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HAE ANSEON (THE COAST GUARD)
L'espace d'un instant Trois films du très prolifique Kim Ki-duk (The Isle/L'île) auront recouvert nos écrans hexagonaux en 2004. Printemps, été, automne, hiver... et printemps, sorti et récompensé par un succès mérité en avril dernier, The Coast Guard à l'affiche depuis le 1er septembre alors qu'il fut tourné en 2002, et Samaria, le nouveau film du réalisateur qui sortira le 27 octobre. Si The Coast Guard ne suit pas le principe du cycle structuré par les chapitres de Printemps,.., sa narration repose pourtant sur un effet d'annonce. Dès le départ, la tragédie est prévisible : quiconque franchira la ligne de démarcation et pénètrera de nuit à l'intérieur du camp militaire sera abattu. Dans un premier temps, on annonce donc un scénario puis on l'exécute dans tous les sens du terme. Chez Kim Ki-duk, l'on prévient ou suggère toujours ce qui va arriver afin d'en peser doublement le poids. Tout le reste de la narration consiste à confronter les acteurs d'un acte (ici un militaire effectuant son service qui tire sur un intrus comme le définit le règlement) à leur responsabilité morale. Après le meurtre, geste ineffaçable, survient le temps de la contrition où les fantômes de l'esprit hante les survivants. Là où le héros de Printemps,.. tire de son expérience meurtrière une remise en cause, lui permettant après avoir purgé sa peine d'accéder à la sagesse (le retour du héros sur l'île où il fut formé et élevé n'est en rien un échec puisqu'il a changé), celui de The Coast Guard pénètre dans l'antre de la folie sans doute par mimétisme envers celle qu'il a traumatisée. Mort et folie se fondent en un même mouvement unifié, le premier enserrant le deuxième. Le héros, ayant poussé vers la folie une jeune femme en abattant son petit ami alors qu'ils faisaient l'amour, fermera la marche en prenant la place de la victime et en trouvant à son tour la mort. Les actes d'amour, de folie et de mort sont ici nivelés comme s'ils ne faisaient qu'un. L'on n'est pas éloigné d'une conception à la Georges Bataille et l'on retrouve donc une visée tout autant philosophique dans The Coast Guard que dans L'on a reproché à Kim Ki-duk un manque de maîtrise pour The Coast Guard, démence égarée ou relent de "politique des auteurs" de la part de ceux qui voudraient sans doute que le réalisateur répétât éternellement le même film. L'intrigue de The Coast Guard s'articule pourtant autour d'une thématique familière aux précédents films de Kim Ki-duk ou comment vivre avec la culpabilité ? N'étant pas condamné mais au contraire récompensé pour avoir rempli sa mission en abattant un intrus, le héros de The Coast Guard en paie indirectement le prix puisqu'il glisse lentement vers un état de démence. S'il faut être les seuls à défendre et conseiller The Coast Guard comme nous l'avons fait pour Printemps,.. et L'île, nous n'hésitons pas une seconde. Kim Ki-duk est un réalisateur d'une grande virtuosité et d'un réel talent. Nous le suivront dès la fin octobre en nous allant découvrir Samaria en salles. Michel Marques
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