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SPY GAME (SPY GAME, JEU D'ESPIONS)
BEHIND ENEMY LINES (EN TERRITOIRE ENNEMI)
Les pieds dans le plat Hasard du calendrier : Behind Enemy Lines (En territoire ennemi), à l'affiche le 16 Janvier, possède un tracé scénaristique identique à celui de Spy Game, sorti en France une semaine plus tôt. Dans les deux films, un agent juvénile (élément de la C.I.A. pour Spy Game, un pilote pour Behind Enemy Lines) ,en situation d’échec et coincé dans un pays étranger, se voit secouru par un généreux aîné, qui n’hésite pas à enfreindre les règles dans le but d’aider son " poulain ". Ponctués de vues aériennes et dotés d’un montage frénétique, ces blockbusters ont un projet commun : fuir la nuance et en mettre plein la vue. L’intérêt épisodique de Spy Game réside ainsi moins dans le transfert d’un savoir, de méthodes entre deux générations d’agents (et, à un niveau autre, entre les deux vedettes Robert Redford et Brad Pitt) que dans le climat paranoïaque qui s’instaure lorsque le personnage incarné par Redford doit affronter les questions de ses collègues, membres de la C.I.A. comme lui, qui filtrent aussi bien faits et gestes qu’appels. Toutes proportions gardées, Spy Game fonctionne à rebours dans la mesure où la morale du blockbuster impose à l’organisation (police, F.B.I., C.I.A. ...) un mauvais fils ; fruit pourri qu’il faudra éliminer pour assainir le système. A contrario, ici, c’est la C.I.A. qui est présentée comme une unité cynique, inhumaine que l’agent retraité (Redford) quittera sans tristesse, en parfait gentleman car lui seul se soucie du devenir de l’homme en difficulté. Malgré les approximations politico-historiques, ce regard inquiet et désabusé injecte une originalité relative à Spy Game surtout si on l’oppose au film de guerre cyber techno de John Moore, Behind Enemy Lines. Situé pendant le conflit en ex-Yougoslavie, il retrace les efforts d’un amiral bourru (Gene Hackman) pour récupérer un pilote (Owen Wilson) abattu alors que son avion quittait la trajectoire initiale. On reste assez stupéfait devant la vision offerte par ce film et le discours belliciste qui s’y dessine séquence après séquence. Les ennemis du titre ne sont pas les hommes de Milosevic – qui, somme toute, n’a jamais gêné les USA – mais une bande de serbes " dissidents et incontrôlables " qu’on éliminera au passage puisqu’ils en veulent au pilote yankee. Quant aux officiers qui s’embarrassent du sort des habitants, du respect des traités internationaux, on aurait bien tort de s’en soucier si l’on croit les concepteurs du film. Toutes les ethnies, victimes de la purification, ne méritent pas une scène à part entière, elles ne valent pas un brave soldat amateur de coca et de football. Message reçu. Ce discours douteux achèverait donc de faire de Behind Enemy Lines l’un des films les plus nauséabonds vus depuis longtemps si l’absence totale d’idées ne venait heureusement freiner ses ambitions propagandistes. Gautier Denneulin
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