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THE BARBER : THE MAN WHO WASN'T THERE (THE BARBER : L'HOMME QUI N'ÉTAIT PAS LA)
U.S.A., 2001, de Joel Coen, avec Billy Bob Thornton, Frances McDormand, James Gandolfini, Michael Badalucco, Katherine Borowitz...
Pitch : 1949. Ed Crane travaille dans un salon de coiffure tenu par son beau-frère. Ed n'a pas d'ambition, il regarde la vie passer et les jours avec. Soupçonnant, sans en prendre ombrage, sa femme de le tromper, il poursuit le morne fil de son existence. Cependant, un soir, il rencontre au salon un voyageur de commerce qui propose à qui veut l'entendre de gagner beaucoup d’argent. Ed est intéressé. Pour réunir l'investissement de départ, il tente de faire chanter l'amant de sa femme...

 

Ô les beaux jours !

    Lorsque la voix off de Ed Crane surgit de nulle part pour nous inviter à en savoir plus sur son histoire, l'on ne sait pas encore qu'il souffre d'un déficit à première vue anodin mais qui s'avèrera fondamental pour son devenir : Ed Crane ne sait pas ou ne veut pas communiquer. Il est l'homme qui n'était pas là, celui qui regarde mais n'est jamais vu, agit comme si sa présence restait imperceptible, n'éprouve pas plus de désir que de peine ou de frustration. En sorte, malgré son existence simple et sans vague, Ed est un homme libre, dans le sens où rien ne le retient là où il s'est établi pour exercer la profession de deuxième coiffeur, et personne ne le menotte ; certainement pas son épouse à qui il s'est habitué à défaut d'éprouver à son égard les vertiges de l'amour. En bref, Ed est un second couteau dont les passions ne le rendent aucunement dépendant. 

    Lorsqu'il se met alors à envisager un programme de communication (faire chanter l'amant de son épouse pour lui soutirer de l'argent), Ed se met à exister et perd en contrepartie définitivement sa liberté. Il devient acteur de sa vie et se construit le mauvais rôle. Les plus beaux jours de son existence semblent alors devenir ceux qui le conduisent lentement, et avec le cynisme de coutume de la paire Coen, vers sa perte. Il perd le sens de la mise en scène en s'autorisant quelques sentiments. Il n'est alors plus l'homme qui n'était pas là mais celui qui n'a plus sa place et va donc devoir partir. Ed agit, fait l'expérience peu salutaire du libre arbitre, il choisit. Mais vouloir prendre son destin en main, c'est toujours, dans la dynamique de l'absurde propre à l'univers des frères Coen, l'observer glisser entre ses propres doigts. Quand on ne veut être personne, l'on est soi. Mais quand l'on veut jouer les héros, l'on devient l'ombre de soi-même.

    Stylistiquement, les frères Coen composent ici l'un de leurs plus beaux films. Mise en scène, photographie, monologues ou dialogues, ils excellent dans ce faux film noir qu'ils entraînent vers le burlesque. Un burlesque qui exploite un facteur commun, celui des inversions. Chaque personnage, chaque certitude, la vérité narrative elle-même naviguent entre son image et son contraire. Ed Crane finit par s'amuser du faux rôle prépondérant qu'il revêt finalement. Pour une absence de raison il a vécu, pour une fausse raison il est mort. Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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