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SAENGHWALUI BALGYEON (TURNING GATE)
Corée du Sud, 2002, de Hong Sang-Soo, avec Kim Sang-Kyung, Ye Ji-Won, Chu Sang-Mi, Kim Hak-Sun...
Pitch : Séoul, de nos jours. Gyung-Soo, acteur de théâtre confirmé, vient de faire ses débuts au cinéma. Hélas, le film dans lequel il a joué est un échec. Il se rend malgré tout au siège de la société de production pour toucher son cachet mais se dispute avec le réalisateur. Pour oublier ses malheurs, il décide de rendre visite à Seong-Wu, un ami écrivain qu'il n'a pas vu depuis longtemps. Le romancier tient absolument à lui présenter une jeune femme, Myung-Sook, admirative de son travail. Entre Gyung-Soo et cette dernière, le courant passe indéniablement, mais Seong-Wu devient jaloux de son ami. Sentant la tension monter, Gyung-Soo décide de s'en aller et de rendre visite à ses parents. Dans le train, il fait la rencontre d'une autre femme, encore plus attirante, Sun-Young…

 

Le contentement de soi

    Les sept cartons, présentés sous la forme d'un monochrome vert (la couleur reviendra sur certains vêtements dans la diégèse), qui structurent l'intrigue de Turning Gate sont accompagnés de titres programmatiques comme pouvait l'être le roman comique, héroïque ou pastoral dans la tradition française aux XVIème et XVIIème siècles. Elles annoncent aussi clairement que Turning Gate se regardera le nombril du début à la fin et cherchera à faire naître la complicité du spectateur bien élevé ou discipliné. Dès l'amorce du film, l'on entre dans le domaine du je(u) que l'on ne quittera jamais. 

    Acteur bénéficiant d'une renommée d'estime auprès des obscurs "théâtreux", Gyonung-Soo a participé à un film. Accusant l'échec de ce dernier, il accepte l'invitation d'un ami qui ne l'a pas pas oublié quand bien même se seraient-ils perdus de vue. Sans véritable rôle devant lui et à travers la rencontre de deux femmes à la ressemblance troublante, Gyonung-Soo va se retrouver enrôlé malgré lui dans une fiction. Contraint de se comporter comme un acteur avec la première (elle est amoureuse de lui ou du moins de ce qu'il représente à ses yeux), il va devenir un personnage mené à la baguette (ou mis en scène) avec la deuxième.

    Répétant à diverses reprises la phrase solennelle que lui a offerte comme ultime salut le malheureux réalisateur qui l'avait engagé ("Même si c'est difficile d'être humain, essayons de ne pas devenir des monstres"), Gyonung-Soo occupera finalement le rôle que son ami écrivain (scénariste pour nous) va rapidement lui assigner. Lourdement, il sera le jouet d'une intrigue qu'il n'a pas choisie. Dès les retrouvailles avec Seong-Wu (son ami), ce dernier lui fera en sorte subir un casting, lui répétant à plusieurs reprises qu'il a pris du poids. L'emmenant ensuite en promenade, Seong-Wu lui racontera un apologue, celui de "la porte tournante", annonciateur du scénario qu'il va vivre.  

    Désireux de contrôler sa relation avec l'amoureuse en la dominant de son poids, Gyonung-Soo va reproduire à l'identique avec la seconde ses faits, gestes et paroles comme s'il cherchait à améliorer son rôle. Cependant pris au piège, il ne joue plus, se retrouvant totalement dans la peau de son personnage. Les deux séquences de sexe (il couche avec chaque femme) l'enferment dans le même rôle. Ouverts en extérieurs, les cadres sont alors serrés, enfermant les couples dans un costume étriqué ou banal. Les choses ont déjà été vécues, Gyonung-Soo n'est plus qu'un laborieux exécutant, incapable de prendre du recul. 

    Aussi seul qu'on peut l'être avec un pauvre téléphone portable (le protagoniste est appelé par son ami dès le début du film), Gyonung-Soo va finir sa route devant cette apparente et massive porte tournante, abandonné par celle qu'il voulait aimer. Remarquablement mis en scène, Turning Gate amuse un temps de son ironie à l'encontre d'un acteur devenant personnage. Il finit cependant par avoir le goût amer du déjà vu ou du prévisible. L'on ressent même l'agaçante impression que le cinéma asiatique commence à se tourner un peu trop vers l'occident, perdant de sa spécificité. Au regard de ses trois premiers films ressortis en France l'an dernier (Le Jour où le cochon est tombé dans le puits, Le Pouvoir de la province de Kangwon, La Vierge mise à nu par ses prétendants) et de Turning Gate, en dépit de tout le respect qu'on lui doit, Hong Sang-Soo est encore loin d'égaler l'original talent d'un Kim Ki-Duk (The Isle, Printemps, été, automne, hiver... et printemps) qui ne cherche pas, lui, à loucher sur le cinéma occidental et en particulier français. Que l'on nous excuse ce défaut de cinéphile exigeant mais nous n'avons sans doute pas envie de vivre deux fois la même vie comme Gyonung-Soo, n'ayant plus le désir des "premières fois" qui dégagent hélas souvent des relents d'échec. Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches