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STEAMBOY 
Japon, 2004, de Katsuhiro Otomo ; scénario : Katsuhiro Otomoet Sadayuki Murai.
Pitch : En 1851, à l'époque de l'Angleterre victorienne, un jeune adolescent, Ray, réussit à maîtriser une nouvelle invention ultra puissante permettant de maîtriser la vapeur. Il cherche à protéger cette invention de différentes puissances cherchant à s’en emparer pour l’utiliser à des fins belliqueuses...

 

L'art du grand écart

    Treize ans ont passé depuis la sortie d’Akira sur les écrans français, provoquant l’effet d’une déflagration. Monument de la SF cyber punk, monument de la japanimation et monument du cinéma tout court, la bombe de Katsuhiro Otomo était le premier film de science fiction à se mesurer à l’ambition de 2001, l’odyssée de l’espace et fit prendre conscience au public (français) des perspectives infinies de l’animation japonaise. 

    Treize ans déjà et depuis plus aucun long-métrage au compteur. Mais pas treize années de silence pour autant. Durant cette période, le cinéaste a multiplié les collaborations : scénariste et directeur artistique sur Roujin-Z (1991), réalisateur d’un segment du film omnibus Memories (1995), « caution morale » sur Perfect Blue, directeur artistique sur Spriggan (1998), scénariste du monumental Metropolis (2001) de Rin Taro. 

    Steamboy marque son grand retour à la mise en scène, avec un projet en gestation depuis plus de 10 ans. Il aura fallu plusieurs sociétés de production et 20 millions de dollars (un record pour un film d’animation japonais) pour mener à bien ce projet pharaonique. Steamboy n’est, à vrai dire, pas le chef-d’œuvre cinématographique attendu mais il serait pour autant injuste de dire que la montagne a accouché d’une souris. C’est une œuvre où le spectateur passe les 2h00 du métrage à osciller entre exaltation et exténuation, fascination et ennui. 

    La structure scénaristique est évidemment la grande faiblesse du projet. Fable à la morale pour le moins bateau (« Tout progrès de la science peut générer corollairement des dérives» euh oui, très bien, et ensuite ?), Otomo a bien dû mal à faire exister ses personnages, au choix, transparents (Ray, le jeune héros), déplaisants (l’adolescente amie de Ray prouvant l’incapacité de Otomo à s’intéresser à la gente féminine) ou caricaturaux (le père et le grand père de Ray, chacun incarnant une des facettes positives ou négatives des progrès de la science). Pire, on a souvent l’impression qu’Otomo décalque son scénario de Akira pour en tirer le squelette décharné plutôt que la substantifique moelle. Ce ne serait pas un problème si cette absence d’incarnation ne tirait régulièrement le film vers le sol. 

    Mais quand il s’envole, à l’image de sa citadelle volante, il atteint les nuages dans le ciel. Steamboy est une cavalcade effrénée enchaînant les morceaux de bravoure. Si ses personnages ne sont pas très fouillés, Otomo rivalise par contre de précision et de minutie pour décrire les jets de vapeur expulsés des chaudières fumantes ou les engrenages géants faisant fonctionner la cité volante. Lorsque l’attaque est donnée entre les soldats de la citadelle et la police britannique, l’écran devient un gigantesque champ de bataille où se mêlent fureur sonore et images pointillistes, armes fantasques toute droites tirées d’un album de Hergé, jubilation devant les destructions à grande échelle. Dans ses meilleures scènes, Otomo parvient alors à tirer son film vers une abstraction sensorielle réellement stupéfiante. Reste toutefois à comprendre comment Otomo peut aboutir à une telle dichotomie entre fond (un cri d’alerte devant les dérives de la science) et forme (une jouissance maladive à filmer le chaos). De ce paradoxe naît sans doute le charme étrange de ce film sous pression. Nicolas Rioult

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches