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TE DOY MIS OJOS (NE DIS RIEN)
Espagne, 2003, de Icíar Bollaín, avec Laia Marull, Luis Tosar, Candela Peña, Rosa Maria Sarda, Sergi Calleja, Elisabet Gelabert...
Pitch : Une nuit d’hiver, Pilar quitte le domicile conjugal avec son fils Juan et quelques affaires, pour fuir la violence de son maris Antonio. Celui-ci tente de l’en empêcher. Mais Pilar a pris sa décision. Elle a trouvé refuge chez sa sœur. Antonio veut qu’elle revienne. Il promet de changer et de contrôler ses accès de colère. Pilar ne cède pas. Elle démarre une autre vie. Sans emploi, elle finit par trouver un travail dans un musée et se fait des amies. Cependant, malgré l’hostilité et les mises en garde de son entourage, elle se laisse convaincre par Antonio de reprendre leur histoire d’amour. En dépit d’une thérapie de groupe, Antonio retombe rapidement dans ses travers...

 

Le regard de l'amour

    Notons déjà une différence entre le titre espagnol du film d'Icíar Bollaín (Te Doy Mis Ojos) et celui retenu par le distributeur français (Ne dis rien). Le titre espagnol fait référence à une très belle scène intime du film où Pilar s'offre verbalement et physiquement à Antonio, son mari, repartant ainsi d'un nouveau pas avec l'homme qu'elle a épousé dix ans auparavant et qui a déchiré leur couple par ses accès violents. Comme il le lui réclame dans cette scène, elle lui donne sa peau, ses seins ou encore ses yeux. Son désir de poursuivre leur histoire revêt donc le caractère de la soumission verbale avant de déboucher sur l'acte physique qui les replonge d'une certaine manière vers le début de leur histoire. Le titre français cache, lui, la réelle idylle amoureuse qui a existé au profit du fait divers, la violence conjugale. Au-delà de ce cadre anecdotique, le film va pourtant beaucoup plus loin. Il nous parle de la frustration d'un homme qui n'aime ni sa vie ni ce qu'il est, s'étant par la même occasion retrouvé incapable de construire et cultiver l'amour qu'il a sous la main.

    L'intelligence d'Icíar Bollaín consiste justement à préférer nous montrer les instants où Pilar laisse pas à pas Antonio la reconquérir, entre instants amoureux et rendez-vous fugaces. Ce que des tas de couples ont oublié, ils le revivent. Les scènes de violence qui ont poussé Pilar à quitter le domicile conjugal sont donc évacuées. Icíar Bollaín évite donc l'aspect sociologique de la situation (ce qu'aurait peut-être choisi un film français), pour développer le caractère différent des deux époux. L'on comprend alors vite, malgré la thérapie qu'entame Antonio, que ce dernier ne sait plus aimer parce qu'il ne sait plus regarder son épouse. Il est incapable d'admirer la valeur qu'elle dégage lorsqu'elle découvre sa vocation en travaillant dans un musée et en passant peu à peu sur le devant de la scène en commentant des visites guidées. 

    Pilar interprète avec maestria les formes, couleurs et codes des tableaux qu'elle analyse. Sa rééducation à vivre passe par son retour dans le monde du travail où elle rencontre des individus et finit, fière d'elle-même, par trouver sa place ; soutenue par sa supérieure, elle monte un projet de visites guidées avec une collègue. De son côté, Antonio se renferme sur lui-même et le film montre en quoi ses états de colère l'atteigne autant qu'ils détruisent son couple et effraient son épouse. La scène où il l'empêche de partir rejoindre sa collègue pour le grand jour où elles doivent auditionner dans un musée madrilène, et la dévêt pour l'exhiber, nue, sur le balcon est à cet égard, outre sa force dramatique, caractéristique de ce qui le sépare. Antonio ne sait plus voir et être vu, alors que la générosité de Pilar passe par sa maîtrise du regard. La limite d'Antonio par rapport à sa femme est de ne pouvoir progresser pendant qu'elle ne fait que cela. Malgré ses efforts, Antonio conservera sa névrose, réduisant son évolution en un éphémère trompe l'œil. 

    Bénéficiant d'un casting parfait, le film d'Icíar Bollaín impose, comme l'avaient fait l'an dernier El Bola d'Achero Mañas (autre film ayant pour thème la violence, ici celle d'un père à l'égard de son fils) ou Los lunes al sol de Fernando Leon de Aranoa (notons que Luis Tosar y campait déjà un remarquable personnage), ses subtilités. Loin de l'univers de Pedro Almodovar, le cinéma espagnol n'en offre pas moins sa grande richesse (l'on prierait presque pour que le cinéma français actuel atteigne un quart de sa qualité). Anne Ségolène

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches