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THE BOURNE SUPREMACY (LA MORT DANS LA PEAU)
U.S.A., 2004, de Paul Greengrass, avec Matt Damon, Franka Potente, Brian Cox, Julia Stiles, Karl Urban, Joan Allen, Gabriel Mann...
Pitch : Alors qu’il s’est isolé au bout du monde, à Goa, avec sa compagne Marie, Jason Bourne croît enfin être tranquille. L’ex-agent de la CIA ne veut plus entendre parler de missions et se terre en changeant perpétuellement d’identité. Oublié le sale boulot de tueur à gages, Bourne n’a plus qu’une idée en tête : disparaître. Mais les hautes sphères en ont décidé autrement et un mystérieux tueur est envoyé sur ses traces. S’il veut survivre, Bourne est obligé de reprendre les armes. Il veut savoir qui le traque et pourquoi. Mais le chemin qui mène à la vérité est semé d’embûches...

 

Triple agent

    De The Bourne Identity (La mémoire dans la peau), l'on avait gardé le souvenir d'un moment plaisant et d'un film bien ficelé, tant dans sa facture que dans sa construction narrative reposant sur la recomposition d'une mémoire déficiente. Doug Liman, son réalisateur, abordait l'action comme un jeu que l'on découvre avec entrain. Enfilant la peau de Bourne, protagoniste saisi d'amnésie, Matt Damon s'amusait à découvrir le potentiel déjà présent au fond de son personnage et à l'explorer. Le regard du spectateur s'en retrouvait mis à mal et appréhendait les décors (villes ou bâtiments) et personnages avec l'art de la méfiance ; où était le vrai du faux ?

    Confiant ce deuxième volet à Paul Greengrass (réalisateur du saisissant Bloody Sunday, hautement récompensé par l'Ours d’Or à Berlin), les studios américains n'espéraient indéniablement pas que le niveau fût baissé d'un cran. Qu'ils se rassurent, il n'en est rien. Paul Greengrass s'amuse des genres (l'espionnage, le film d'action) pour les caricaturer formellement. Partant dans la direction inverse de Liman (l'on n'en attendait pas moins de lui), ses combats ou poursuites sont hachés à la moulinette et laissent place à un cocktail d'images montées plus cut que cut. L'imbroglio d'une situation (qui tire les ficelles ?) est donc relayé par la dilution des scènes d'action ; le combat de Bourne et d'un Agent italien est à cet égard très clair : l'effet clippesque retenu empêche le spectateur d'apprécier la scène, seul compte l'énergie artificiellement rendue. Il en est de même pour la scène de poursuite où Bourne règle ses comptes, à la vie à la mort, avec celui qui devait mettre fin à ses jours.

    Paul Greengrass extrait de ce jeu reposant sur une cascade d'images le point de vue du héros qui, s'il a toujours une information de retard sur son passé, possède à chaque fois un tour d'avance sur ses poursuivants qui ne parviennent finalement à le capturer que sur des écrans de surveillance où il daigne se montrer. La compréhension et le contrôle appartiennent donc avant tout à celui qui voit sans être vu et jouit de la primauté du point de vue (Bourne sur un toit observant la C.I.A. s'affairer derrière des téléphones et écrans, Bourne observant en fin de film d'une fenêtre celle qui est responsable de son dossier). 

    Lentement, la fiction nous amène à comprendre parallèlement au protagoniste que sa quête consiste à retrouver dans la réalité l'image et les lieux des meurtres qu'il a commis lors de sa première mission. La séquence où il retrouve la fille de ceux qu'il a tués pour se repentir et lui offrir la vérité masquée sur leur mort prend alors toute sa valeur ; Bourne comprend ce qu'il a fait et s'amende en offrant à la victime la possibilité de savoir et de le voir.

    Filant la métaphore de l'information qui est sans cesse recherchée ou poursuivie, le sujet de The Bourne Supremacy (bien meilleur titre que celui qui fut utilisé en français puisqu'il suggère bien mieux la quête de la maîtrise) consiste finalement à découvrir qui l'on est à travers le sens instinctif que l'on a pour se sortir d'une situation. Bourne s'avère en fin de compte être un triple agent : celui qu'il était avant son amnésie, celui que l'on désire qu'il soit et celui qu'il est finalement.

    Paul Greengrass n'en oublie pas pour autant quelques moments de poésie ; le cadavre de Mary au fond des eaux flottant telle une sirène endormie, évoquant de près une image de La nuit du chasseur ou la presque dernière séquence où Bourne s'amende en offrant à la fille de ceux qu'il a tués la possibilité d'entamer un véritable travail de deuil. Film sur le désir de survivre, The Bourne Supremacy en est aussi un autre sur la mort. Une odeur de souffre serait-elle passée sur la silhouette de l'Amérique ? Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches