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SIGNS (SIGNES)
U.S.A., 2001, de M.Night Shyamalan, avec Mel Gibson, Joaquin Phoenix, Patricia Kalember, Cherry Jones, Rory Culkin, Abigail Breslin...
Pitch : Le fermier Graham Hess vit avec sa famille à Bucks County en Pennsylvanie. Suite à la perte de sa femme, il a abandonné sa charge de pasteur. Un matin, ils est interpelé avec son frère Merill par ses enfants qui ont découvert un immense symbole taillé dans leurs champs de maïs. Supercherie mystique ou signe d’un autre monde, les deux hommes se refusent à toute interprétation et à céder à la panique. Pourtant, rapidement, des faits inexplicables de plus en plus nombreux vont les obliger à envisager l’impossible… 

 

Au nom du père, au nom du fils...

    Le nouveau film de M. Night Shyamalan est de très loin ce que Hollywood nous a fourni de mieux en cette année 2002. Dans le registre du mode fantastique jouant sur l'économie de ses moyens, M. Night Shyamalan renvoie le pauvre Alejandro Amenabar, dont nous avons pu découvrir en décembre 2001 The Others, à l'école maternelle. Il serait d'ailleurs vain et insultant pour le réalisateur espagnol de les comparer. Dès son amorce, Signs annonce une mise en scène d'une rigueur et d'une intelligence exceptionnelles. Le premier plan s'ouvre sur un jardin (chaises vides, table, balançoire) qu'un travelling optique arrière abandonne en traversant une vitre comme on le ferait pour un écran et nous emmène dans une chambre. Le cadre se fige et donne alors à voir la photo sous verre d'une famille. Interpellé par le cri de ses enfants, Graham Hess sort brusquement du sommeil et pénètre de profil dans le cadre. Dans les plans suivants, il s'agite et l'on découvre furtivement la marque qu'un crucifix absent a laissé sur le mur de sa chambre. En quelques secondes, tout est dit, le principe du film reposera sur l'absence qu'il faudra combler : celle d'une épouse (décédée accidentellement), mais aussi celle de Dieu (écarté volontairement) et à travers lui du père qui n'assume plus ses responsabilités.

    D'aucuns ont maintes fois reproché aux deux précédents films de M. Night Shyamalan de ne reposer que sur une astuce soutenant du début à la fin un suspense comme si les films n'étaient à consommer que sur place, le degré de savoir supprimant tout intérêt à une deuxième vision. Cet argument commun prouve que ceux qui l'arboraient ne s'intéressaient pas à sa mise en scène. Cependant, derrière des faux-semblants de simplicité (les signes de l'envahissement de la Terre par une civilisation extraterrestre), la densité de celle de Signs s'exprime d'autant plus que le cinéaste raccourcit l'idée du monde à une simple maison (celle du pasteur Hess). La peur qui y est engendrée s'inscrit alors à son tour dans des figures mythiques faisant écho aux craintes infantiles (mais le spectateur ne vient-il pas au cinéma pour retrouver son état de grand enfant ?) : l'obscurité, l'enfermement, la cave.

    Là où il n'y a rien, il y a beaucoup plus de peur que s'il y avait quelque chose d'identifiable au premier coup d'œil. Ce principe, hérité des films fantastiques de série B américains des années 40 (ceux de Jacques Tourneur pour aller droit au but et en visant le génie), Signs le développe en entretenant la paranoïa des personnages par rapport au lieu où ils vivent (la maison, ses alentours). Un sentiment oppressant et purement infantile (la peur du loup à laquelle la forme extraterrestre se substitue ici) hante et occupe alors tout l'écran. La caméra est d'ailleurs obligée de s'éloigner en s'élevant pour cadrer les traces dessinées dans les champs de maïs de Graham Hess. A travers la présence-absence laissée par les "signes", un jeu d'enfants commence. Morgan, le fils du pasteur y occupera une place de choix. Non pas celle du fils qu'il est censé incarner mais celle du père qui, lui, subit le coup de la régression, n'assumant plus sa fonction. En effet, nombre d'éléments corroborent l'inversion des rôles : depuis la mort de son épouse, Graham Hess s'est départi de sa foi et répète, à ceux qui persistent à le voir comme un homme de religion, "ne m'appelez plus père" ; lorsque son chien devient fou et veut s'en prendre à sa sœur, Morgan se charge de l'éliminer de sang froid comme s'il assumait déjà des responsabilités d'adulte ; dans son jeu, Mel Gibson a des attitudes d'enfant (très belle séquence où, de nuit, il court seul à travers le maïs et laisse libre cours à une peur primitive : il est effrayé à la vision de ce qu'il croit être un extraterrestre) ; Morgan apporte à la maison le point de vue scientifique à travers son sens de la documentation (il achète un livre sur les extraterrestres) et dispense autour de lui les moyens naïfs de se défendre (l'ironique casque en aluminium, joli hommage aux nanars sf) ; en d'autres termes, c'est lui qui dirige le regard de son père (séquence où il lui montre les traces dans le champ). S'il est un film sur la direction du regard, c'est que Signs s'inscrit davantage du côté d'un Rear Window (Fenêtre sur cour) que dans le sillage du dernier Spielberg. La figure des champs de maïs renvoie elle-même au North by Northwest (La mort aux trousses) du maître anglais. Son projet est alors simple : redistribuer à chacun son rôle : Graham redeviendra père dans tous les sens du terme en retrouvant le chemin de la croyance et l'admiration des siens, Morgan retrouvera sa fragilité et vulnérabilité d'enfant.

