CINÉMA

FILMS TV SÉRIES TV NANARS DOSSIERS BRÈVES de comtoir
                         INTERVIEWS DVD AUTOPSIE ABÉCÉDAIRE RÉDACTION PAGE d'ACCUEIL

■   ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■  

 

TRIPLE AGENT
France, 2003, de Eric Rohmer, avec Katerina Didaskalou, Serge Renko, Cyrielle Clair, Grigori Manoukov, Dimitri Rafalsky... 
Pitch : Comme bon nombre de Russes tsaristes, Fiodor, un jeune général, s’est réfugié à Paris juste après la révolution bolchevique. Il y vit avec sa femme Arsinoé, une Grecque peintre à ses heures perdues. Tous les deux sont anti-bolcheviques, mais cela ne les empêche pas de sympathiser avec leurs voisins, communistes. Fiodor ne cache pas être un agent secret et travailler pour le renseignement mais sa femme ne parvient pas à déterminer pour qui il œuvre. La Russie tsariste, la récente URSS ou même le régime nazi... Il part régulièrement en voyage sans en informer Arsinoé qui n’apprend ses destinations réelles qu’avec les rumeurs ou au détour d’une phrase avec ses amies...

 

Le bord du cadre

    Conteur de fables impénitents, Éric Rohmer avait déjà prouvé avec son précédent film, L'anglaise et le Duc, qu'il pouvait avec une grande sensibilité et un merveilleux sens de l'innovation se confronter à des sujets d'envergure. Au risque de nous la raconter une fois de trop, son but ne fut donc pas de nous imposer une fois de plus la Révolution française sur grand écran mais de nous inviter à y entrer à travers la lorgnette de l'histoire. Se nourrissant de l'artifice (décors, dialogues), L'anglaise et le Duc s'imposait à nos yeux comme l'un des films les plus réussi de l'année 2002.

    Avec Triple agent, l'auteur nous plonge aujourd'hui dans le monde de l'espionnage. Et force est de constater qu'il prend à nouveau son sujet à contre-pied. A aucun moment, l'on ne verra notre espion passer à l'action. Son domaine de prédilection sera le hors champ. De la même manière, il faudra lire les parole de Fiodor à travers ses non-dits ou ses exagérations (dire la vérité pour mentir). Ponctué par des cartons symbolisant les mois qui passent (le même genre de procédé accompagnait L'anglaise et le Duc), la tache de Fiodor consistera à marcher sur un fil reliant ses différents interlocuteurs. Son travail nous sera finalement conter en creux par les investigations souvent involontaires de son épouse. 

    Utilisant le décor de toiles peintes, retravaillées à la palette graphique, dans L'anglaise et le Duc, Rohmer dresse ici le cadre politique franco-russe à travers les relations des artistes et groupes picturaux des années 1936 vus par ceux qui disent s'intéresser au domaine (les voisins de nos personnages). Les figurations d'un Picasso entrent donc en conflit avec des oeuvres plus "photographiques". Les décors d'un escalier nous plonge quant à eux dans l'univers d'un Mondrian et dans celui des néo-plasticiens. L'appellation des castes politiques  va même jusqu'à se résumer par l'utilisation de la gamme chromatique (les blancs, les rouges). 

    Triple agent n'est pas une super-production, mais il en tire justement sa grâce, gagnant de l'espace à travers l'inventivité constante du réalisateur. Le film substitue la peinture à la politique et se construit, de plus, en ellipses. L'au-delà du plan finit par s'apparenter à une zone sainte, nous rappelant l'influence qu'a pu avoir un Dreyer sur le cinéma de Rohmer. Le bord du cadre devient une zone de danger que chacun peut finir par traverser pour n'en plus revenir. Un personnage qui quitte la toile est un personnage mort. Inventant de A à Z son histoire, Rohmer nous dit combien l'on peut nourrir le cadre narratif d'invraisemblances qui font plus que vraies. Avec lui ou Maurice Pialat, l'on comprend combien l'art pictural et le cinéma sont en constant échange. Michel Marques

 

 

■   ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■

Copyright © 2004 - Tous droits réservés : Siteducinephile@aol.com   

 

quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches