cf. les scènes avec Colignon). La mise en scène du cinéaste, tout en attention maniaque au moindre bouton de chemise et en abus de filtres verts, confère à son cinéma un regard hautain – du moins lointain – sur l’humanité qu’il dépeint. Avec Un long dimanche de fiançailles, Jeunet semble avoir trouver un sujet à la mesure de ce regard misanthrope sur l’humanité. Son incursion dans les tranchées de la 14-18 est d’une violence somme toute sidérante pour un divertissement grand public, et il ne se refuse à aucun effet gore dans l’interminable intro montrant les soldats prêts à se mutiler pour échapper aux boucheries des combats. Le film fonctionne pourtant sur une la dichotomie inhérente à tous les films de Jeunet : d’un côté une brillance formelle indéniable, de l’autre une truculence volontariste confinant à la franchouillardise pure et simple. Côté pile : une étonnante amplitude romanesque, une narration complexe mêlant intrigues parallèles, flashes-back, séquences vues sous plusieurs angles et pourtant toute en fluidité, un refus obstiné de la mièvrerie (cf. la conclusion, sobre et pleine de tact) qui condamnera sûrement le film à n’être pas le « Titanic » français, une mise en scène précise où chaque mouvement de caméra semble décortiquer les décors et les personnages telle une tête chercheuse. Côté face : un attrait exaspérant pour les trognes caricaturales, les dialogues lourdingues perclus d’adages populaires, des acteurs réduits à des poses figées (Marion Cotillard dans un personnage hors sujet) et des mimiques agaçantes (à peu prêt tout le casting excepté Dupontel et un ou deux autres comédiens), une obsession névrotique pour le détail contaminant le film puisque rien ne fonctionne de façon générale, seules des séquences éparses émergent de l’ensemble, souvent celles s’apparentant à des courts métrages à l’intérieur du long (le joli récit avec Jodie Foster). Comme si Jeunet devait, en dépit de toute nécessité narrative ou esthétique, imposer à tout prix sa « patte » la plus voyante, comme s’il fallait enrober sa misanthropie d’une parure dorée destinée à faire passer la pilule. Cette collusion impossible entre froideur du style et truculence ringarde finit par annuler les potentialités des deux options. Nicolas Rioult
(1) A l’image de son désastreux Alien Resurrection où absolument TOUTES les idées purement Jeunet plongeait le film dans un ridicule pathétique tant elles étaient hors sujet.
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