    En dynamisant le hors-champ visuel et sonore (Signs peut aussi être vu comme un film sur la communication) et les ellipses (qui ont elles aussi un rôle de raccourcis), Shyamalan réinscrit son film dans le monde. En effet, si l'espace se confine jusqu'à astreindre les protagonistes à se réfugier dans la cave, il s'ouvre vers l'extérieur par le biais du téléviseur que l'on finit par parquer dans un placard, sorte de punition aux mauvaises nouvelles que l'on souligne d'un "personne ne veille plus sur nous, nous sommes seuls". Un événement de masse s'est produit, ce n'est plus la télévision qui regarde le spectateur en lui renvoyant une image publicitaire (on s'en plaint dans le film) mais l'homme qui la regarde abasourdi comme si c'était la première fois. On retrouve le symbole que l'on pouvait lire au début du film dans la fenêtre de la chambre, celui de l'écran à l'intérieur duquel l'on se trouve finalement enfermé. La phrase qui est alors prononcée par le personnage de Mel Gibson lorsque toute la famille découvre l'invasion extraterrestre devant la télé prend tout son sens : "l'histoire du monde passe à la tv maintenant." C'est qu'aux États-Unis, le réveil de l'Histoire s'apparente surtout à un onze septembre. Le film de Shyamalan résume bien, à travers la métaphore d'une maison symbolisant le monde entier, le poids du traumatisme. Loin du manque de retenue qu'il aurait été facile d'imaginer, nul autre film ne pouvait mieux le montrer. Signs n'est-il pas finalement un simple et remarquable film sur le travail de deuil et peut-être derrière elle le confinement, inspiré par la culpabilité et la honte des méfaits commis ? Michel Marques

 

Le mystère de la foi

    Signs, qui aborde le thème délicat s'il en est et maintes fois traité de l'invasion extraterrestre de notre planète, présente pour sa part un parti-pris original, exempt des clichés attendus. Le film de M. Night Shyamalan choisit en effet l'économie et le hors-champ, privilégiant une prise de conscience en proie au doute. Pas de maquillages outranciers, d'effets spéciaux dernier cri ou encore de supers héros salvateurs d'une nation américaine bafouée dans son droit à la suprématie... Ici, une famille anonyme d'un état du sud comme tant d'autres, si ce n'est le père devenu veuf qui a abandonné son habit de pasteur car il pense avoir perdu la foi. 

    Cette donnée fondamentale restera au centre du film et en déterminera toutes les actions, ce qui nous mène à nous demander si Signs n'est pas plutôt le récit d'un parcours initiatique d'un homme brisé qui a perdu tous ses repères. Aussi, l'arrivée éventuelle d'extraterrestres n'étonne-t-elle guère le "héros" devenu athée : si Dieu n'existe pas, alors tout peut advenir, surtout le Mal.

    L'hostilité de ces êtres venus d'ailleurs ne devient en effet évidente qu'au moment où le jeune fils du pasteur le signale de façon imminente : il s'agit dès lors pour le père de protéger sa famille avec la seule foi qui lui reste : celle d'espérer un coup du sort favorable. Les références à Hitchcock pullulent plus que jamais lorsque les personnages s'enferment chez eux, bouclent toutes les issues, et attendent le résultat de la tempête... Suspense insoutenable, horreur de l'invisible et vaste champ sonore se mêlent afin de créer - un peu à la façon du Projet Blair Witch - l'une des scènes les plus terrifiantes du cinéma d'aujourd'hui.

    C'est que tout se déroule selon le point de vue de quelques consciences isolées, perdues au milieu de champs de maïs, avec pour seul contact la tv qui les relie au monde... réel peut-être. L'idée que ces "signes" ne soient que le fruit d'imaginations effrénées reste séduisante et n'est pas à négliger : Night Shyamalan n'aurait pas, sinon, multiplié les traits d'humour visant à désamorcer un excès de gravité inopportun. En revanche, la tragédie intérieure vécue par le père a la préférence du réalisateur ; finalement, c'est la manière d'appréhender un événement qui détermine sa valeur...

    Comme Dieu, les extraterrestres demeurent hors-champ et il s'agit de croire ou ne pas croire en eux. Graham Hess (Mel Gibson stupéfiant de doutes, comme un acteur qui remettrait en cause ce qu'il est) mène un parcours initiatique inverse lorsqu'il s'agit de signes paranormaux : son rationalisme nouveau lui fait d'abord refuser l'évidence puis le miracle advient et le remet sur le chemin de la foi. C'est alors que la scène centrale du film, une conversation sur les hasards de la vie, prend tout son sens : Graham réalise que son existence était une suite d'épreuves et que la plus grande - la mort de son épouse - n'était qu'un maillon nécessaire vers l'expérience ultime du face à face programmé avec l'extraterrestre.

    Le sacrifice de la mère permet de sauver le fils, voilà la logique divine que se doit d'accepter le père... Terrible message de l'au-delà, qui abandonne puis reprend ses brebis sans explication, comme l'ont fait d'ailleurs les extraterrestres sur les humains à la fin du film. Restent alors les "signes" auxquels il faut s'accrocher car : "il est grand le mystère de la foi..." Corinne Marques

    

  Unbreakable (Incassable, le film) ou Unbreakable (Incassable, le dvd) ou The Village

 

 

 

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