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TROY (TROIE)
Troie dans le mur En pensant à Wolfgang Petersen, on aurait immédiatement tendance à le rapprocher des grands marginaux d'Hollywood, le genre de types méprisés mais avec un talent précieux. Oui, mais bon ! Il n'y a vraiment que le nom qui impressionne les cinephiles amnésiques ou à la mémoire courte. En effet, le bonhomme est tout de même responsable de produits aussi bâclés que le ridicule Air Force One, l'imbuvable En pleine tempête ou le médiocre Alerte. Sa réputation et sa reconnaissance, Petersen les doit à un seul et unique film : Das Boot (Le bateau, 1981), drame sous-marinier qu'on a longtemps cru insubmersible dans son genre, avant l'arrivée d'A la poursuite d'Octobre Rouge en 1990, d'un certain John McTiernan.
Qu'attendre alors de Troie ?
Adaptation de l'Iliade d'Homère, scénarisé
comme un bloc opaque par David Benioff (qui avait fait du très bon boulot pour 24
heures avant la nuit de Spike Lee), la relecture pachydermique
des mythes par une nation en manque d'Histoire soulevait l'intérêt. Casting de
stars brut : Brad Pitt, Eric Bana, Orlando Bloom, Sean Bean ; budget pharaonique
de 150 millions de dollars pour ce véritable cheval de Troie de la Warner qui
mise très gros sur son dada principal de l'été 2004. Spectacle emprunté et déjà vu ailleurs, cahiers des charges imposés (batailles pompières, élans héroïques, théâtralité des dialogues minimalistes et une musique de James Horner copiée sur celle d'Howard Shore). Rien ne surprend ni ne fait d'effet, c'est comme regarder une belle vitrine avec indifférence. Brad Pitt est mal dirigé en Achille, Orlando Bloom est remarquable de transparence, trois acteurs pourtant parviennent à livrer le souffle et la foi vertigineuse qu'il faut dans une telle entreprise : Eric Bana en Hector, Sean Bean en Ulysse et Peter O'Tool en roi Priam. On se souvient alors avec amusement de l'interview de John McTiernan (toujours lui) dans le Mad Movies de mai 2003 (il y a 1 an) qui ventait les qualités du script, convaincu à l'époque que le résultat ne pouvait qu'être énorme. Entre ses mains, certes, n'en doutons pas. D'un scénario sans étincelle, McT avait tiré du 13ème guerrier des fulgurances plastiques inouïes, atteignant la mélopée guerrière. Petersen, écrasé par l'ampleur, joue plutôt ici sur la déflation de nos attentes, ne semble pas croire en ses personnages et n'en tire que des caricatures. Quant à l'ampleur, elle frise le copié/collé à travers les mouvements de grues sur des déplacements de masse, la caméra épaule au cœur du conflit venant resserrer l'enjeux sur quelques personnages dans la bataille. Malgré tout deux ou trois idées survivent. Si Troie ne sacrifie rien à son spectacle, une part obscure subsiste. Le sang gicle, les cadavres s'empilent et on ressent les coups primaires, sans glamour. Egalement une réflexion intéressante, sur la trace que chaque individu laisse dans l'Histoire, le temps et les mémoires, que ce soit en tant que père, frère, roi, prince ou soldat. Cédric Gentaz
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